N’importe quel livre relatant la contribution des Pays-Bas à l’art culinaire mondial pourrait être lu en deux minutes. La même constatation s’impose en ce qui concerne l’importance historique de l’horlogerie hollandaise. Depuis les travaux du scientifique Christiaan Huygens (1629-1695), qui a réalisé la première horloge à pendule en 1656 et inventé le balancier spiral réglant des montres en 1675, il ne s’est en effet pas passé grand-chose aux Pays-Bas sur le front de l’horlogerie. Depuis les années 1980, on constate toutefois une petite renaissance de cet art dans le pays.
Lex Stolk*
Loin de la vie trépidante d’Amsterdam et Rotterdam, dans la province la plus septentrionale de la Frise, on peut entendre le tic-tac, léger certes mais bien distinct, de garde-temps produits sur place. Tout a débuté en 1974 lorsque Christiaan van der Klaauw s’est mis à créer des montres exceptionnelles dans la petite ville de Joure. Signes distinctifs de ce travail remarquable : une combinaison de design intemporel et d’artisanat, alliée à une claire prédilection pour l’astronomie. Après être devenu membre de l’Académie horlogère des créateurs indépendants, association fondée en Suisse, Christiaan van der Klaauw a présenté, en 1990 à BaselWorld, sa réalisation la plus importante, une horloge de table astronomique qui l’a immédiatement positionné parmi les meilleurs horlogers du moment. A cette horloge de table a succédé le Pendule Variable, un instrument de mesure du temps grâce auquel il a gagné la médaille d’or du design le plus innovant à Bâle en 1992. A l’heure actuelle, Christiaan van der Klaauw se concentre exclusivement sur le développement de montres de très grande qualité, à l’instar de ses garde-temps astronomiques fort prisés.
Détermination
Encore plus au Nord, à Dokkum, on peut découvrir la plus récente des contributions à cette renaissance horlogère du pays avec les montres Van der Gang. Jusqu’à aujourd’hui, Dokkum a gagné sa place dans l’histoire uniquement parce que le missionnaire Bonifacius (672-754) y a trouvé la mort il y a 1254 ans, assassiné par des Frisons rudes et obstinés qu’il tentait de christianiser. Wybe van der Gang, un Frison né et élevé dans la région, est habité d’une véritable passion pour l’horlogerie. Son caractère allie avec bonheur le calme du maître horloger et la détermination résolue de ses ancêtres. Son entreprise, fondée en 1990, provient d’Exakt Fijnmechanica, une société qui développe des produits de pointe pour l’industrie aérospatiale et les technologies médicales. Lors de la création d’Exakt Fijnmechanica, Wybe van der Gang nourrissait déjà l’idée de lancer sa propre Maison horlogère. Grâce au succès remporté par ses instruments de pointe, il lui a été possible d’investir dans un parc de machines destinées à la production de montres. En 2006, la Maison a déménagé dans des locaux plus vastes à Dokkum pour répondre à une demande en constante croissance.
Caractère
Toutes les montres Van der Gang sont sobres et classiques, avec un soin particulier apporté aux détails. Tous ses garde-temps sont édités en séries limitées car les techniques utilisées dans cette manufacture sont beaucoup trop coûteuses pour être adaptées à une production de masse. Les boîtiers, par exemple, suivent un processus d’usinage qui, à son terme, fait que des 1000 grammes initiaux du matériau utilisé, il n’en reste que 18. La collection actuelle consiste en trois modèles, chacun enfermant des calibres Valjoux adaptés à différentes spécifications. Le modèle femme 2000-6M lancé en 2006 a ainsi remporté le prix de la plus belle montre femme 2007 lors du concours Montre de l’année aux Pays-Bas, devançant quelques unes des plus prestigieuses marques suisses. Wybe travaille actuellement sur un calendrier perpétuel qui devrait sortir cette année.
La petite renaissance horlogère que l’on observe au Pays-Bas se limite-t-elle aux seules régions du Nord ? Certainement pas si l’on considère le travail réalisé par le détaillant Steiner Antique Jewellery qui a lancé sa propre marque, Steiner Maastricht, dans cette ancienne cité de la province Limbourg, tout au Sud du pays. L’entreprise Steiner est d’origine suisse. C’est Romina Steiner, fille du fondateur de l’entreprise venue aux Pays-Bas pour faire partager son amour de la Haute horlogerie qui, avec l’aide de Philipp Stahl, a finalement concrétisé le vieux rêve horloger de son père en réalisant la Steiner 24. Tout comme les montres Van der Gang, les modèles Steiner sont produits en séries limitées à 24 pièces chacun. L’an dernier, la compagnie a fièrement annoncé que toutes ses montres passent dorénavant le test allemand de chronométrie à Wempe, Glashütte, et disposent ainsi du label officiel de « chronomètre certifié ».
Successeurs
Les signaux se multiplient aujourd’hui donnant à penser que les joailliers hollandais sont de plus en plus nombreux à vouloir lancer leur propre marque de montres. De plus, les habitants du pays commencent à s’intéresser sérieusement à la Haute Horlogerie, non seulement en achetant, portant et collectionnant des garde-temps prestigieux mais également en produisant eux-mêmes leurs propres montres. Dans un futur proche, les Van der Klaauw, Van der Gang et autre Steiner, initiateurs de cette renaissance horlogère aux Pays-Bas, seront peut-être considérés comme les successeurs longtemps attendus de Christiaan Huygens. Seul le temps le dira. ■
*Rédacteur en chef Horloges Magazine