Ils sont riches, très riches même, et de plus en plus nombreux sur la planète à vouloir satisfaire leur besoin d’exclusivité. Selon le dernier recensement réalisé par Capgemini et Merrill Lynch, on dénombre en effet près de 100’000 individus sur les cinq continents disposant d’une fortune hors résidence principale supérieure à 30 millions de dollars, soit une population qui augmente à un rythme annuel de quelques 10%, tandis que leurs avoirs dépassent les 13’000 milliards. Des chiffres à donner le vertige non seulement aux simples observateurs mais surtout à toute l’industrie du luxe pour qui ces personnes représentent une clientèle privilégiée, aux exigences bien particulières. Plus question ici de vouloir satisfaire la demande avec des produits standards, aussi prestigieux soient-ils, c’est vers la rareté, l’unicité et le sur-mesure que s’oriente cette quête de l’absolu consumériste. L’horlogerie ne fait bien évidemment pas exception à ces nouveaux terrains de chasse de la classe la plus aisée de la planète, une horlogerie qui a bien compris tout l’intérêt d’offrir des garde-temps édités en séries extrêmement limitées, voire en pièces uniques, pour répondre aux vœux d’aficionados soucieux de se démarquer du commun des mortels.
Faut-il dès lors s’étonner que le haut de la pyramide horlogère tire l’ensemble de l’industrie d’année record en année record depuis bientôt un lustre ? Les exemples de montres réalisées à un seul exemplaire et vendues dans l’heure ayant suivi leur présentation sont aujourd’hui légion, comme en témoigne la « Diamond Emperador Temple » de Piaget ou la One Million $ BB de Hublot (lire notre Dossier). Inutile de dire, dans ce contexte, que le prix n’est en aucune manière une barrière infranchissable, bien au contraire. Plus les pièces sont rares et chères, plus elles intéressent cette clientèle d’un genre particulier, pour qui l’achat d’une montre peut très bien s’apparenter à celui d’un sous-marin que l’on peut fixer à son yacht personnel. Et si l’on parle de millions, qu’importe ! Quand on aime, on ne compte pas. Les horlogers l’ont bien compris. La quasi-totalité des nouvelles marques qui se créent cherche ainsi à gagner ces champs élyséens de la profession, même si la légitimité n’est pas forcément au rendez-vous. A quand l’épuration ? ■
Christophe Roulet
