Didier Planche
Les Camerounais sont potentiellement de bons clients des bijouteries/horlogeries. Ils aiment la qualité et ce qui brille pour mieux paraître. Malheureusement, leur pouvoir d’achat reste faible et les contrefaçons « Made in China » envahissent le marché, d’où leur réticence à acquérir de soi-disant authentiques montres suisses ou européennes. Sans parler des garanties qui ne sont bien sûr jamais délivrées…
Comme la plupart des secteurs d’activité à l’exportation, celui de l’horlogerie suisse n’est guère significatif sur le continent africain, puisque ce dernier n’a représenté en 2006 que 1% de ses exportations totales, tant en valeur qu’en nombre de pièces. L’année dernière, 325’202 montres ont ainsi été exportées en Afrique pour un montant de 133,5 millions de francs suisses (USD 107 millions), contre un total de 24,8 millions de pièces vendues dans le monde entier pour une valeur de 12,7 milliards (USD 10 milliards). En avril dernier, 24’687 pièces ont trouvé preneurs en Afrique (+14,7% par rapport à 2006), représentant un montant de 9,3 millions de francs (USD 7,5 millions).
Statistiques 2006 : 187 pièces vendues au Cameroun
Au palmarès des ventes de montres-bracelets en 2006, les lauriers sont revenus à l’Afrique du Sud (90’233 pièces), suivie de l’Egypte (54’456), du Maroc (53’920), de l’Algérie (40’164), de la Libye (32’565) ou encore de la Tunisie (24’249). En revanche, le classement différait en termes de valeur car si l’Afrique du Sud avec 31,7 millions de francs (USD 25,5 millions), l’Egypte avec 30,0 millions (USD 24 millions) et le Maroc avec 27,5 millions (USD 22 millions) figuraient toujours en tête de liste, ces trois pays africains étaient cette fois-ci suivis de la Libye avec 13,7 millions (USD 11 millions), puis de l’Algérie avec 3,1 millions (USD 2,5 millions) et de la Tunisie avec 1,9 millions (USD 1,5 millions).
Dans ce même classement des exportations suisses de montres-bracelets, le Cameroun (Afrique centrale) fait plutôt figure de parent pauvre avec 187 pièces vendues en 2006, pour un montant de 20’833 francs (USD 23’000)…
Surtout des échoppes poussiéreuses
A Douala, la capitale économique du pays qui compte quelque 2,5 millions d’habitants (Yaoundé étant la capitale politique), une poignée de bijouteries/horlogeries sont implantées au centre ville dans le quartier d’Akwa, en particulier à proximité des deux ou trois grands hôtels et restaurants, ainsi que dans le quartier commercial et bancaire de Bonanjo et dans le quartier résidentiel de Bonapriso. La majorité d’entre elles sont cependant situées dans les sous-quartiers populaires de la capitale, où ne s’aventurent guère les classes bourgeoises ou aisées et les rares touristes. Elles s’apparentent surtout à de petites échoppes décrépies et poussiéreuses mais aucunement à de rutilantes boutiques comme celles ayant pignon sur rue à Genève ou à Paris. La plupart du temps, elles appartiennent à des Camerounais, mais sont tenues par des Sénégalais qui, par tradition ancestrale, entretiennent la culture du bijou et maîtrisent le travail artisanal de l’orfèvrerie.
Compte tenu du faible pouvoir d’achat de la majorité des Camerounais, le salaire mensuel minimum dans l’économie formelle se limitant à quelque 100 francs suisses (USD 80), ces échoppes sont peu achalandées avec seulement deux ou trois petites dizaines de pièces éparses, sauf bien sûr les bijouteries/horlogeries dignes de ce nom, mais qui se comptent sur les doigts d’une main.
Garanties aux oubliettes
Si le choix des montres exposées dans les bijouteries/horlogeries de Douala est assez restreint, c’est aussi à cause de la faiblesse des ventes qui, loin d’être quotidiennes, influe inévitablement sur la capacité des commerçants à investir dans une variété importante de modèles. En outre, les ventes sont d’autant moins importantes que les Camerounais fortunés achètent leurs montres à l’étranger, lors de leurs fréquents déplacements en Europe ou ailleurs. Leur choix est surtout dicté par leur manque de confiance en leurs compatriotes, considérés souvent à raison comme les rois du faux…
D’ailleurs, les petites bijouteries/horlogeries qui proposent les marques suisses Longines, Omega, Rolex ou ETA, par exemple, parmi les omniprésentes Cartier, Gucci ou Dior et une foule de marques parfaitement inconnues, dont la gamme de prix oscille entre 50 et 1’500 francs suisses (USD 40 et 1200), n’offrent aucune garantie à leur clientèle, car la plupart des pièces viennent directement de… Dubaï ou de Chine !
Tout pour le « look »
Autrement dit, les contrefaçons dominent le marché, sans parler des montres de contrebande et de toutes celles d’origine obscure écoulées à bas prix par les vendeurs à la sauvette. La méfiance des Camerounais se trouve ainsi parfaitement justifiée, même si quelques bijouteries/horlogeries de bonne renommée travaillent dans les règles de l’art avec les fabricants de montres et présentent à leurs clients toutes les garanties et certifications nécessaires.
En matière de goût, les Camerounais apprécient l’or mais privilégient le plaqué et l’acier pour des raisons de coût. S’ils utilisent la montre comme un outil de travail, ils la considèrent aussi comme un bijou qu’ils aiment exhiber lors de soirées mondaines ou dans les boîtes de nuit à la mode, afin de montrer leur apparente fortune ou leur rang dans la société. Volontiers frimeurs, ils aiment ce qui brille, attire le regard et attise la convoitise, histoire de paraître et d’épater la galerie. Sur ce plan, la montre aura toujours de beaux jours devant elle au Cameroun, à condition toutefois que le pouvoir d’achat des autochtones s’améliore et surtout que le fléau des contrefaçons soit véritablement éradiqué pour redonner confiance aux riches Camerounais, qui ne lésinent pas sur les dépenses en parures de toute sorte. Mais de l’intention à l’application concrète par les gouvernements, il existe un énorme fossé au Cameroun et même dans toute l’Afrique. Quant à moi, je garde précieusement et jalousement ma « vraie » Swatch au poignet… ■