Les montres mettent des habits de lumière pour mieux séduire

L’engouement pour le sertissage des garde-temps est en passe de devenir un véritable phénomène mondial. Les marques répondent ainsi à une demande pressante de clients décomplexés.

De leur côté, les entreprises spécialisées dans ce type de commandes joaillières sont débordées.

Flavia Giovannelli


C’est une vraie folie qui saisit les professionnels de la haute horlogerie : désormais, chaque marque, d’importance ou de niche, veut proposer dans ses collections des modèles très précieux et donc sertis. Auparavant, le concept de création était à la fois plus simple mais moins exaltant : les gammes rentraient surtout dans deux catégories, à savoir les montres à complications destinées aux hommes et les « petits » modèles joailliers pour les femmes. Désormais, on le sait, tout se mélange : les femmes aiment les grosses montres et quelques unes commencent même à apprécier les complications. Nul ne sera donc étonné d’apprendre l’émergence d’un nouveau « trend » : les hommes aussi commencent à oser des garde-temps scintillant de diamants et autres pierres précieuses.

Le phénomène existait déjà il est vrai dans des marchés ciblés comme le Moyen-Orient ou la Russie. « Ce qui change, c’est que la demande est devenue mondiale », explique Claude Sanz, patron de Bunter SA, à Versoix, une petite entreprise confidentielle mais qui a le vent en poupe, spécialisée dans la réalisation du sertissage de A à Z de montres pour le compte de tiers.

Une Patek Philippe pour les « dandys »

Repoussant toujours plus loin les limites de la perfection, Bunter propose même à ses clients un traitement global dans le domaine de l’habillage. Sa grande force, c’est d’être aujourd’hui en mesure de réaliser un « rendu » qui est fait sur la base d’un produit fabriqué par son bureau technique. Chez Bunter, les images sortant du programme informatique 3D ne sont pas uniquement là pour inspirer les créateurs, qui devront ensuite reprendre le processus à zéro : elles tiennent compte des contingences réelles et sont immédiatement applicables. Directement en prise avec le marché, Claude Sanz confirme que son carnet de commandes déborde pour les deux ans à venir. A ce qu’il semble, tout le monde veut désormais jouer cette carte, à commencer par ceux qui ont une légitimité historique dans le domaine. Quant aux marques plus récentes, on peut citer l’exemple de Jacob & Co, qui a pu rentrer dans le cercle très fermé de la haute horlogerie grâce à ses créations débordant de pierres.

Ce printemps, une maison comme Patek Philippe a présenté à Bâle un modèle masculin, le superbe chronographe référence 5971, dont la boîte brille par ses diamants Top Wesselton (sertissage baguette) destiné aux « dandys ». « Seuls quelques hommes fortunés et collectionneurs, grands connaisseurs de notre marque, sont concernés par ce type de produits, explique Philippe Delhotal, le directeur de la création chez Patek Philippe. Mais désormais, cette demande est bien réelle ». Chez Bunter, on n’est pas très étonné de l’apprendre : « Pour porter une montre sertie, il faut clairement avoir envie de montrer sa puissance, explique encore Claude Sanz. Les hommes, évidemment, mettent d’ailleurs dix fois plus de moyens que les femmes pour atteindre cet objectif, le cas échéant ».

Manque de personnel qualifié

Les perspectives apparaissent donc vastes et concernent désormais les marques moins « confirmées ». Ainsi, Jean-Claude Biver a osé sortir pour Hublot une « One million dollars Big Bang », un choix qui aurait été sans doute impossible il y a trois ou quatre ans, lorsque les clients étaient encore retenus par des barrières mentales. Ils auraient été plus réticents à mettre une telle somme pour un garde-temps de ce type. Ce n’est plus le cas désormais : « A Singapour, c’est une vraie folie, confirme Jean-Marc Jacot, délégué aux affaires horlogères pour la famille Sandoz qui possède Parmigiani. J’y ai vu des hommes invités à des soirées de galas qui ne sortaient pas sans une montre atteignant des montants astronomiques et brillant de tous ses feux ». Une demande qui fait aussi progresser la technique : « Le sertissage mystérieux a la cote. On peut maintenant imaginer tout un bracelet ou un boîtier où la forme initiale disparaît, explique encore Claude Sanz. Seule limite connue : l’imagination.

Par contre, les entreprises manquent cruellement de personnel qualifié : on cherche des ingénieurs, des spécialistes de la terminaison et du sertissage, voire même des tailleurs de pierres. Pas un jour ne se passe sans rapports houleux entre clients et fournisseurs. Ceux-ci tiennent à garder leur niveau de qualité, tandis que les autres piétinent pour obtenir enfin leurs modèles précieux dans les meilleurs délais. Un vaste combat ! ■

[1] Joaillerie 101 Manchette, Jaeger LeCoultre : Montre-bracelet en or gris 18 carats, sertie de 576 diamants ( 4 carats). Mouvement mécanique à remontage manuel, calibre Jaeger-LeCoultre 101 manufacturé, poli et décoré à la main.

[2] Montre décor chimère, Cartier : Bracelet en or gris rhodié 18 carats serti de 173 diamants taille princesse sur la crête (12,47 cts), de 1724 diamants ronds sur les côtés et la tête (12,50 cts), d’un diamant taille triangle sur l’index 12h (0,04 ct) et de 2 yeux en émeraude taille navette (0,18 ct). Aiguilles en or gris 18 carats. Mouvement mécanique « mystérieux » à remontage manuel 81003S MC - 19 rubis.

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