Un garde-temps qui ne ressemble à aucun autre, répondant à ses désirs les plus fous ou fidèle à sa propre imagination, tel est le rêve de tout amateur de belle horlogerie auquel seuls quelques rares collectionneurs peuvent pourtant accéder. Un rêve partagé par certaines manufactures qui n’ont pas hésité ces dernières années à se lancer sur le marché de l’horlogerie sur mesure.
Un segment de niche, à l’instar des commandes spéciales de maroquinerie ou de la création de parfums uniques, mais jouissant d’un potentiel certain. Parole d’experts de l’industrie de la haute horlogerie. « Les pièces uniques sont essentiellement l’apanage des grands collectionneurs qui accordent plus d’importance au sens du détail qu’au spectaculaire », remarque Aldo Magada, patron de la société horlogère genevoise Badollet. « Sur un marché horloger global équivalent à 13 milliards de francs suisses, on estime que le potentiel de ce segment d’activité atteint environ 900 millions, un chiffre qui croît régulièrement », précise-il.
Créée l’année dernière par un groupe d’investisseurs passionnés de belles montres, Badollet a décidé de concentrer ses activités sur le créneau du très haut de gamme et prévoit rafler quelque 10% de parts de ce nouveau marché chaque année. C’est dire si les pièces uniques sont appelées à séduire toujours davantage, outre les collectionneurs, les grandes fortunes provenant pour la plupart des pays émergents.
Esprit de Cabinotiers
Objectif : posséder ce que les autres ne pourront jamais s’offrir. Un luxe ultime qui a son prix - entre 200’000 de francs suisses et un million, voire plus- et qui nécessite, outre des moyens financiers, une bonne dose de patience : environ 6 mois de préparation, suivis de plusieurs mois supplémentaires d’attente, parfois jusqu’à un an et demi, pour mettre au point l’objet convoité.
C’est pour satisfaire cette clientèle exigeante que la manufacture Vacheron Constantin, pionnière du sur mesure horloger, a mis en place en 2007 un département inédit consacré aux commandes spéciales, dans l’esprit des Cabinotiers, ces artistes horlogers qui ont fait la réputation de Genève par leurs créations d’exception (lire encadré). C’est dans ce même idéal que des manufactures prestigieuses telles qu’Audemars Piguet ou encore Piaget mettent leur savoir-faire au service de l’imaginaire de leurs clients. « Il est fréquent que l’on nous demande de créer des pièces uniques pour compléter une parure joaillière ou de personnaliser une montre appartenant à l’une de nos collections », remarquait récemment Philippe Léopold-Metzger, patron de Piaget.
Et ça marche. Ultra confidentielle il y a seulement 5 ans, l’horlogerie sur mesure est aujourd’hui mise en avant par les entreprises qui jouissent des compétences horlogères de haut vol, seules à mêmes de répondre aux exigences de cet art spécifique. Fondée en 1999, la manufacture deWitt a fait de ces montres d’exception son credo. Ici, les pièces uniques valant plusieurs centaines de milliers de francs suisses sont monnaie courante, la plupart étant créées sur demande. En moins de cinq ans, deWitt est passé de l’état d’atelier horloger à celui d’une manufacture d’envergure, jouissant de gigantesques locaux à Vernier.
Besoin de perfection
En termes de recettes, le jeu en vaut donc la chandelle. Reste qu’au royaume des pièces uniques, la mise en valeur de l’excellence horlogère demeure au centre des préoccupations des manufactures. Tradition spécifique à la profession, le dépassement de soi pour atteindre l’équilibre parfait entre technique et esthétique domine depuis toujours l’esprit des maîtres du temps. Créées pour assouvir ce besoin de perfection, les pièces uniques imaginées par les grands horlogers trouvent toujours rapidement preneur. En témoigne la montre « Diamond Emperador Temple » de Piaget, une incroyable pièce en forme de pyramide dévoilée par la manufacture lors du dernier Salon International de la Haute Horlogerie. De forme rectangulaire, surmontée d’une pyramide dont le sommet est constitué par un diamant de 3 carats, cette montre entièrement sertie dévoile son cadran d’une simple pression sur le sommet. Au total, 2000 heures de travail ont été nécessaires pour ce garde temps unique, dont la valeur atteint les 3 millions de francs suisses. « Cette montre a trouvé preneur le premier jour du SIHH », note Philippe-Léopold Metzger.
Pas de doute, la création de garde-temps sur demande a de beaux jours devant elle. Dernier exemple en date, la vente Only Watch, organisée sous le patronage d’Albert II de Monaco au profit de la fondation Duchenne en faveur de la recherche sur la Myopathie. Participant à cette vente aux enchères, 35 des plus grandes manufactures horlogères ont créé pour l’événement des pièces uniques ou dotées du n°1 de séries limitées. Résultat : 4,5 millions de francs suisses récoltés. Un record. ■