Christophe Roulet
Point n’est besoin d’être un grand devin pour augurer de Salons horlogers placés sous les meilleurs auspices pour les Maisons helvétiques. Les statistiques parlent d’elles-mêmes : selon la Fédération de l’industrie horlogère suisse (FH), les exportations du secteur ont bondi de 20,7% lors du seul mois de février. Jamais la profession n’avait connu une telle envolée si tôt dans l’année. Un record d’autant plus remarquable qu’il s’établit sur un effet de base largement négatif, vu la croissance de quelque 10% déjà enregistrée à pareille époque l’an dernier. Ainsi, lorsque la FH évoque des prévisions de croissance des exportations de l’ordre de 9 à 10% pour l’ensemble de l’exercice 2007, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il s’agit là de perspectives pour le moins conservatrices.
Les deux manifestations incontournables de la branche que sont BaselWorld, et ses quelque 2100 exposants, et la Salon International de la Haute Horlogerie, dévolu à seize marques de prestige, devraient venir confirmer ces excellentes dispositions. En sachant qu’environ trois quarts des commandes annuelles sont pratiquement engrangées à l’issue de ces rendez-vous, il y a fort à parier qu’à fin avril, la messe sera dite, conclue par des chants d’allégresse.
Cette véritable euphorie qui gagne l’horlogerie helvétique et particulièrement son secteur du luxe, n’est donc pas près de s’éteindre. A tel point que les nouveaux entrants se poussent au portillon afin d’imposer leur noms dans un segment de marché qui fait actuellement merveille. Mais pour combien de temps ? Depuis 2003, la valeur totale des exportations suisses s’est inscrite en hausse de 35%. Le phénomène va-t-il se prolonger ? En 2007, sans aucun doute, mais après ? Les goulots d’étranglement dans la production commencent à se faire durement sentir ; les problèmes de recrutement prennent une acuité de plus en plus aiguë ; les livraisons accusent un retard sans cesse accru ; et les discussions menées actuellement autour d’un durcissement du « Swiss Made » ne sont pas sans déstabiliser les forces de production de la branche.
Il ne s’agit là que de la rançon du succès, pourrait-on rétorquer. Un succès que rien ne semble pour l’instant vouloir démentir. A la veille des Salons horlogers, les professionnels de la branche n’auront de cesse d’en écrire un chapitre supplémentaire. ■
*Aruspices : devins qui examinaient les entrailles des victimes pour en tirer des présages
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