Un monde, un rêve

Tandis que les yeux du monde entier se tournent vers la Chine en 2008, pour les Jeux olympiques de Beijing, le marché de l’horlogerie revient progressivement au centre des conversations. Les sociétés horlogères étrangères se développent dans le pays et les marques locales apportent leur propre pierre à l’édifice.

David Chang


Les horloges et les montres représentent aujourd’hui un pont crucial entre l’Orient et l’Occident. Tout comme l’indique le slogan de Jeux olympiques de Beijing « Un monde, un rêve », chaque marque a ses propres rêves pour l’avenir.

Une économie à forte croissance

Selon les statistiques de la Fédération de l’industrie horlogère suisse, la Chine est devenue le neuvième plus grand marché d’exportation de montres suisses en 2007 (CHF 577,60 millions ex usine ou US$ 568,3 millions), avec une croissance de 43 % par rapport à 2006. Parmi les dix premières nations importatrices de montres suisses, la Chine a affiché la plus forte progression. Pour la période de janvier à mai 2008, la valeur des exportations de montres suisses vers la Chine s’est élevée à CHF 330,90 millions (US$ 325,5 millions), soit une hausse de 60 % en comparaison des mêmes mois 2007 et une envolée de 97,60 % par rapport à ceux de 2006. Ces chiffres reflètent une nouvelle fois l’immensité absolue du marché chinois de l’horlogerie, un fait que l’on peut assurément imputer à la forte croissance de l’économie chinoise. Selon le Bureau national des statistiques de Chine, le PIB de la Chine en 2007 s’est élevé à US$ 3,2 milliards, soit une progression de 11,90 % par rapport à 2006.

Le World Wealth Report de 2008, publié par Merrill Lynch et Capgemini en juin, révèle que le nombre de millionnaires en Chine est passé de 345’000 en 2006 à 415’000 en 2007, reléguant la France au cinquième rang des nations comptant le plus de millionnaires dans le monde. Le rapport indique également que les montres et la joaillerie constituent des investissements passionnels très courants parmi les personnes à fort potentiel économique en Asie et au Moyen-Orient. Cela tend également à montrer que le développement rapide du segment des montres haut de gamme en Chine est en lien étroit avec le nombre croissant de grandes fortunes.

L’année 2008 est celle des Jeux olympiques de Beijing, l’heure à laquelle les foules de visiteurs étrangers afflueront dans la ville. La convergence des flux de passagers, de logistiques et d’informations qui s’ensuivra générera un pic caractéristique de consommation. Comme les Jeux olympiques organisés dans d’autres pays l’ont déjà démontré, cet événement majeur attire entre 200’000 et 300’000 visiteurs internationaux. La majeure partie de ces visiteurs sont des amateurs de sport ou des vacanciers de classes socio-économiques élevées n’appartenant pas à la nation hôte. L’impact positif des Jeux olympiques sur le commerce et les activités afférentes est incontestable : entre 2002 et 2007, la valeur au détail des biens de consommation générée par les investissements directs dans les Jeux olympiques s’est élevée à US$ 53,9 millions. La plus forte croissance de la valeur au détail a été observée entre 2005 et 2007. L’on peut donc incontestablement affirmer que les détaillants de Beijing bénéficieront d’un pic de consommation lors des Jeux olympiques.

Les boutiques et les clubs se complètent

Les marques de montres suisses haut de gamme ont accéléré le rythme, ainsi que le nombre d’ouvertures de boutiques depuis janvier 2008, notamment à Beijing. Vacheron Constantin a ainsi inauguré son deuxième magazin à Beijing, qui est également son neuvième point de ventes en Chine. Jaeger-LeCoultre a ouvert sa plus grande boutique au monde à Shanghai, et sa deuxième plus grande boutique à Beijing. Audemars Piguet et Patek Philippe ont ouvert leur deuxième point de ventes en Chine, alors que A. Lange & Söhne est arrivé officiellement sur le territoire chinois avec la première boutique de la marque à Shanghai.

Une galerie Horlogerie et Joaillerie a également ouvert ses portes dans le sous-sol du complexe commercial de luxe de Shanghai : le Plaza 66. Avec des boutiques de marques telles que Chopard, Franck Muller, Gérald Genta, Girard-Perregaux, Harry Winston, Hublot, Panerai, Richard Mille et Zenith, cette galerie représente un atout supplémentaire pour le marché des montres haut de gamme de Shanghai.

Parallèlement aux boutiques des marques, les clubs d’horlogerie haut de gamme sont devenus d’importantes plateformes servant à promouvoir la culture et les connaissances horlogères. Le Club Calibre Haute Horlogerie (ou C2HH), créé en septembre 2007, a mis en place une série d’activités dans des villes telles que Beijing, Shanghai et Guangzhou. Ces activités incluent notamment des cours pédagogiques et des dîners dédiés à la compréhension des montres de luxe. Le Club a également fondé le Bureau de recherche de la Chine et de la Haute Horlogerie et publié le premier ouvrage sur les horloges et les montres dans l’histoire de la Chine. En mettant les clients en contact direct avec le personnel des marque, C2HH ne joue pas qu’un rôle éducatif et informatif mais il vient en complément des boutiques commerciales en forgeant des relations durables avec leurs clients potentiels et en élargissant le segment de l’horlogerie haut de gamme sur le marché chinois.

L’expansion des marques chinoises

Dans son œuvre, le plus célèbre futurologue au monde John Naisbitt écrit que la Chine vient de passer au stade suivant dans « l’industrie mondiale ». En effet, les entreprises chinoises ne se contentent plus de fabriquer des produits : elles les conçoivent également. Alors que les consommateurs chinois sont heureux d’acheter les célèbres montres de luxe étrangères, les marques de montres de leur propre pays sont en train de renforcer leur positionnement sur le marché et d’étendre leurs réseaux de distribution. Parallèlement, les médias accordent aux marques de montres chinoises une plus grande place, attirant à la fois l’attention des visiteurs étrangers et celle des consommateurs locaux. En juin, Sea-Gull et Beijing, deux des plus grandes marques de montres mécaniques en Chine, ont lancé des projets de grande envergure. Sea-Gull a entamé la construction à Tianjin d’une zone industrielle de près de 12 hectares qui devrait être terminée d’ici 2010. Fin mai, Sea-Gull a d’ailleurs été la première marque de montres chinoise à ouvrir une boutique à Hong Kong.

Il en va de même avec Beijing Watch Factory. L’entreprise, qui fête son 50e anniversaire cette année, a été le premier fabricant à produire des tourbillons en Chine et à créer, depuis 2006, des montres sculptées à cadran émaillé. En avril 2008, Beijing Watch Factory a lancé la montre Athena sculptée, doté d’un mouvement tourbillon en or et d’un mécanisme de répétition à minutes, affirmant ainsi Beijing comme une marque d’excellence dans le segment haut de gamme en Chine.

Les détaillants locaux véhiculent la culture du haut de gamme

Shenzhen Harmony World Watch Center Co. Ltd est un détaillant spécialisé dans les plus célèbres marques de montres, assurant un service après-vente de première qualité. Il bénéficie d’assises financières exceptionnelles et d’excellentes capacités d’administration. En dix ans, Harmony est devenu un groupe incontournable en Chine dans la vente au détail de montres de grandes marques. Il dispose ainsi de la plus importante part de marché dans le pays avec des centaines de boutiques réparties dans plus d’une vingtaine de villes. En novembre 2006, Harmony a signé un accord exclusif pour introduire la marque JeanRichard dans le Céleste empire pour, dans la foulée, ouvir les portes du premier point de vente à Xi’an. M. Luigi Macaluso, PDG du Groupe Sowind, a déclaré : « Nous sommes très heureux de constater que les clients en Chine apprécient de plus en plus les montres multifonctionnelles de luxe, alliant qualité haut de gamme et design élégant. Ceci est de bonne augure pour notre développement. »

Harmony aide ses clients à vivre leurs rêves via une relation s’appuyant sur une confiance mutuelle et une évolution progressive. Depuis longtemps, Harmony travaille main dans la main avec les plus grands fabricants au monde. Harmony a également noué d’excellentes relations avec de nombreuses grandes boutiques et galeries commerciales chinoises, notamment à Beijing, Shanghai, Shenzhen et Chongqing. Avec ses 6’000 mètres carrés, sa boutique dans le Shanxi World Trade Center est le plus grand point de vente de montres en Chine. En 2008, le Gyrotourbillon I de Jaeger-LeCoultre apparaîtra chez Harmony. S’élevant à plus de 10 millions yuans (US$ 1,4 millions), cette montre sertie de diamants inscrira un nouveau record sur le marché des montres chinois.

En dehors des détaillants de montres de luxe comme Harmony, les boutiques d’horlogerie haut de gamme commencent également à prospérer. Time Lord Co100 Ltd en est l’illustration. Il s’agit de la seule marque commerciale à vendre la plus belle horlogerie mécanique chinoise. Sur la base de son concept commercial « professionnalisme, classicisme et diffusion de la culture horlogère », Time Lord parvient à réunir des styles distincts et le savoir-faire de diverses régions qui s’expriment, par exemple, dans les fameuses horloges mécaniques et les boîtes à musique. L’horloge mécanique ne doit pas être considérée comme un simple instrument de mesure du temps. C’est au contraire l’aboutissement d’une très grande intelligence, d’une très grande excellence artisanale. Les horloges mécaniques ont une longue histoire et peuvent s’enorgueillir de leur culture, à la fois immense et profondément enracinée. L’un des rôles des boutiques Time Lord, au nombre de plus d’une centaine dans les principales villes de Chine, consiste à expliquer aux clients que les horloges mécaniques n’ont pas seulement un siècle d’histoire mais qu’elles portent également en elles la culture et le savoir-faire extraordinaires d’horlogers talentueux, et représentent donc des objets de famille pouvant être transmis de génération en génération. ■

© 2008 Tous droits réservés