Bâle et Genève

Nick Foulkes

J’attends les salons de l’horlogerie de Bâle et de Genève avec la même impatience que certains peuvent éprouver pour les anniversaires ou les évènements religieux. Je reconnais de bonne grâce que les montres m’obsèdent, et je préfère amplement visiter un salon de l’horlogerie qu’assister à un grand événement sportif ou passer quinze jours sur une île paradisiaque bordée de palmiers et entourée d’un lagon.

Certaines personnes se souviennent de l’époque où le salon de Bâle n’était encore qu’une foire commerciale désuète, qui rassemblait toutes sortes de produits helvétiques, y compris les vins et les fromages. Malheureusement, mes visites ne remontent pas aussi loin, mais je me rappelle parfaitement des nuits débridées au Stucki, sur le Rhin, et je me remémore avec plaisir le déhanchement des grands noms de l’industrie horlogère sur la piste des rares discothèques de la ville. Je garde aussi un excellent souvenir des festivités organisées pour le 125e anniversaire d’IWC, dont un des divertissements nocturnes consistait à regarder des gens déchirer des journaux sur scène pour former des motifs.

Les temps ont changé

Aujourd’hui, en déambulant parmi les stands raffinés et même luxueux du salon, et en découvrant la structure monumentale construite à l’intérieur d’un hall pour accueillir en exclusivité les marques de Bulgari (je me rappelle du temps où la marque italienne louait une maison dans la vieille ville), on remarque immédiatement que les temps ont changé. Les stands ne sont plus de simples emplacements commerciaux, mais de véritables prouesses architecturales, des décors de cinéma conçus pour mettre en valeur la performance de leurs stars, ces prodiges de la micromécanique que nous appelons montres-bracelets.

Les soirées organisées par les fabricants de montres sont désormais soigneusement planifiées pendant le salon, rebaptisé Baselworld. Sélect, sexy et exotique, la soirée Breitling est toujours un événement. Au salon de Bâle, le B ailé évoque autant des soirées fastueuses que les chronographes certifiés C.O.S.C. L’an passé, lors de la soirée donnée par IWC à l’aéroport de Genève, pendant laquelle était diffusé un film publicitaire interprété par John Malkovich, de grands acteurs hollywoodiens se mêlaient aux amateurs de montres. Ronan Keating dans le même temps se produisait devant une assistance enchantée, prouvant ainsi que Schaffhausen avait vraiment appris à faire la fête depuis la commémoration de son 125e anniversaire. Sans oublier la présence de vraies stars de cinéma et de célébrités : l’année dernière, Cate Blanchett, Orlando Bloom et Salma Hayek sont venus au SIHH (Salon international de la Haute Horlogerie) à Genève, et il y a deux ans, j’ai passé un après-midi très agréable en compagnie de Flavio Briatore sur le stand de Grisogono à Bâle. Les salons de l’horlogerie sont aujourd’hui d’une qualité encore inimaginable il y a 10 ou 15 ans.

Le contraste entre les salons

D’une certaine manière, les salons sont devenus des événements culturels. Les choses ont commencé à prendre une tournure inédite au début des années 1990, avec l’inauguration du SIHH à Genève. Ce salon paisible et élégant dégage une atmosphère plus calme que l’agitation qui règne à Bâle et, outre les grands noms du groupe Richemont, il a également su attirer les grandes institutions absentes à Bâle, parmi lesquelles Audemars Piguet et Girard-Perregaux. Pour ma part, le contraste entre les allées grouillantes de monde à Bâle, qui peuvent évoquer le dédale d’une ville médiévale, et les larges boulevards de type haussmannien de Genève, bordés de bars et de compositions florales représente l’équilibre idéal.

J’ignore s’il faut y voir un professionnalisme accru ou plutôt une compétition acharnée entre les marques, mais on constate aujourd’hui une tendance à dévoiler les nouveaux modèles bien avant les salons de Bâle et de Genève. Ces événements souvent mémorables, organisés dans des endroits exotiques, sont les bienvenus, tant qu’ils n’éclipsent pas le glamour et l’éclat des salons officiels. En ces journées printanières si fertiles en événements à Bâle et à Genève, les plus grandes maisons horlogères du monde nous présentent assez de bijoux pour contenter notre appétit… jusqu’à l’année prochaine. ■

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