L’horlogerie, un antidote à la crise ?

A quelques jours d’intervalle, les deux manifestations incontournables de l’univers horlogers, Baselworld et le Salon International de la Haute Horlogerie (SIHH), ont fermé leurs portes sur une note des plus positives. Quelque 106’800 personnes sont venus découvrir les 2’087 stands bâlois pour une hausse de fréquentation de 5%, tandis que 14’000 professionnels de la ventes et des média ont visité le SIHH et ses seize marques, soit une augmentation de 8% par rapport à l’édition 2007. Mais la fréquentation n’est pas tout. En sachant que les Maisons font le plein de commandes lors de ces rendez-vous pour y engranger l’essentiel de leur chiffre d’affaires annuel, il n’est pas difficile de comprendre que le sentiment prévalant à l’issue de ces rencontres donne véritablement le pouls de l’industrie pour l’ensemble de l’exercice en cours.

Suite aux résultats record qu’a connus la branche l’an dernier, soit une hausse des exportations de 16,2% à CHF 16 milliards de franc, on aurait facilement pu s’attendre à une année 2008 de consolidation, finalement bienvenue tant cette industrie semble s’essouffler derrière sa croissance. Les premiers témoignages recueillis à la sortie des deux manifestations montrent qu’il n’en est rien, Jean-Claude Biver, patron du Hublot, s’exclamant même avoir dû refuser des commandes à hauteur de CHF 100 millions faute de capacités de production. En d’autres termes, la crise du subprime qui agite la sphère financière, UBS en tête, et qui menace les Etats-Unis de récession, synonyme de ralentissement économique mondial, n’a pour l’instant aucune prise sur le secteur horloger. Les professionnels interrogés ne sentent même pas le moindre frémissement négatif au pays de l’oncle Sam où le consommateur se montre pourtant de plus en plus frileux.

L’horlogerie suisse aurait-elle donc trouvé la recette miracle, l’antidote aux crises financières, révélant par là même son caractère anticyclique, immunisé aux aléas conjoncturels ? Avec une montée en gamme savamment orchestrée depuis quelques années, les Maisons horlogères et joaillières visent désormais un public de plus en plus nombreux et de plus en plus aisé quelle que soit l’orientation des marchés. En conséquence, il n’y a rien d’étonnant à ce que la Haute Horlogerie serve de locomotive à l’ensemble de l’industrie. Les professionnels auraient toutefois tort d’abandonner les autres segments de marché au profit de la concurrence. Car dans les champs élyséens de l’horlogerie, les places resteront forcément comptées. ■

Christophe Roulet

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