Suite à l’annonce du groupe Swatch en 2002 de cesser la livraison d’ébauches ETA à des tiers, on les disait moribonds et destinés à disparaître. Sellita et Jaquet, ce dernier étant devenu depuis La Joux-Perret, étaient en effet de gros clients des ébauches ETA, assembleurs et fournisseurs de mouvements pour l’horlogerie suisse, la production sortant de leurs ateliers dépassant largement le million de pièces. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’on retrouve dans ces entreprises les personnes qui ont tiré la sonnette d’alarme auprès de la Commission de la concurrence lors de l’annonce faite par ETA. Et pour cause, les patentes de nombreux calibres de la manufacture du Swatch Group étant tombées dans le domaine public, il leur était désormais possible de concevoir des « clones » des mouvements ETA, tout aussi fiables et performants. Encore fallait-il disposer du temps et des compétences nécessaires pour y parvenir. C’est désormais chose faite, d’autant que les clients de ces manufactures leur sont restés fidèles et n’ont pas rechigné devant les mouvements de substitutions proposés au même prix que les originaux et parfaitement compatibles avec leur production. Sellita a ainsi dans son catalogue le SW 200 (clone du fameux ETA 2824) le SW 300 (clone du célèbre tracteur ETA 2892) et va enrichir son offre avec le SW 220 (clone du mouvement ETA 2838). Pas moins de 350 clients ont répondu à l’appel pour une production de l’ordre du million de pièces, équipant selon les estimations de Sellita, un tiers de la production horlogère mécanique suisse. Sur ces nouvelles bases, la compagnie projette d’importants développements industriels incluant certains de ses fournisseurs de l’Arc jurassien.
La Joux-Perret a suivi exactement la même démarche, laissant la production de masse aux mains de Sellita, pour se spécialiser dans des mouvements plus haut de gamme. En quelques années, la société a largement rationalisé sa production pour devenir une manufacture parfaitement intégrée qui a plus que doublé ses forces de travail au nombre de 150 personnes aujourd’hui. Dans sa besace, une série de calibres dérivés du Valjoux 7750, et du tracteur ETA automatique 2892A2. Mais La Joux-Perret ne s’est pas contenté de produire des clones. La manufacture dispose également de mouvements maisons dont un chronographe flyback, un calibre à remontage manuel avec 7 jours de réserve de marche, le calibre 5900 automatique, alarme, à deux fuseaux horaires et même un tourbillon. Vu le positionnement de la Maison, nombreux sont ses clients à appartenir aux groupes de luxe comme Panerai, Tag Heuer, Louis Vuitton ou Franck Müller, sans oublier des indépendants de renom comme Corum, Hublot, Harry Winston ou Raymond Weil.
Sellita et La Joux-Perret ne sont toutefois pas les seules entreprises à disposer d’un outil industriel performant, à même de concurrencer ETA. Technotime qui exploite la friche industrielle de l’ancienne France Ebauches à Valdahon, a ainsi relancé ses activités dès 2001 sur la base d’une production d’une famille de mouvements à quartz auxquels venaient s’ajouter des modules additionnels entièrement mécaniques. A partir de là, Technotime a développé ses propres calibres 100% mécaniques et même mis au point, en collaboration avec l’Université de Besançon, la technologie nécessaire à la fabrication de spiraux. Aujourd’hui, l’entreprise peut ainsi livrer un mouvement tourbillon en petite série et surtout un calibre 13 lignes ¼ doubles barillets (TT 718.00), 120 heures de réserve de marche à des milliers d’exemplaires. Et la liste ne s’arrête pas avec Technotime. Le groupe STM Holding comprenant Soprod, SFT et Indtech fait également partie des acteurs de poids sur le marché, notamment pour occuper le troisième rang mondial en termes de production de mouvements à quartz et pour avoir fait le saut vers la production de calibres entièrement mécaniques sur la base de véritables percées technologiques. Le groupe chinois Peace Mark ne s’y est d’ailleurs pas trompé pour avoir acquis récemment cet outil industriel helvétique. C.R.