Piaget est généralement associé aux montres joaillières, est-ce toujours le cas ?
Philippe Léopold Metzger, administrateur-délégué de Piaget : cette image de la marque était effectivement une réalité mais elle a beaucoup évolué depuis, notamment parce que nous avons beaucoup investi dans la réalisation de nos propres calibres. En ce sens, l’année 2006 est un millésime historique pour Piaget car la part des mouvements mécaniques a dépassé ceux à quartz pour représenter 55% de notre production qui, peu ou prou, représente 20’000 pièces par année. Piaget peut ainsi clairement revendiquer une place de choix dans les garde-temps de haute joaillerie dotés de mouvements compliqués, un marché en plein essor. La marque dispose en effet de toute la légitimité voulue dans ces deux métiers.
Depuis 1874 jusqu’à la deuxième Guerre mondiale, Piaget a d’abord été reconnu comme un fabricant de mouvements pour ensuite faire ses preuves, dès les années 60, dans la joaillerie, notamment grâce au rachat d’un atelier à Genève. La marque Piaget ne fait donc aucune concession avec 99,5% de ses modèles déclinés en or et en platine. Nous disposons ainsi de trois bases solides que sont les montres homme mécaniques, les montres joaillières, soit 80% de nos ventes, et les bijoux, qui représentent 20% de notre chiffre d’affaires et le plus récent développement de Piaget. En un mot, entre les années 1970 et 2000, on avait oublié de parler de nos mouvements. Tel n’est plus le cas aujourd’hui dans la mesure où nous disposons de 15 calibres de manufacture dont un tourbillon, la première grande complication de la marque lancée il y a quatre ans. Et je tiens à préciser que tout est réalisé à l’interne, y compris notre design horloger.
Vous semblez mettre l’accent sur l’horlogerie, est-ce intentionnel ?
Il est vrai que nous avons présenté de nombreuses nouveautés horlogères ces derniers années mais il s’agit pour nous de garder un équilibre subtil entre nos deux métiers : l’art du sculpteur d’or et l’art du mouvement, la joaillerie et l’horlogerie pour les marier au sein de pièces destinées au marché de très haut de gamme tant pour hommes que pour femmes. C’est probablement la recette qui nous permettra de maintenir une croissance à deux chiffres telle que nous l’avons connue ces dernières années. En ce sens, il faut rester honnête et fidèle à son héritage qui comprend, entre autres, des réalisations remarquables dans le domaine des montres extra-plates. Nous avons ainsi relevé le défi avec notre tourbillon, d’une épaisseur de 3,5 mm et notre chronographe « fly back » à deux fuseaux horaires d’une hauteur de 5,65 mm, avec le constant souci de réaliser des mouvements fiables, probablement la principale gageure actuelle.
Mais je tiens à le préciser, Piaget recherche l’élégance et la performance et non pas la montre la plus compliquée au monde. Une démarche que nous entendons communiquer notamment via nos 46 magasins en propres, qui représentent 35% de nos ventes, et que nous allons étoffer à un rythme d’une dizaine d’ouvertures annuelles sur les quatre prochaines années. Comme nous sommes une marque de niche, créative, contemporaine mais classique - nos fameux trois C -, ce réseau est essentiel pour véhiculer au mieux les valeurs de la marque qui puisent leurs racines dans une mécanique horlogère parfaitement maîtrisée et une joaillerie de très haut de gamme. ■
Propos recueillis par Christophe Roulet