Il n’y a pas si longtemps, lancer une marque de montre de luxe en Inde et gagner des parts de marché n’avait jamais semblé aussi facile ; toutefois l’expérience nous montre qu’il s’agit ni plus ni moins d’une « chimère ».
Anita Khatri*
Pratiquement tous les journaux et magazines semblent s’intéresser à l’Inde. Jamais auparavant, ce pays n’avait eu une telle influence dans le monde. Dans les faits, les deux plus grandes économies émergentes et sources d’éloquence dans tous les conseils d’administration d’aujourd’hui sont la Chine et l’Inde.
Lorsque la Fondation De La Haute Horlogerie me demanda d’écrire depuis l’Inde un article sur la fabrication horlogère de luxe, j’ai pensé qu’il serait approprié d’ajouter une nouvelle perspective aux informations déjà connues sur l’Inde.
L’Inde n’est pas un nouveau marché pour l’industrie horlogère de luxe. Des marques comme Cartier, Patek Phillipe et Harry Winston sont déjà implantées et conçoivent des pièces spéciales pour les maharajas indiens. Avec le boom économique actuel, c’est tout naturellement que l’industrie horlogère a renforcé sa position en Inde et que de nouvelles marques de montre se sont implantées sur le marché indien.
Les incursions sur le marché local sont complexes
Près de 70 % des marques de montres de luxe sont déjà présentes en Inde ou s’attachent à renforcer leur position sur un marché pouvant être défini comme extrêmement complexe. Il n’y a pas si longtemps, lancer une marque de montre de luxe en Inde et gagner des parts de marché n’avait jamais semblé aussi facile ; toutefois l’expérience nous montre qu’il s’agit ni plus ni moins d’une « chimère ». Pour être juste, les petits objectifs commerciaux fixés au début apparaissent aujourd’hui plus faciles à atteindre sur ce marché. Cependant, pour toute marque de montre de luxe, faire une incursion sur le marché local est toujours extrêmement complexe ou plutôt difficile. Me basant sur mes propres connaissances et mon expérience en matière d’études de marques, je décidai que le sujet de plus intéressant pour le premier numéro serait consacré à la nature complexe et à la compréhension du nouveau consommateur indien et à sa manière de penser.
L’Inde est un pays de contrastes. 75 % de sa population (1 milliard de personnes) habitent encore dans des villages. Cette population est répartie sur 28 états et 7 territoires possédant des coutumes, des cultures et des langues différentes. Juste pour vous donner une idée : chaque jour, les Indiens achètent 72 329 paires de jeans, 95 890 billets d’avion, 4274 machines à laver, 9873 téléviseurs à écran plat et 2416 voitures, pour ne citer que ces exemples.
Le nouveau consommateur indien veut consommer
Le consommateur indien d’aujourd’hui est sensible au prix et, le plus important facteur qu’il prend en compte lors de l’achat d’un produit est une caractéristique culturelle bien ancrée, « le rapport qualité-prix ». Il a fallu 4 décennies pour que les préservatifs soient acceptés par le consommateur indien. Il a également fallu beaucoup de temps au marché des détergents pour faire adopter l’idée que les poudres détergentes pouvaient laver aussi bien que le brossage au savon. Les films et le cricket, comme la plupart des gens du monde entier le savent, sont à l’origine d’un engouement national et les célébrités font « l’objet » d’une adulation de masse.
Aujourd’hui, il existe un nouveau consommateur indien prêt à dépenser avec le boom informatique et la connectivité mondiale. Le consommateur indien « new-age » qui découvre les dernières technologies et la mondialisation est individualiste, indépendant et informé. Il connaît toutes les marques disponibles dans le monde et sait exactement ce qu’il veut. Ce nouveau consommateur ne se sent nullement fautif d’apprécier son « petit confort ». Il veut que le monde sache qu’il a les moyens d’acheter des marques et lui fait sa déclaration.
Le marché indien est un endroit incontournable
De nombreux jeunes consommateurs indiens d’aujourd’hui, célibataires et pas encore mariés, n’ont pas de responsabilités familiales. Il faut y ajouter des revenus supérieurs à 4000 dollars par mois grâce au boom des secteurs de l’externalisation et de l’informatique. Ces jeunes fortunés entre 20 et 30 ans sont les nouveaux consommateurs indiens. Ils travaillent beaucoup et s’amusent encore plus. Ils adorent gagner de l’argent mais adorent encore plus le dépenser. Les marques de luxe ne sont plus réservées aux personnes influentes. Les jeunes indépendants sont des « consommateurs tendance », cibles des marques de montre de luxe classiques et modernes.
Malgré l’hétérogénéité de l’Inde en termes de rapport qualité-prix et de particularités culturelles, le marché indien devient incontournable pour les marques de luxe. Tout l’art réside dans le fait de compenser ces complexités. ■
* Correspondant en Inde