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Quelle place pour l’artisanat dans la Haute Horlogerie ?

Cette « ré-industrialisation » a été un facteur clé dans le développement récent de la montre haut de gamme et donc de l’horlogerie helvétique dans son ensemble. Un processus accompagné par une forte modernisation de l’outil de production. On peut ainsi affirmer que les garde-temps mécaniques n’ont jamais été aussi précis et fiables qu’aujourd’hui, dotés de surcroît de complications inédites et de perfectionnements rares. Les bases théoriques de l’horlogerie moderne n’ont certes pas beaucoup évolué depuis Huygens et Breguet, il n’en reste pas moins que la profession est arrivée à un aboutissement en termes de raffinement mécanique jamais observé auparavant. Une performance impensable à imaginer sans l’avènement des technologies numériques : des machines multi fonctions à commande numérique (CNC), permettant des usinages au micron près, à la numérisation complète des processus de fabrication.

Des exigences de plus en plus difficiles

Cet appareillage apparu dans les années 80 a indiscutablement autorisé des perfectionnements souvent décisifs dans la conception même de l’horlogerie moderne et aujourd’hui dans l’utilisation de nouveau matériaux. Sans CNC, il est certain que l’on ne pourrait pas réaliser les montres actuellement commercialisées. L’utilisation des technologies numériques dès la conception des produits a débouché sur des exigences de plus en plus difficiles à satisfaire au niveau de la complexité des pièces à usiner, des niveaux de tolérance et de la vitesse d’exécution. Aujourd’hui, on construit des montres comme des automobiles. C’est dire l’importance de l’outil de production. Une seule statistique : si, en 1970, la productivité du secteur avoisinait 850 pièces par année et par personne occupée, elle est aujourd’hui de plus de 3’000 pièces.

Un souci du détail dans la finition

Si l’outil industriel occupe une place incontournable dans l’univers horloger actuel, ce dernier n’en a pas perdu sa vocation artisanale pour autant. La finition des pièces et des mouvements représente toujours un critère essentiel de la Haute Horlogerie. Si l’on prend par exemple les douze dispositions essentielles du Poinçon de Genève, un des labels horloger les plus contraignants, certains d’entre eux ont spécifiquement trait à la finition. L’article 1, par exemple, stipule que les fournitures en acier doivent avoir les angles polis, les flancs étirés, les faces visibles adoucies, les têtes de vis doivent être polies ou cerclées, avec pourtour et fente anglés. L’article 6 spécifie également que les roues de finissage doivent être anglée dessus et dessous et avoir des moulures polies. Sans parler de toutes les techniques d’embellissement des pièces comme le guillochage, le perlage ou l’émaillage. Les garde-temps de prestige se distinguent ainsi tous par un souci du détail dans la finition, un travail qu’il est souvent impossible de réaliser à la machine, même avec les technologies numériques les plus poussées intégrées dans l’outillage CNC actuel. Cette constante artisanale dans le travail des pièces de Haute Horlogerie est ainsi partie intégrante d’une démarche visant à les positionner dans le secteur des montres de prestige. - C.R.

Voir également :
HH Culture > Encyclopédie > Métiers d’art

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