Horlogerie et emploi, le casse-tête de l’embauche

Il n’est probablement pire situation que d’être victime de son succès. En matière horlogère, cette évolution se manifeste essentiellement du côté de l’emploi. Et pour cause, cela fait depuis 2004 que les ventes de montres et mouvements helvétiques font un véritable malheur sur les marchés étrangers. Une tendance qui est loin de se ralentir si l’on en croit les statistiques de la Fédération de l’industrie horlogère suisse : sur les dix premiers mois de l’année, les exportations de la branche ont encore enregistré une hausse de 16,3% par rapport à la même période 2006. Tout laisse ainsi à penser que le record des douze mois 2007 sera à inscrire en lettres d’or dans le livre de la profession.

L’envers de la médaille, c’est qu’aux difficultés d’approvisionnement en composants de qualité répond une véritable quête de professionnels aguerris qui doit permettre aux manufactures de répondre à la demande. A quoi cela peut-il bien servir de présenter des modèles que l’on ne peut pas livrer dans les douze mois faute des capacités de production nécessaires ? Dans ce contexte, les Maisons tirent toutes les ficelles possibles pour combler les rangs de leurs effectifs : programme de réinsertion des chômeurs, recrutement de retraités, multiplication des offres d’emploi en Suisse comme à l’étranger et, surtout, renforcement de la formation à l’interne via l’embauche d’apprentis (lire le Dossier du mois). Ce dernier point est certainement la bonne nouvelle de l’année, comme viennent le confirmer les derniers chiffres de la Convention Patronale de la branche. Les horlogers semblent enfin avoir compris toute la nécessité d’assurer la relève, ne serait-ce que pour combler le vide générationnel engendré par la crise du quartz.

Il n’est d’ailleurs plus rare d’entendre ici et là les souhaits de professionnels quant à un ralentissement du formidable essor que connaît cette industrie. Le temps de digérer les problèmes de capacités et d’effectifs afin de stabiliser une situation en plein emballement. Qui aurait parié sur la montre mécanique il y a dix ans à peine. Aujourd’hui, le secteur est investi d’une kyrielle de nouveaux venus et les Maisons n’ont de cesse de monter en gamme vers des segments de marchés que les aficionados prisent par-dessus tout. Dans ce contexte, le défi de l’emploi n’est pas à prendre à la légère. En redorant le blason de la profession envers les jeunes (lire notre rubrique Formation), les horlogers préparent l’avenir. ■

Christophe Roulet

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