Cet été, c’est inévitablement la Chine qui sera au centre de la planète, sportive tout au moins. Avec des Jeux Olympiques de Pékin qui démarrent à 8h08, le 8 août 2008 – le huit, on l’aura compris, étant un chiffre porte-bonheur et gage d’équilibre dans la culture du pays – des millions de personnes vont s’intéresser à un Etat qui, politiquement, est en quête de reconnaissance internationale, après avoir déjà imposé son empreinte sur le monde économique. Cette empreinte est particulièrement marquée dans l’univers horloger. Comme le démontrent les statistiques de la Fédération de l’industrie horlogère suisse, la Chine est devenue incontournable pour les exportateurs de la branche, occupant dorénavant le septième rang mondial. Si l’on y ajoute Hong Kong par lequel transite nombre de produits horlogers, taxes oblige, et qui représente aujourd’hui la première destination des garde-temps helvétiques pour avoir devancé les Etats-Unis, il n’est pas difficile de comprendre toute l’importance que revêt le Céleste Empire pour les Maisons horlogères. D’autant que le taux de croissance y est proprement affolant : +60% sur la période de janvier à mai 2008 par rapport aux mêmes mois de l’année précédente ou encore +97% sur deux ans. En d’autres termes, la valeur des ventes horlogères réalisées par les manufactures suisses en Chine est en train de doubler tout les deux ans. Et le rythme risque bien de s’accélérer. Pourquoi manufactures ? Pour la simple raison qu’actuellement, c’est clairement la Haute Horlogerie qui tire l’ensemble de la profession, particulièrement vers ces nouveaux marchés.
Mais que l’on ne s’y trompe pas. Si la Chine est aujourd’hui le nouvel eldorado pour les horlogers suisses, comme l’atteste l’ouverture de nouvelles boutiques en croissance exponentielle, elle n’en est pas moins programmée pour devenir un concurrent de poids. La technique du tourbillon, qui passe pour être une des complications majeures en matière de garde-temps, est déjà parfaitement maîtrisée dans le pays par les entreprises à la pointe du secteur et à un prix qui ferait pâlir son inventeur Abraham-Louis Breguet. Le « Swiss Made » est certes encore un sésame qui fait merveille mais pour combien de temps… A la veille des Jeux Olympiques, pour lesquels les autorités chinoises ont consacré des milliards, faisant preuve d’un niveau de préparation rarement connu par le passé, la question n’est pas sans intérêt. Pour y répondre, les Maisons tentent aujourd’hui d’asseoir une culture horlogère issue du berceau de la profession. La démarche, aussi nécessaire qu’elle y paraisse, sera-t-elle suffisante ? Le consommateur chinois d’horlogerie suisse, qui se recrute pour l’instant parmi la classe fortunée, pourrait bien répondre par la négative dans quelques années. ■
Christophe Roulet
