Pendant longtemps, les manufactures horlogères ont constitué un cercle restreint au sein des marques de la branche. Une seule raison à cela : après la déferlante du quartz, rares sont les entreprises à avoir gardé un outil industriel intact et profilé pour la production de mouvements mécaniques. Vu les investissements et les compétences nécessaires à ce type d’exercice, peu de Maisons ont senti le besoin de faire le saut vers davantage d’autonomie et d’intégration industrielle, d’autant que l’offre de calibres ne présentait guère de goulots d’étranglement. Plus rien de tel aujourd’hui. Avec le renouveau de la montre mécanique, l’un des soucis premiers des entreprises de la branche est de pouvoir assurer un flux d’approvisionnement digne de ce nom (lire l’interview de Gérald Roden à la tête de Daniel Roth et Gérald Genta) et notamment pour tout ce qui concerne le moteur des garde-temps. Il en va tout simplement de la crédibilité de marques auprès d’un public de plus en plus averti, sans parler de la légitimité indispensable des Maisons qui sont de plus en plus nombreuses à revendiquer le nom de manufacture.
Autrefois largement usurpée, cette appellation gagne aujourd’hui en importance et, cette fois, avec tout le bien-fondé nécessaire. La concurrence aidant, nombreuses sont les marques à faire le pas vers la production d’un calibre de manufacture maison. Hublot l’annonce pour l’an prochain tout comme Bovet, Daniel Roth et Gérald Genta pour 2009, alors que des marques comme Omega, Panerai, Maurice Lacroix ou Frédéric Constant peuvent déjà s’enorgueillir d’avoir franchi cette étape cruciale. Bovet, notamment, en rachetant trois sociétés manufacturières (tourbillons, calibres et spiraux) réunies sous STT Holding, dont notamment l’ex Progress Watch, a du coup créé Dimier 1738 projetant la marque au rang des manufactures horlogères. En 2002, personne n’aurait pourtant parié sur un tel sursaut industriel, pourtant prévu par un certain Nicolas Hayek… C.R.