Le Mexique est une terre féconde pour les montres de luxe et la haute joaillerie. Tous ceux qui ont vu les premiers calendriers mésoaméricains édifiés partout sur le plateau vous le diront : il s’agit d’une tradition ancienne et bien ancrée.
Rafael Sabat
Pour quiconque est né, comme moi, dans un pays de seulement trois millions d’habitants, 100 millions de Mexicains ne sont pas à prendre à la légère. Vu l’importance de sa population, il n’est guère étonnant que le Mexique s’enorgueillisse d’être le deuxième marché le plus important du continent américain en matière de haute horlogerie (les États-Unis sont premiers). Ce qui échappe peut-être aux médias traditionnels, c’est que le Mexique est aussi le quizième marché mondial, le quatrième en termes de croissance derrière la Russie, les Émirats arabes unis et la Chine, et qu’il est à égalité avec Hong-Kong. En deux mots, le Mexique mérite l’appellation de marché émergent.
Ce n’était qu’une question de temps : les Mexicains ont désormais leur propre salon de la haute horlogerie. En effet, le pays doit accueillir son deuxième Salón Internacional de Alta Relojería (Salon International de la Haute Horlogerie) en septembre prochain. Comme l’année dernière, toutes les marques phares y participent : A. Lange & Söhne, Audemars Piguet, Blancpain, Breguet, Cartier, Concord, Daniel Roth, De Grisogono, F.P. Journe, Franc Vila, Gerald Genta, Glashütte, Harry Winston, IWC, Jaeger-LeCoultre, Jaquet Droz, Montblanc (Villeret & Rieussec), Omega, Porsche Design, Roger Dubuis, Rolex, Tag Heuer et Tudor. Les observateurs attentifs auront remarqué que tous les grands groupes seront présents, de même que la plupart des grands noms indépendants.
L’an dernier, en seulement trois jours, quelque 1 800 visiteurs accrédités recevaient un avant-goût de classicisme, d’audace, d’innovation et de magnificence en entrant dans l’hôtel Four Seasons de Mexico, qui héberge à nouveau le Salón cette année. Les marques avaient également fait les choses en grand avec la venue de leurs responsables et de leurs ambassadeurs, en proposant des conférences, des ateliers (la Master Class de Jaeger-LeCoultre affichait complet) et de nombreux modèles d’exception, voire des pièces uniques. La manifestation de cette année devrait rencontrer le même succès.
L’événement est organisé par Carlos Alonso, qui est aussi l’éditeur du principal magazine d’horlogerie latino-américain, Tiempo de Relojes. M. Alonso fait partie de ces Espagnols qui ont élu domicile au Mexique. Figure respectée sur le marché, il est suffisamment influent pour attirer au prochain Salón des acteurs majeurs tels que Giulio Papi, Gerald Roden, Jérôme Lambert et Stefano Macaluso.
Le Mexique est une terre féconde pour les montres de luxe et la haute joaillerie. Il s’agit d’une tradition ancienne et bien ancrée : tous ceux qui ont vu les premiers calendriers mésoaméricains édifiés partout sur le plateau vous le diront, ainsi que les visiteurs du Museo Nacional de Antropología qui se sont émerveillés devant les colliers et les boucles d’oreilles fabriqués par des artisans aztèques, zapotèques ou mayas. Avant même l’arrivée des Espagnols, les Mexicains avaient développé une passion pour les garde-temps et les bijoux. Où que vous mène votre voyage au Mexique, vous y verrez forcément un cadran solaire aztèque ou un calendrier maya. Dans tous les cas, entre l’atterrissage de votre avion à l’aéroport et le moment de franchir à nouveau la porte d’embarquement quelques jours plus tard, vous ne serez jamais bien loin d’une boutique d’objets en jade.
Si Mexico n’est pas la plus grande ville du monde, elle se situe néanmoins parmi les cinq premières. Le quartier (ou Colonia comme l’appellent les chilangos, les habitants de la ville) où se concentre le luxe se nomme Polanco. Sa rue la plus importante est l’Avenida Presidente Mazaryk. Les quelques pâtés de maisons qui partent de l’intersection avec la Calle Molière abritent les magasins de grandes enseignes de la plupart des acteurs majeurs du monde du luxe, parmi lesquels les principales boutiques de haute horlogerie de la ville. Si vous voulez regarder les modèles de montres que vous ne voyez que dans les magazines, descendez en flânant l’avenue Mazaryk, faites une halte chez Berger ou Peyrelongue, jetez un coup d’œil aux boutiques de marque et laissez-vous aller à vos caprices les plus fous. Vous remarquerez également les vigiles sur les trottoirs et à l’intérieur des magasins, qui témoignent de la triste situation de nombreux pays d’Amérique latine.
J’ai toujours été surpris, lorsque j’étais au Mexique, par le nombre incalculable de fois où j’ai entendu des gens se plaindre des problèmes de sécurité et dire que porter une montre de luxe, c’est un peu comme agiter un chiffon rouge sous le nez d’un taureau. Je voyais pourtant ces mêmes personnes, quelques instants plus tard, en acheter une autre, encore plus luxueuse, encore plus grosse, encore plus voyante. Cela ferait un bon objet d’étude pour un sociologue, du moins c’est ce que je pensais. Mais avec le temps, j’ai fini par comprendre que les Mexicains aiment simplement le luxe, et que cet amour est plus fort que la raison. Croyez-moi, au Mexique, on fait tout à grande échelle : les passions sont immenses comme les pyramides mayas, intenses comme une histoire d’amour de Frida Kahlo, puissantes comme la musique d’un groupe de vingt-six mariachis. Si vous voulez une preuve que le luxe est affaire d’émotion, venez au Salón du Mexique. ■
La Fondation de la Haute Horlogerie a le plaisir de vous accueil sur son stand, au Salon, à Mexico, du 23 au 25 septembre.