En début d’année dernière, on parlait d’un demi-milliard de francs d’investissement. Et aujourd’hui qu’en est-il ? Depuis quelque temps déjà, les horlogers suisses sont passés de la construction microtechnique à celle de projets pharaoniques. On les connaissait pourtant déjà bâtisseurs d’empire, comme aime à le répéter Nicolas Hayek qui règne sur un univers où le soleil ne se couche jamais. Mais depuis, ils se sont mués en véritables architectes du temps. En d’autres termes, on ne compte plus les réalisations immobilières et autres projets de construction ou d’extension, tant à Genève que sur l’Arc lémanique, tant à la Vallée de Joux que dans les Montagnes neuchâteloise (lire le Dossier). L’envie de parer les manufactures d’un écrin architectural digne de ce nom ne date certes pas d’hier, comme en témoigne le peuplement monumental de la zone industrielle genevoise. Jusqu’ici, la démarche a toutefois essentiellement consisté à réunir sous un même toit les différents ateliers des marques, dans un souci d’esthétisme répondant à celui de la production de garde-temps d’exception.
Plus rien de tel aujourd’hui. Si la démarche architecturale reste effectivement la même, l’objectif, lui, a considérablement changé. Au-delà du regroupement des forces, c’est avant tout de capacités de production supplémentaires dont il s’agit. Après plusieurs années de croissance débridée, l’horlogerie suisse court après ses délais de fabrication. Question de crédibilité. Et l’on ne parle pas ici de pièce unique ou de séries limitées de très grandes complications. A force de multiplier les nouveautés pour appâter une clientèle de plus en plus avide et passionnée, les horlogers sont arrivés à la limite de leurs capacités. En ce sens, l’exercice 2008 sera-t-il une année de transition, prélude à une croissance du secteur plus mesurée. A ce stade, rien n’indique pareille évolution. Les horlogers auraient donc tort de temporiser en matière de nouvelles constructions. Ils l’ont d’ailleurs bien compris. Un gage d’optimisme pour les années à avenir. Mais ne dit-on pas « quand le bâtiment va, tout va ! ». ■
Christophe Roulet
