Badollet, horloger genevois dont la lignée s’est étendue de 1655 au milieu du XXe siècle, Jean Dunand, figure marquante de l’art déco à Paris, Dimier, un nom fort connu à Fleurier pour compter parmi les pionniers de l’horlogerie suisse, Louis Moinet, contemporain de Breguet avec qui il a souvent travaillé à la réalisation de garde-temps ou encore H. Moser & Cie, marque désormais séculaire originaire de Schaffhouse. Tous ces noms prestigieux de l’horlogerie helvétique ont aujourd’hui une chose en commun : des investisseurs, généralement gens du métier, sont en train de remettre ces marques sur pied à coup de millions afin de participer au formidable engouement dont jouit actuellement la montre mécanique de prestige (Lire notre rubrique Economie). Un phénomène qui s’était déjà manifesté durant les années 90 mais qui prend maintenant une ampleur peu commune (lire le Dossier), à la mesure de l’envolée des ventes de garde-temps sur les marchés d’exportation.
Inutile de dire que la plupart de ces résurrections n’ont pas grand-chose à voir avec une quelconque démarche industrielle. C’est bel et bien de marketing dont il s’agit car l’appropriation de ces noms prestigieux confère d’emblée à leurs nouveaux propriétaires une légitimité historique inespérée. Il n’en reste pas moins que les spécialistes de la conception et de la réalisation de mouvements haut de gamme pour des tiers, à l’image de BNB (lire nos rubriques Avis de l’Expert et Formation) ou Agenhor, sont les premiers à se frotter les mains. Avec tous ces lancements de marques, soit une bonne vingtaine ces quelques dernières années, ce n’est pas le travail qui manque. Fait nouveau : ces entreprises, autrefois muselées par les Maisons afin de ne pas trahir les secrets d’une fabrication pas toujours réalisée à l’interne, sont aujourd’hui souvent associées nommément au résultat final. Un progrès qui mérite d’être relevé. D’autant que ces entreprises sont immanquablement mandatées pour assurer le service après vente des montres de leurs clients. Un appui indispensable, en sachant que l’avenir des marques, des plus séculaires à ces nouveaux anciens venus, va se jouer sur la qualité de ce service. Après les difficultés d’approvisionnement, le prochain écueil a pour sigle SAV, le futur sésame qui laissera probablement quelques Maison sur le carreau. ■
Christophe Roulet
