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La Haute Horlogerie au Japon

Les collections de Haute Horlogerie de Seiko ne représentent qu’une infime partie de sa production totale mais stratégiquement, ils sont d’une importance capitale pour lui permettre de concurrencer les montres de luxe suisses sur son propre marché.

Tomoko Kayama

On dit souvent que la technologie japonaise du quartz a mis l’horlogerie suisse sur la touche, ce qui est vrai. Mais les montres à quartz ont également gravement nui à l’horlogerie nipponne. Dans les années 70, Seiko et Citizen, les deux principales compagnies japonaises actives sur ce marché, ont cessé la production de montres mécaniques au Japon pour délocaliser ce type d’activités dans leurs usines en Chine afin de réaliser des mouvements et des garde-temps mécaniques bon marché destinés l’exportation. Au Japon, ces deux multinationales ont alors entièrement dédié leur outil de production à la fabrication de montres à quartz.

Si l’on prend la peine de jeter un regard sur l’histoire horlogère au Japon, il est facile de comprendre que les manufactures horlogères du pays ont essentiellement été créées pour offrir aux consommateurs des montres précises et à un prix abordable. C’est pour cette raison qu’en 1892, Kintaro Hattori a nommé sa compagnie « Seiko », qui signifie « précis » en japonais. La première montre de poche de Seiko date de 1895 et la première montre-bracelet de l’entreprise a été lancée en 1913. Quelques années plus tard, en 1930, c’était au tour de Citizen de commercialiser sa propre montre-bracelet.

En réalité, la Haute Horlogerie japonaise relève d’une évolution relativement récente. Dans les années 90, les importations de montres mécaniques en provenance de Suisse ont connu une forte croissance, incitant Seiko à relancer une production de garde-temps mécaniques dans une gamme de prix nettement plus élevée afin de concurrencer les montres « swiss made ». De son côté, Citizen s’est lancé dans le développement de montres à quartz fonctionnant à l’énergie solaire ou radio-contrôlées.

Le Shizukuishi Watch Sudio

Dans cet article, je vais me concentrer sur les deux principaux ateliers de Seiko qui produisent des montres mécaniques et des garde-temps munis du fameux « spring drive ». Selon la Japan Clock & Watch Association, en 2006, seul 1% de la production totale de montres au Japon, soit 706 millions de pièces, était le fait de garde-temps mécaniques. Mais aujourd’hui, un des principaux objectifs de Seiko est de faire sa place dans le segment du luxe, si bien que la compagnie concentre ses efforts dans le développement de produits haut de gamme dotés de mouvements mécaniques développés à l’interne et de calibres spring drive.

En 1991, Seiko a ainsi recommencé à produire ses propres mouvements mécaniques au Japon pour établir, en 1997, un atelier d’assemblage dédié dans son usine de la préfecture d’Iwate, Morioka Seiko Instruments Inc., située au nord du pays. Comme la compagnie avait cessé toute production mécanique pendant près d’un quart de siècle, cette décision n’a pas été le moindre des défis. Mais avec l’aide d’horlogers expérimentés, elle a progressivement mis sur pied cet atelier qui, après plusieurs mutations, est devenu le Shizukuishi Watch Sudio, inauguré en 2004. Aujourd’hui, les montres mécaniques représentent environ 10% de la production de Seiko destinée à son marché domestique, selon les données de la compagnie.

Au Shizukuishi Watch Studio, une vingtaine d’horlogers assemblent 21 différents calibres mécaniques qui se déclinent en cinq collections :

1) Les séries 68 (mouvements extra-plats à remontage manuel) Cal.6870 ; Cal.6898 ; Cal.6899
2) Les Séries 9S (mouvements automatiques ou à remontage manuel) Cal. 9S67 ; Cal.9S55 ; Cal.9S54 ; Cal.9S56 ; Cal.9S51
3) Les Séries 6S (chronographes automatiques ou à remontage manuel) Cal.6S74 ; Cal.6S77 ; Cal.6S99, Cal.6S37 ; Cal.6S28
4) Les Séries 8L (mouvements automatiques à réserve de marche de 50 heures) Cal.8L75 ; Cal.8L38 ; Cal.8L35 ; Cal.8L21
5) Les Séries 4S (mouvements automatiques Day-date, indicateur 24 heures, double fuseau horaire) Cal.4S76 ; Cal.4S77 ; Cal.4S36 ; Cal.4S27

Seiko est une manufacture au sens strict du terme, dans la mesure où la compagnie est à même de produire à l’interne la totalité des composants de ses mouvements, spiraux compris. Actuellement, le Shizukuishi Watch Studio assemble environ 15’000 montres mécaniques par année.

Seiko est très fier d’avoir au sein de ses collaborateurs des horlogers chevronnés à l’image de Mamoru Sakurada, 57 ans, qui a été récompensé de la Médaille d’Honneur à ruban jaune. Kiyshi Terui, un maître graveur, a également obtenu la même distinction. Comme au Japon il n’existe pas d’école d’horlogerie qui enseigne l’art de réaliser des garde-temps, les nouveaux venus dans la profession et les jeunes horlogers reçoivent leur formation sur le tas, en travaillant sous la férule des maîtres horlogers de la compagnie.

Le Shinshu Artisan Time Studio

Seiko dispose également d’un deuxième atelier de haute horlogerie, le Shinshu Artisan Time Studio, établi en 2004 au sein de Seiko Epson Corp., une usine du groupe située dans la préfecture de Nagano, au centre du pays. Cette nouvelle entité est composée de trois ateliers, l’Artisan Studio, le Micro Artist Studio et la division joaillière. L’Artisan Studio produit et assemble les garde-temps cinétiques, ceux dotés du spring drive ainsi que des montres à quartz destinées aux collections les plus prestigieuses de la marque que sont Grand Seiko et Credor. L’atelier produit annuellement environ 40’000 pièces, tous modèles confondus. Le Micro Artist Sudio, quant à lui, assemble les collections spéciales comme les montres spring drive à sonnerie, un modèle présenté à Baselworld en 2006.

Le spring drive est un mouvement unique développé par Seiko. Dès 1977, un des ingénieurs de la compagnie a commencé à travailler sur un concept de montre éternelle pour présenter en 1998 à Bâle, après vingt ans de recherche et de développement, le premier garde temps équipé d’un tel mécanisme. Aujourd’hui, les montres spring drive sont assemblées par 55 horlogers, dont trois d’entre eux ont gagné la médaille d’or aux Olympiques Techniques. Age moyen de ces horlogers : 40 ans. Le plus jeune a seulement 19 ans et le plus vieux 55 ans. Comme au sein du Shizukuishi Watch Studio, les jeunes horlogers sont formés sur le tas par leurs aînés.

Aujourd’hui, il existe 7 modèles de montres mécaniques dotées du mouvement spring drive et 2 modèles spring drive à remontage manuel équipés d’une sonnerie. Pour le marché domestique, ces collections se déclinent en 37 références, 12 pour l’exportation.

Grâce à ces studios, les collections Grand Seiko, Credor, Izul et Galante sont commercialisées en tant que produits de prestige de la compagnie à des prix compris entre ¥ 300’000 et ¥ 12’000’000 (entre CHF 3’000 et CHF 120’000.-). Ces modèles ne représentent bien évidemment qu’une infime fraction de la production totale de Seiko mais stratégiquement, ils sont d’une importance capitale pour permettre à la compagnie de concurrencer les montres de luxe suisses sur le marché japonais. ■

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L’approche japonaise de la Haute horlogerie

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