L’art de la mécanique est un point commun aux constructeurs automobiles et aux horlogers, souvent associés dans une démarche commerciale débouchant sur des collections de garde-temps généralement déclinées en séries limitées et aux formes inspirées des plus belles berlines.
Christophe Roulet
Si les visiteurs du Salon Automobile de Genève n’ont actuellement d’yeux que pour ces belles mécaniques rutilantes présentées en primeur, ils ne sont certainement pas les seuls à vouer au secteur une attention toute particulière. Cela fait belle lurette que les horlogers ont compris que montres et voitures s’adressaient finalement à une même clientèle d’amateurs, tant les parallèles sont saisissants entre ces deux univers qui cultivent un souci du détail identique, une même obsession du design et, par-dessus tout, une recherche similaire de la perfection mécanique. Sans parler de l’aura des pilotes automobiles et des écuries de course qui représentent des vecteurs promotionnels extrêmement puissants vu le succès d’un sport jouissant d’une des plus fortes audiences au niveau international. Faut-il dès lors s’étonner que l’osmose entre ces deux mondes se soit renforcée ces dernières années, soit pour prendre la forme de partenariats entre manufactures horlogères de prestige et constructeurs haut de gamme soit pour déboucher sur le rôle d’ambassadeur dévolu aux stars du volant ?
La révolution du chronographe
Si ce rapprochement connaît effectivement une sorte de consécration depuis quelques années, l’influence qu’a exercé le monde automobile sur les concepteurs de garde-temps est nettement plus ancienne. Lorsque le jeune horloger Georges Schären ouvrit son échoppe à Bienne le 11 novembre 1918, il ne devait guère vouloir sortir des sentiers battus. Et pourtant, le premier conflit mondial terminé, le retour des Bugatti, Lancia, Hispano-Suiza et autres Delage sur les routes, lui donna l’idée de répliquer dans le monde horloger les formes immédiatement reconnaissables des radiateurs de ces bolides. La mode était lancée, sanctionnant les premiers succès de la marque Mido. D’autres manufactures comme Patek Philippe, Tiffany ou Cartier, lui ont rapidement emboîté le pas, essentiellement pour répondre aux besoins d’une génération de conducteurs en train de naître. Les montres se sont ainsi vues dotées de couronnes tournantes ou de boîtiers bombés pour faciliter la lecture. Certaines ont même été spécialement conçues pour être portées sur le côté du poignet permettant au conducteur de la consulter sans lâcher le volant.
La symbiose entre montres et voitures ne s’est toutefois véritablement réalisée qu’avec le développement des montres-poignet chronographes durant les années 40 et surtout avec le lancement du mouvement automatique chronographe en 1969. Il devenait dès lors possible pour les avaleurs de kilomètres à grande vitesse de calculer leurs performances au dixième de seconde près. Certaines marques se sont résolument lancées dans cette brèche, associant intimement leur nom aux différentes formes de course automobile. Tag Heuer fait clairement partie de celles-là pour avoir lancé dans les années 70 des lignes de montres directement inspirées du sport auto, à savoir les Carrera et Monaco, cette dernière devant son succès au film « Le Mans » dans lequel elle figure au poignet de Steve McQueen. Rolex a également produit une montre de conducteur légendaire avec sa Oyster Cosmographe Daytona, que l’on retrouve aussi au bras d’un autre mythe du cinéma, à savoir Paul Newmann dans « Indianapolis ».
Chopard et Girard-Perregaux
Cet amour immodéré de certains concepteurs de garde-temps pour la belle mécanique automobile est aussi à la base de quelques partenariats qui font déjà date dans l’histoire horlogère. Depuis 1988, Chopard est le sponsor officiel des Mille Miglia, une des trois épreuves majeures du calendrier du sport automobile jusqu’au milieu des années 50 avec les 24 Heures du Mans et les 500 Miles d’Indianapolis. Aujourd’hui, cette course réunit essentiellement des passionnés de voitures anciennes qui parcourent le tracé au volant des Porsche, Lancia, Alfa, Aston-Martin, Ferrari, Mercedes et autre Jaguar d’antan. Chaque participant reçoit bien entendu la dernière version Mille Miglia de Chopard dont la collection est devenue un des fers de lance de la marque.
Le patron de Girard-Perregaux fait également partie de cette race d’inconditionnels. Il n’a d’ailleurs pas dû réfléchir longtemps avant de décider où son cœur balançait. Ancien pilote de course, Luigi Macaluso, qui dispose d’une collection de voitures anciennes forte de quelque quarante « beautés », a signé avec Ferrari une collaboration qui aura duré plus d’une décennie. « Ce partenariat a été pour nous une source d’expériences et d’émotions, rapportait Luigi Macaluso. Nous avons clairement été des précurseurs en développant cette forme de co-branding avec Ferrari. Après dix ans, il nous faut maintenant réfléchir aux différents moyens de faire évoluer cette approche du marché ». L’aventure, qui était devenue une « course folle », selon les termes de Luigi Macaluso, certes parsemée d’investissements, d’émotion et de passion », a en effet incité Girard-Perregaux à s’éloigner de Ferrari, lequel s’est tourné vers Officine Panerai aux mêmes origines italiennes. Pour l’occasion, la marque du groupe Richemont a lancé deux collections, Granturismo et Scuderia, aux formes sculptées qui multiplient les références aux célèbres voitures de sport.
Breitling et Audemars Piguet
Dans le sillage de Girard-Perregaux, la concurrence a très vite compris tout l’intérêt des alliances associant deux grands noms de l’univers du luxe, l’un horloger, l’autre automobile. Certaines maisons ont ainsi cherché à asseoir leur notoriété en associant des garde-temps originaux aux différents univers prestigieux de la mécanique automobile. Bulgari s’est alliée à Cadillac pour concevoir le tableau de bord de la XLR ainsi qu’une montre vendue à ses seules propriétaires ; Rodolphe a œuvré avec Daimler Chrysler dans le but de développer un garde-temps en série limitée censé commémorer la légendaire Dodge Viper.
Breitling fait également partie de ces marques qui ont flairé le bon filon dans le secteur auto en l’occurrence avec Bentley. Une entente qui a permis à l’entreprise de concevoir l’horloge de bord de la Continental GT, tout en lançant une collection exclusive « Breitling for Bentley » qui s’enrichit cette année de la Flying B en version chronographe. « Cette collection est clairement positionnée dans le haut de gamme, exposait Jean-Paul Girardin, vice-président de Breitling, peu après le lancement de la gamme. Une sorte de nouvelle collection de prestige pour notre marque. Depuis notre opération Breitling Orbiter, nous n’avions plus connu de telles retombées. » Même constat du côté d’Audemars Piguet qui a développé l’an dernier un Tourbillon et chronographe Millenary MC12 en l’honneur de Maserati, une marque avec laquelle la Maison du Brassus fait route depuis plusieurs années. ■
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