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La renaissance de l’horloge de Congreve

Timm Delfs

Deux étudiants de l’école d’horlogerie de Granges, le Zeitzentrum, ont décidé de fabriquer une horloge de type Congreve pour terminer leurs études. Lorenz Brandel et Joé Wagner ont longtemps réfléchi au thème qu’ils devaient choisir pour leur diplôme avant de tomber sur l’image d’une horloge équipée d’un régulateur étrange : elle n’était pas dotée d’un pendule ou d’un balancier, mais d’une crémaillère rectangulaire légèrement inclinée sur laquelle une petite bille en acier roulait, le long d’un rail en zigzag. Ils ont découvert que chaque fois que la bille atteignait l’extrémité du rail, elle touchait une fine tige, qui déclenchait à son tour une cascade d’événements dans le mécanisme d’horlogerie. Elle libérait la roue d’échappement qui, n’ayant que deux dents, faisait un demi-tour. En même temps, un levier soulevait le rail, ce qui inversait l’itinéraire de la bille pendant 30 secondes chaque fois.

Ils ont tous les deux été fascinés par cette image et ont voulu faire fonctionner le mécanisme. Etant donné que ce type d’horloge n’existe plus, ils ont dû en fabriquer une eux-même.

L’horloge de Congreve est baptisée du nom de son inventeur, Sir William Congreve, né en 1772 dans le Kent, en Angleterre. Il s’agit vraiment du sous-produit d’un génie qui a consacré sa vie au développement et à l’amélioration constante de fusées à usage militaire. Il est aussi l’inventeur d’un procédé d’impression qui porte son nom. Il est décédé en 1828 à Toulouse.

A l’origine, Lorenz Brandel et Joé Wagner avaient l’intention de fabriquer tout le mécanisme eux-mêmes, avec pour seule référence l’image qu’ils avaient trouvée. Mais ils se sont vite rendu compte que les choses n’étaient pas si faciles. Ils ont dû demander de l’aide à leur professeur, Roland Wyss, qui leur a donné un livre de John Wilding contenant des indications détaillées pour fabriquer une horloge de type Congreve. Malheureusement, toutes les mesures étaient en pouces. Ils ont donc décidé de ne retenir que le nombre de dents de tous les rouages et de définir les autres proportions eux-mêmes.

Le résultat d’environ 750 heures de travail est assez spectaculaire et mérite bien la note maximale que les spécialistes de l’école leur ont attribuée. Pour réaliser l’horloge, ils ont combiné des matériaux modernes comme l’aluminium anodisé et des roulements à billes industriels avec des matériaux traditionnels comme le cuivre et l’or. L’horloge finie comporte deux couleurs principales : or et noir. "Nous avons opté pour un code de couleurs distinctif en utilisant le noir pour tous les éléments verticaux à l’exception des roues, et l’or pour tous les éléments horizontaux", explique Lorenz Brandel. L’horloge est divisée en deux niveaux : le niveau inférieur, abritant le mécanisme de la bille en acier et, soutenue par quatre colonnes noires, la partie supérieure comprenant le mouvement et les cadrans. Sur une ligne horizontale, trois cadrans indiquent (de gauche à droite) les heures, les minutes et les demi-minutes. L’aiguille de ce dernier cadran, montée directement sur l’axe de la roue d’échappement, ne peux exécuter que des sauts de 30 secondes, fréquence de l’itinéraire en zigzag de la bille sur la crémaillère inclinée.

Du fait de sa structure, l’horloge de Congreve n’est pas une horloge de précision. Trop de facteurs peuvent influencer la vitesse de la bille lors de la descente. Pour éviter toute autre perturbation, les deux horlogers ont inclus une fusée tirée par un câble en acier noir afin de garantir une force constante sur l’échappement, sachant parfaitement que la force accumulée dans le barillet diminue à mesure que le ressort se détend lentement. A l’exception des cadrans argentés, tous les éléments circulaires sont dorés. Cette combinaison de couleurs confère à cette horloge son caractère noble. ■

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