Ces matériaux qui propulsent l’horlogerie au-delà de toute limite

Le futur se loge désormais au cœur de la montre, depuis que la profession s’est prise d’engouement pour la recherche technologique. Prémices d’une ère nouvelle, où l’on note déjà une amélioration notable des performances.

Flavia Giovannelli


Toujours plus loin et toujours plus fiable. Telle pourrait être la devise de la haute horlogerie, qui devient synonyme de haute technologie. Il ne suffit plus de loger un tourbillon dans une boîte en platine pour décrocher les louanges des connaisseurs. Désormais, ce sont les inventeurs des départements de recherche et de développement qui ont la vedette. Cette année, les lancements les plus réussis confirment cette tendance lourde. A commencer par La Master Compressor ExtremeLAB de Jaeger-LeCoultre, dont le nom ressemble à un titre de film de science-fiction. Tout comme ses composants. Pas moins de 13 matériaux, aux propriétés utiles ou révolutionnaires, entrent dans l’élaboration de son calibre 988C, à savoir notamment le carbone, le titane, la céramique, le magnésium, le polyuréthane mais aussi le carbonitrure Easium™, le carbonitrure de silicium, le diamant cristallin noir, le platine iridium et le Ticalium® !

La recherche plonge au cœur de la montre

Il faudrait être chimiste ou physicien pour connaître en détails les avantages de ces matières ! Mais s’il reste facile de bluffer le béotien lorsque l’on touche à l’habillage, le spécialiste, lui, restera confondu par le cœur de la montre. Prenons ainsi le balancier-spiral de la Master Compressor ExtremeLAB. La manufacture du Sentier s’est ainsi aperçue que sa surface totale joue un rôle clé dans ses performances aérodynamiques. Après plusieurs années de recherche, ses ingénieurs ont donc mis au point un tout nouveau balancier, à la géométrie optimisée couplée à l’utilisation d’un matériau très dense - le platine iridium- afin de réduire la masse totale sans modifier l’inertie déterminée. La forme des bras, les ouvertures et la géométrie permettent un gain de plusieurs points du rapport masse/inertie. Ce facteur influence directement la précision de la montre.

Par ailleurs, les traditionnels rubis disparaissent des levées de l’ancre du calibre 988C. A la place, on trouve du diamant noir, un matériau de synthèse aussi dur que le diamant naturel. Le ressort du barillet glisse désormais dans de la poudre de graphite au lieu de graisse. Et l’énumération est encore loin d’être finie ! On retiendra simplement que Jaeger-Lecoultre propose un garde-temps qui pourra se passer de lubrification sans rien perdre de ses qualités au fil des ans !

Repousser sans cesse les limites

En résumé, les marques les plus sérieuses veulent repousser les limites de leurs performances aussi loin que possible. Ce qui est tout à leur honneur : on veut désormais garantir que le « moteur » de la montre, soumis à rude épreuve dans le quotidien, puisse rivaliser avec ceux des satellites ou des bolides de course. C’est pourquoi l’industrie horlogère s’inspire ouvertement d’autres métiers comme la micro-électronique, la microtechnique ou l’aérospatiale. On pense à Audemars Piguet, qui s’est lancé à l’eau pour sortir ce printemps une Royal Oak Offshore Alinghi en l’honneur de la Coupe de l’America’s. « Pour réaliser un boîtier entier en carbone forgé, nous sommes partis dans le bleu total, raconte Bruno Moutarlier, directeur industriel de la marque. Plutôt que de tenter l’innovation à tout crin, nous avons préféré recourir à des compétences externes, venant de l’aéronautique, notamment, pour leur expertise relative au carbone forgé ».

Grâce à cette collaboration, Audemars Piguet a pu à son tour, au bout de deux ans, adapter cette matière à ses produits horlogers. Une visite d’un atelier « secret » au sein de la manufacture du Brassus, où sont forgées les carrures de la Royal Oak Offshore, vaut le détour : on découvre non sans étonnement deux spécialistes disposer de manière précise un amas de fils de carbone coupés dans une matrice qui sera comprimée à haute température (plus de 200 degrés) à une pression de plus de 300 kg/cm2. Au final, le garde-temps s’avère d’une légèreté hallucinante, pas plus de 100 grammes, tout en présentant un design unique avec ces effets de noirs moirés.

Avènement d’une nouvelle ère technologique

Parmi les marques folles de technologie, l’un des précurseurs les plus audacieux reste Richard Mille. Fort de son expérience touchant au luxe mais aussi à l’industrie automobile, le Français a su convaincre d’autres « fous » avides d’innovation de le suivre. C’est ainsi qu’avec la RM009, Richard Mille est devenu le roi de l’alusic (soit un alliage d’aluminium AS7G-silicium et carbone). « Ce matériau inédit, extrêmement léger et résistant, destiné aussi aux Airbus, demande un traitement et un usinage radicalement différents de ce qui se fait d’habitude dans l’horlogerie », explique Théodore Diehl, responsable de la presse chez Richard Mille. Par exemple, il faut centrifuger les trois composants de l’alusic pour obtenir une répartition homogène des particules de carbone.

Autre spécificité : il est impossible d’étamper la carrure avec les outils classiques. Il a fallu concevoir une pièce spéciale munie d’une pointe en diamant pour découper les formes très particulières des boîtes dessinées par Richard Mille. Malgré les précautions et la dureté de cette pierre, le déchet est énorme. D’où le prix exceptionnellement élevé de la RM009, sortie en 2005 avec le concours du pilote de F1 Felipe Massa - en édition limitée à 25 exemplaires- et qui reste encore révolutionnaire en 2007. Chez Richard Mille, on est donc plus que jamais convaincu de l’avènement d’une nouvelle ère technologique. Elle n’en serait qu’à ses prémices ! ■

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