L’industrie horlogère de luxe et internet

Marc Frisanco*

L’analyse de Michel Jeannot sur le rapport entre l’industrie horlogère de luxe et l’internet m’évoque la remarque faite par un spécialiste du luxe à l’époque où l’internet n’en était qu’à ses premiers balbutiements : il disait que ce nouveau média devait être abordé de même que l’on aborderait deux hérissons faisant l’amour : avec grande prudence !

La sagesse de ce commentaire trouve sans doute sa meilleure démonstration dans l’éclatement spectaculaire de la bulle internet.

Michel Jeannot paraît - au moins implicitement - reprocher à l’industrie horlogère de luxe de ne pas avoir su s’imposer assez vite sur internet. Il est cependant permis de douter des bénéfices réels qu’aurait pu tirer l’industrie horlogère d’une pénétration plus rapide sur le net, que ce soit en termes d’avantages en matière de distribution ou en terme d’image.

Il n’en demeure par moins qu’aujourd’hui, l’internet a fondamentalement modifié le comportement social des individus, en créant des communautés virtuelles spécialisées, qui tissent des liens entre elles pour former de véritables réseaux. Les opportunités potentielles qui se présentent ainsi à l’industrie horlogère de luxe - en termes notamment de publicité et de pratique des affaires - sont incommensurables. A titre d’exemple, certains analystes prédisent que d’ici trois ans, 30 millions de dollars US de revenus publicitaires abandonneront les supports écrits et télévisuels au bénéfice de l’internet. 50% de ce montant profitera à Google ou à d’autres moteurs de recherche de ce type (tels que Yahoo). Les marques n’ont pas d’autre choix que d’intégrer cette nouvelle réalité dans leurs plans de développement.

Un nouveau pouvoir détenu par les clients

Or, Michel Jeannot souligne à juste titre que les horlogers de luxe n’exploitent pas encore la nouvelle manne publicitaire que leur offre désormais l’internet, se bornant tout au plus à créer des sites institutionnels pour communiquer sur leur identité d’entreprise, leurs racines ou leurs valeurs.

Un autre aspect de l’internet actuel - qui influencera la manière dont l’horlogerie du luxe abordera sa clientèle - tient au nouveau pouvoir que détiennent désormais les clients. Les technologies propres à l’internet, telles que les communications « peer to peer », les « VOIP » (voix sur réseau IP), les comparateurs de prix et les moteurs de recherche, sont des outils qui permettent aujourd’hui au consommateur de s’informer sans passer par la marque. Le secteur du luxe doit, encore une fois, tenir compte de cette nouvelle réalité et créer les conditions permettant de satisfaire au mieux les besoins de ses clients, tout en restant fidèle à ses valeurs fondamentales.

Qui se frotte à l’internet risque sans doute de s’y piquer…(Michel Jeannot nous rappelle à cet égard les méfaits de la contrefaçon sur le net). Mais il ne tient qu’à l’industrie de l’horlogerie d’apprivoiser ce hérisson amoureux difficilement domptable pour en tirer le meilleur parti et exploiter au mieux les opportunités qu’il peut incontestablement lui offrir. Alors hâtons-nous de partir à la découverte de ces opportunités… mais toujours avec prudence ! ■

*Expert en Propriété Intellectuelle auprès de la Fondation de la Haute Horlogerie

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