« Depuis le milieu des années 80, l’horlogerie suisse est sur une phase ascendante »

L’an dernier, l’industrie horlogère suisse a connu sa troisième année consécutive de croissance à deux chiffres, soit une progression de 11% à CHF 13,7 milliards. Jean-Daniel Pasche, président de la Fédération de l’industrie horlogère suisse, revient sur cet exercice exceptionnel pour la profession.

Etablie à Bienne, la Fédération de l’industrie horlogère suisse (FH) est l’organisation faîtière de la profession. Constituée sous la forme d’une association professionnelle de droit privé, elle regroupe plus de 500 membres, soit plus de 90 % de l’ensemble des fabricants suisses d’horlogerie. De ce fait, la FH constitue un observatoire de choix sur l’évolution du secteur. Son Président Jean-Daniel Pasche livre ici ses impressions sur une nouvelle année record pour cette industrie.

Christophe Roulet : L’horlogerie suisse a connu une année record en 2006. Quels ont été les principaux facteurs de cette croissance exceptionnelle ?

Jean-Daniel Pasche, Président de la Fédération de l’industrie horlogère suisse : Plusieurs facteurs permettent d’expliquer cet exercice record, soit la troisième année consécutive de croissance à deux chiffres. D’un point de vue macroéconomique d’abord, les marchés traditionnels pour les produits de luxe en général et pour l’horlogerie en particulier que sont les Etats-Unis, l’Europe et l’Asie ont été simultanément tous en croissance l’an dernier. A quoi s’ajoute la richesse des produits horlogers suisses, résultat des investissements consentis par les marques dans la qualité. Le secteur des montres mécaniques démontre en effet beaucoup de dynamisme, notamment en ce qui concerne le renouveau des modèles et la recherche de matériaux permettant de réduire les problèmes de friction.

Cette période de quasi euphorie ne semble pas avoir d’équivalent par le passé. Mais les professionnels sont d’accord pour dire que cela ne peut pas durer éternellement. Qu’en pensez-vous ?

Depuis le milieu des années 80, l’horlogerie suisse est sur une phase ascendante. L’industrie a certes connu des périodes de consolidation, comme en 1996 par exemple lorsque le dollar a plongé à CHF 1,10 ou encore en 2003 lors de la crise du SRAS. Sur le moyen et long terme, l’évolution reste néanmoins largement positive, surtout si l’on considère les trois dernières années qui ont véritablement été exceptionnelles sur tous les principaux marchés, avec la montée en puissance de nouvelles destinations comme la Chine ou la Russie.

Est-ce à dire que la Haute Horlogerie est vaccinée contre les crises économiques ?

Si la conjoncture a été extrêmement favorable ces trois dernières années, comme le reflètent les chiffres des exportations horlogères, qui ont certainement aussi profité de la hausse des marchés financiers, synonyme de bonus importants donc de pouvoir d’achat accru, cela ne signifie pas que la branche dans son ensemble est immunisée aux revers économiques. Seul le très haut de gamme pourrait éventuellement prétendre à un tel statut.

Comme le démontre les statistiques des exportations, c’est l’horlogerie haut de gamme qui tire l’ensemble de l’industrie. Un secteur qui attire de plus en plus les marques.

La croissance de l’année dernière s’est faite autant en valeur qu’en volume. Ce qui veut dire que les principaux marchés sont sensibles aux produits horlogers suisses et pas uniquement dans le haut de gamme, comme le démontre très bien le cas de la Russie où la progression est sensible pour l’ensemble de la profession.

Comment voyez-vous l’évolution pour 2007 ?

Je suis très confiant pour l’exercice en cours. On ne peut certes pas exclure des facteurs négatifs externes comme une baisse sensible du dollar ou des événements géopolitiques susceptibles de freiner les flux touristiques. Mais dans l’ensemble, l’orientation reste très positive.

Vu les taux de croissance, notamment dans le haut de gamme, diriez-vous que le secteur horloger suisse devient de plus en plus concurrentiel dans ce secteur ?

Il est vrai que depuis quelques années, on assiste à l’apparition de nouvelles marques, essentiellement dans le haut de gamme. D’autre part, les Maisons existantes ont également tendance à pousser leurs garde-temps vers cette catégorie de produits. Lorsque les marchés sont en croissance, il est clair que de telles démarches sont plus aisées. Cela ne veut toutefois pas dire qu’il est facile d’imposer un nouveau nom dans la profession, quelle que soit la gamme envisagée tant la concurrence est vive.

Pensez-vous que le phénomène de consolidation observée vers les années 2000 est à son terme ?

La profession a effectivement connu une vague d’achats à la fin des années 90. Actuellement, j’ai plutôt l’impression que les groupes sont en train de digérer les acquisitions de ces marques. Un processus qui peut prendre plusieurs années. Cela dit, on peut clairement dire que dans l’absolu, tout est à vendre. On constate d’ailleurs que les Maisons ne sont pas en reste en termes d’absorptions, essentiellement dans le domaine stratégique de la sous-traitance. Cela dit, je pense que la double structure propre à l’horlogerie suisse, divisée entre grands groupes et petites sociétés indépendantes va perdurer.

La formidable croissance de ces dernières années a provoqué des goulots d’étranglement, tant dans l’approvisionnement que dans le recrutement de personnel qualifié. Pensez-vous qu’il s’agit là d’un problème durable ?

Il s’agit en effet d’une conséquence de la progression des trois dernières années. Pour ce qui est de l’avenir, cela dépendra grandement de l’évolution conjoncturelle. Mais à court terme, il s’agit bien d’un problème préoccupant dont on ne sait pas véritablement quand il se résoudra. ■

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