Peter Braun
La marque de montre de Dresde a été fondée en 2001 par deux « âmes sœur », comme on les appelle aujourd’hui. A l’époque, Mirko Heyne travaille dans une importante manufacture de Glashütte. Il rencontre Marco Lang par l’intermédiaire de son père Ralf, son maître à penser. Petit dernier d’une lignée de cinq générations de fabricants de montres, Marco Lang a pu observer son père durant toute son enfance. En effet, Rolf Lang fut, jusqu’en 1990, responsable de l’atelier de restauration de l’institut de mathématiques et de physique de Dresde qui possède l’une des plus importantes collections de montres et d’instruments mécaniques de précision.
Ensemble, Lang et Heyne choisissent d’exploiter leur talent d’horloger et de rejoindre les entreprises horlogères déjà présentes à Glashütte. Leurs créations devaient être plus personnelles, plus artisanales et plus traditionnelles.
L’année suivante, Lang & Heyne présente ses deux premiers modèles de montre bracelet à l’occasion du salon Baselworld 2002. La manufacture voit alors son carnet de commandes se remplir. Mais ce succès rapide stoppe l’énergie créatrice des deux fabricants. Mirko Heyne quitte l’entreprise à l’été 2002 et devient responsable de production chez Nomos à Glashütte. Cependant, la manufacture Lang & Heyne conserve son génie et le nom des deux fabricants hors pair, devenu entre temps synonyme de haute horlogerie à Dresde.
Marco Lang, qui ne se sent bien qu’à un établit d’horloger, cède sa boutique florissante de montres antiques pour se consacrer entièrement à la création de ses montres. La petite équipe de la manufacture Lang & Heyne s’installe finalement dans une maison de style du quartier résidentiel « Weißen Hirsch » de Dresde. Sa série exclusive de 30 à 40 montres par an ne quitte le petit atelier qu’après avoir été montée, réglée et signée par Marco Lang.
Les montres Lang & Heyne
La fabrication des montres se déroule dans l’atelier de Dresde et ne consiste pas uniquement au montage de blocs anonymes, industriels et préfabriqués. Au contraire, chaque élément passe entre les mains du fabricant. A la recherche de l’excellence à la fois visuelle et fonctionnelle, ce dernier les affine, avec minutie et amour, jusque dans les moindres détails, y compris les pièces qui n’ont pas été fabriquées dans l’atelier.
Les montres Lang & Heyne se présentent dans un style classique prononcé s’inspirant du « style saxon » de la fin du XIXe siècle, apogée des montres de poche. On retrouve la « patte » de la montre de poche dans les dimensions du mouvement « Calibre I » (à partir duquel toutes les complications sont fabriquées). Jusque dans la disposition de l’engrenage, rien ou presque n’est ignoré dans le classique « Calibre Unitas » tous les composants étant recréés à l’identique ou modifiés considérablement.
Quoi qu’il en soit, toutes les pièces sans exception sont finement façonnées et reprennent les anciennes traditions saxonnes, notamment le contre-pivot en diamant, le pivot du balancier, le pont de balancier gravé et une finition luxueuse avec grainage de la surface de la montre. Le pont d’ancre et le pont du balancier au chanfreinage poli, tout comme les énormes rubis incrustés dans des chatons en or, font ressortir la luminosité de cette œuvre de la technique. Même le rubis de l’ancre, le plus petit de tous, est serti d’or et retenu par des vis d’un bleu profond. La spirale se termine par une courbe tracée à la main et « s’articule » selon une forme concentrique parfaite. En tirant sur la couronne, un ressort se courbe doucement sur l’axe du balancier et interrompt le mécanisme. La montre peut ainsi être réglée à la seconde près.
Sur le mouvement « Calibre III », conçu pour le modèle « Moritz von Sachsen », l’écart entre la roue des minutes et celle des secondes a été réduit afin de pouvoir disposer d’un grand cadran pour les indications supplémentaires. Le mécanisme de remontage a été recréé pour pouvoir régler la date, le mois et l’indication de déclinaison le plus rapidement possible. L’ensemble du mécanisme d’indication de la date est soutenu par une plaque supplémentaire de seulement 1,5 mm de haut. Le changement de la date et du jour de la semaine est malgré tout rapide et se déclenche à minuit précise.
Le « Calibre IV » est conçu pour un chronographe à roue à colonne : ce calibre, qui s’inspire également du modèle d’origine, est conçu pour un modèle de chronographe fabriqué selon une ancienne tradition de fabrication du mouvement (avec trois roues de 200 dents en or 14 carats et une roue à colonne pour un fonctionnement précis). L’axe des compteurs des minutes et des secondes se situe au centre (pignon de centre perforé).
L’amour des montres classiques
Parallèlement à la fabrication des montres, l’équipe de Lang & Heyne se consacre également aujourd’hui à la restauration de chronomètres classiques et complexes. Outre la remise en état, le gros du travail consiste à se replonger dans chaque époque et à travailler selon les méthodes employées autrefois par le fabricant de la pièce d’origine. Après des recherches et analyses approfondies, le projet est défini en collaboration avec le propriétaire de la montre et réalisé avec son accord.
Dans ses ateliers, Lang & Heyne dispose des outils nécessaires pour restaurer et recréer pratiquement toutes les pièces manquantes. Par ailleurs, l’entreprise s’impose des exigences et des normes très ambitieuses pour les mécanismes les plus complexes des horloges et montres.
En 2005, après trois années de candidature, Marco Lang devient membre de l’AHCI, l’Académie horlogère des créateurs indépendants. Cette Académie a été fondée il y a plus 22 ans, s’adressant alors à quelques privilégiés, et représente désormais l’avant-garde de la haute horlogerie. Avec plus de 30 membres, qui ont et vont écrire l’histoire de l’horlogerie, l’Académie n’est plus considérée comme un pool d’idées dédiées à des découvertes techniques spécifiques et aux subtilités de l’horlogerie. Les amoureux des montres du monde entier considèrent l’AHCI comme étant à l’origine d’idées indépendantes et innovantes en matière d’horlogerie et veillant à la croissance continue de ses membres.
La manufacture Lang & Heyne se sent en quelque sorte redevable envers ce club très fermé. C’est pourquoi, Marco Lang a convié, à l’occasion du passage à l’heure d’hiver le 28 octobre, ses « collègues » de l’AHCI à Dresde, pour un week-end placé sous le signe de la haute horlogerie en compagnie de bijoutiers, de collectionneurs, de journalistes et autres passionnés de montres. Le château Albrechtsberg de Dresde sur les bords de l’Elbe a été choisi pour l’occasion. Les montres ont pu y être présentées et d’importants représentants de l’AHCI y ont tenu des conférences à thème. Outre une visite de la ville horlogère de Dresde, le programme culturel comprenait une visite du Semperoper et de la manufacture de porcelaine de Meissen.■