Un rapide petit tour d’horizon des candidats au Grand Prix d’horlogerie de Genève 2006, catégorie « Montre Joaillerie Dame », suffit pour se rendre compte qu’ils ont tous répondu à l’appel. Tout ce que la Haute Horlogerie compte comme marques, ou presque, disposent aujourd’hui de leurs gammes joaillières. D’Audemars Piguet à Zenith, de Baume & Mercier à Vacheron Constantin, en passant par Blancpain, Breguet, Girard-Perregaux, Hublot, JeanRichard, Patek Philippe, Roger Dubuis et Tag Heurer. Sans oublier bien sûr celles dont la joaillerie a toujours fait partie de leur métier de base comme Cartier, Chopard, de Grisogono, Dior, Gucci, Harry Winston , Léon Hatot ou Piaget. Une liste loin d’être exhaustive mais qui illustre bien le vibrant hommage des horlogers à la femme, hommage qui ne se limite d’ailleurs plus aujourd’hui au seul sertissage des modèles.
D’abord du quartz…
Si, dans les années 70, les principales Maisons ont choisi de doter leurs modèles féminins de mouvements à quartz, cela tient essentiellement au côté pratique de la chose, libérant la femme de la contrainte du remontage. D’autant qu’à cette époque, l’horlogerie mécanique n’exerçait guère d’attrait sur les amatrices de montres, à fortiori de garde-temps empierrés, le quartz permettant en outre davantage d’audace dans la forme et les lignes des modèles. Quelque 20 ans plus tard, ce sont les montres issues de l’univers de la mode, signées Gucci, Dior ou Versace, qui se sont arrogé une place de choix dans l’univers des montres joaillières, proposant des pièces d’entrée de gamme que les grandes marques avaient progressivement délaissée. Le succès de TechnoMarine, lancé par Franck Dubarry en 1997 et aujourd’hui repris par ses cadres avec le financement du Crédit Agricole et de la holding belge Copeba, démontre bien la place qu’a rapidement occupée ce type de modèles, alliant plastique et diamants, par exemple, pour la Raft de TechnoMarine vendues à 50’000 exemplaires lors de son lancement en été 1998. La démocratisation du luxe était déjà en marche consacrant le règne du quartz dans la montre joaillière.
…puis de la mécanique,
C’était sans compter la réponse concoctée par les Maisons horlogères, d’autant moins désireuses de se laisser distancer sur leur terrain de prédilection qu’elles avaient en mains les atouts nécessaires pour se différencier. Quand un modèle de haute joaillerie demande des centaines, voire des milliers d’heures de travail, est-il encore judicieux d’avoir recours à un mouvement électronique alors que, depuis une dizaine d’années, la mécanique est devenue la quintessence de l’art horloger. Des marques comme Rolex ou Jaeger-LeCoultre n’avaient certes jamais cessé de doter leurs gammes joaillières de mouvements mécaniques mais elles représentaient plutôt une exception. Plus rien de tel aujourd’hui. La plupart des professionnels de la branche proposent des pièces joaillières mécaniques, pour certaines à grandes complications comme la Starissime Open Love de Zenith, la Léman Tourbillon Grande Date de Blancpain ou la Lady Arpels Centenaire. Et les amatrices, de plus en plus nombreuses à vouloir conjuguer l’univers horloger masculin avec leur sensibilité féminine pour le sertissage, en redemandent.
Les pièces les plus folles
Devant un tel engouement et la pléthore de modèles d’exception disponibles, les Maisons rivalisent maintenant d’ingéniosité afin de tirer leur épingle du jeu et d’affirmer leur savoir-faire dans un genre si particulier. Le millésime 2007 est en ce sens d’une extrême richesse. A Bâle, Hublot a ouvert les feux avec sa One Million dollar B.B., pièce unique entièrement réalisée en serti mystérieux (technique mise au point par Van Cleef & Arpels pour monter des pierres sans que les griffes de sertissage apparaissent), dotée d’un tourbillon volant et de 120 heures de réserve de marche, pour 2000 heures de travail ! Quelques jours plus tard, Piaget, déjà récompensé par l’an dernier au Grand Prix d’Horlogerie de Genève avec sa Limelight Party, présentait une autre pièce des plus ébouriffantes : la Diamond Emperador Temple, soit une pyramide de diamants cachant deux mouvements, l’un à quartz et l’autre mécanique, révélant un magnifique tourbillon sur son calibre de manufacture 602P. Quand joaillerie et horlogerie conjuguent leurs forces, les territoires à conquérir ne semblent plus avoir de limites… ■ (CR)