Pas moins de 45 spécialistes totalisant 17’520 heures de travail, six dépôts de brevets pour le mouvement et le boîtier, telles sont les caractéristiques pratiques entourant l’Extreme LAB de Jaeger-LeCoultre, la montre qui représente « une avancée technologique unique au monde, la véritable vitrine de la manufacture en termes de recherche et de développement », selon les propos de Stéphane Belmont, directeur marketing de la Maison. De fait, avec ce nouveau modèle, lancé en une édition limitée à 30 exemplaires au prix de 260’000 francs pièce déjà entièrement prévendue, l’horloger du Sentier a frappé un grand coup pour avoir été le premier au monde à réaliser une montre entièrement dénuée de lubrifiant. « Il s’agit du mouvement le plus fiable jamais réalisé, poursuit Stéphane Belmont, fonctionnant sans huiles ni graisses. Il n’y a pas de détérioration des performances car il n’y a pas de détérioration des composants ».
Matériaux et géométrie de composants
Pour réaliser ce calibre 988C, Jaeger-LeCoultre n’a pas lésiné sur les moyens. La recherche sur les matériaux a conduit la manufacture à utiliser des alliages de haute technologie comme le carbo-nitrure Easium™ qui fait ainsi son entrée dans le monde horloger. D’une dureté élevée, aux excellentes propriétés tribologiques, l’Easium a largement contribué, aux côtés du diamant noir, du silicium et des traitements de surface en molubdène bisulfure, à éliminer les graisses au sein de l’organe réglant. De la poudre de graphite qui a remplacé la lubrification du barillet, un revêtement de nickel téflon pour le remontoir, des billes en céramiques dans les roulements viennent compléter le tableau.
Mais la démarche ne s’arrête pas là. Jaeger-LeCoultre s’est en effet penchée de près sur la géométrie de certains composants et notamment du balancier. De longs essais ont permis de mettre en évidence l’incidence de la surface totale du balancier sur ses performances aérodynamiques. En d’autres termes, plus la surface est étendue, plus le frottement est grand et plus l’énergie pour entretenir les oscillations du balancier-spiral doit être importante, au détriment de la précision. La géométrie du balancier élaborée pour le 988C a pour but de réduire la masse totale sans modifier l’inertie et cela, couplée à l’utilisation d’un matériau très dense, le platine iridium, afin de minimiser la surface de frottement. Pour ce qui est de la précision, le spiral a également fait l’objet d’études particulières. Pour qu’il batte de manière parfaitement concentrique afin d’assurer un isochronisme sans faille, les ingénieurs de la manufacture ont conservé une courbe finale extérieure Philips en y ajoutant une cornière au centre afin de corriger sa tendance naturelle à battre de manière excentrée.
Un habillage d’exception
La description ne serait pas complète sans évoquer le tourbillon dont la cage est usinée dans des blocs de magnésium, un matériau nettement plus léger que le titane et qui contribue à diminuer les besoins en énergie et à optimiser le rendement du régulateur. L’habillage relève des mêmes concepts avec un boîtier interne en fibre de carbone logé à l’intérieur d’un cerclage en titane avec lunette en carbonitrure de silicium et couronne en aluminium éloxé. Le mouvement est monté flottant dans la boîte grâce au système silentbloc fait de polyuréthane rouge afin de protéger le calibre des chocs et vibrations extérieures.
Le prochain défi pour Jaeger-LeCoultre, qui ne dispose actuellement pas des capacités nécessaires à l’usinage de ces matériaux en grande série, sera maintenant d’intégrer ces percées technologiques au sein de sa production de base. Une nouvelle ère industrielle se prépare à la Manufacture du Sentier. C.R.