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Un moteur au poignet

Non contents de collaborer avec les plus grands constructeurs automobiles, les horlogers suisses sont allés un pas plus loin, imaginant des calibres comme des moteurs de voiture. Résultat : des garde-temps ébouriffants.

Pour quelques horlogers, le monde de la voiture n’est pas qu’un simple vecteur d’inspiration commerciale. Certains ont en effet mis leur génie au service non pas d’un habillage censé rappeler calandre, radiateur ou tableau de bord de tel ou tel modèle prestigieux, assorti de complications utiles, mais se sont bien plutôt concentrés sur les bases mêmes des calibres horlogers pour mieux les revisiter selon les critères propres aux moteurs automobiles. Une démarche d’autant plus originale qu’elle a généralement débouché sur des « concept watch », dans l’exact sillage des « concept car » chers aux constructeurs pour faire état de leurs prouesses technologiques censées équiper leurs modèles de demain. Mais contrairement à l’industrie automobile, qui utilise les « concept car » essentiellement comme vecteurs promotionnels, sans véritable commercialisation à la clé, les « concept watch » des horlogers sont dans la quasi-totalité des cas destinées à la production, même si on parle forcément là de séries limitées.

Richard Mille et Michel Parmigiani

Richard Mille fait clairement partie de cette catégorie, pour s’être inspiré de l’univers de la F1 dans la réalisation de plusieurs de ses collections. Outre ses derniers modèles, la RM014 qui fait référence aux constructions navales de Perini Navi de Viareggio et la RM012 aux références architecturales propres aux constructions tubulaires, la RM009 Tourbillon a été développée par Richard Mille en collaboration avec le pilote Ferrari Felipe Massa comme un bolide des circuits de F1. Non seulement, ce garde-temps est le plus léger au monde, moins de 30 grammes pour l’ensemble boîtier-mouvement (contre 100 à 150 grammes pour une montre identique en matériaux standards), mais il a été conçu pour supporter des vibrations, accélérations décélérations et chocs considérables. Le secret, après six ans de développement : un boîtier en alusic (aluminium AS7G-silicium-carbone), matériau principalement utilisé dans l’industrie spatiale aux propriétés de densité, de rigidité et de résistance exceptionnelles.

Dans ce même registre, Michel Parmigiani, qui a créé sa propre manufacture il y a quelques années, s’est livré à un exercice tout aussi époustouflant. En imaginant le garde-temps devant accompagner la sortie de la nouvelle Bugatti Veyron Type 370, la voiture la plus puissante au monde dotée d’un moteur de 1000 chevaux permettant des pointes à plus de 400 km/h, le maître horloger s’est réellement fait plaisir. Résultat : un concept de montre délirant, au cadran perpendiculaire au poignet pour faciliter la lecture, avec une mécanique se laissant admirer étage par étage. « Pour résumer, explique Michel Parmigiani, nous avons fait un bloc moteur qui donne l’heure sur la base d’un mouvement à quatre barillets pour 10 jours de réserve de marche et de cinq platines posées verticalement, les rouages se situant au milieu. Cette collection est un peu comme le fou du roi au sein de notre production car là, nous nous sommes vraiment éclatés… » Avec plus de 80 commandes au moment des premières livraisons il y a deux ans, pour une production annuelle maximale de 50 pièces vendues au prix unitaire de 170’000 euros, Michel Parmigiani pouvait légitimement estimer avoir vu juste. Entre automobiles et montres, l’amour n’a plus de prix.

Tag Heuer se dope au « concept watch »

S’il est une Maison qui a tiré avec bonheur toutes les ficelles du métier liées au « concept watch », c’est bien de Tag Heuer dont il s’agit. Non contente de travailler en étroite collaboration avec Mercedes-Benz pour sa fameuse SLR McLaren, qui a donné naissance à la collection TAG Heuer SLR for Mercedes-Benz déclinée en chronographe cette année, la marque a réussi le tour de force de présenter plusieurs années de suite au Salon de Bâle des montres représentant à chaque fois une véritable percée technologique : la Microtimer en 2002 (premier chronographe bracelet quartz au 1/1000e de seconde), la Sixty-Nine en 2003 (réversible, deux mouvements mécanique et quartz), la Monaco V4 en 2004 (mouvement avec transmission à courroies et masse linéaire) et le Calibre 360 en 2005 (premier chronographe bracelet mécanique au 1/100e de seconde). Des réalisations qui ont quasi toutes débouchées sur une commercialisation : un an après sa présentation pour la Microtimer, deux ans pour la Monaco Sixty-Nine, un an pour le Calibre 360. Quant à la Monaco V4, il nous faudra probablement encore patienter.

Et pour cause. Au menu des innovations de ce « V4 », dont le nom est tiré des quatre barillets du mouvement montés sur une platine en V orientée à 15 degrés, à l’instar des cylindres d’un moteur de course haut de gamme : 13 courroies venant remplacer les pignons de transmission d’un mouvement traditionnel, une masse oscillante linéaire et non plus rotative, trente-neuf roulements à billes remplaçant les rubis synthétiques et les fameux quatre barillets montés en V pour fournir l’énergie. Tag n’a pas lésiné sur les moyens pour sortir des sentiers battus. La Maison qui investit entre 2 et 3% de son chiffre d’affaires en R&D, consacre en effet la moitié de cette manne à la recherche de nouveaux « concepts ». Les équipes en charge de ces développements ont pour seules contraintes de ne respecter ni délais, ni coûts, ni carcan de la tradition horlogère, avec pour seul objectif de répondre à la lettre au code génétique de la marque décliné en « précision, performance et avant-garde ». Les résultats parlent d’eux-mêmes. (CR) ■

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