Formidable brise en poupe du secteur horloger, présence toujours plus insistante d’enchérisseurs russes et fortunés, valeur refuge, impact anecdotique de la crise du subprime : les raisons ne manquent pas pour expliquer l’avalanche de records qui a électrisé les ventes aux enchères 2007.
Marc Gaudet-Blavignac
Avant la déferlante provoquée par les traditionnels « deux grands » - Sotheby’s et Christie’s - citons le cas particulier la vente monégasque « Only Watch 07 ». Vente caritative qui, au cours de son édition de septembre, présentait pas moins de 35 marques horlogères. Sous le marteau, un montant total adjugé pour plus de 4,5 millions de francs suisses. Au rang des étoiles confirmées : une Patek Philippe, la Nautilus Titanium, qui s’envolait à 525’000 euros. Et sur les strapontins, quelques aguichantes starlettes, dont cette mystérieuse Incognito 2008 signé DeWitt et Jean-Michel Willmote, adjugée pour 400’000 euros. Montre « invisible », le contenu du paquet ne sera dévoilé à l’acheteur… que quelques mois plus tard.
Malgré un recul de 7,6 % par rapport aux ventes de l’année précédente, la Maison Antiquorum paraphe pourtant de beaux records au bilan de sa vente genevoise de novembre : un chiffre d’affaires de 5,5 millions d’euros, soutenu par une forte proportion d’objets vendus (83%). Soulignons que les estimations les plus audacieuses ont été largement dépassées. Pour exemple, cette Rolex Sea-Dweller adjugée au sextuple de son estimation de 8’000 euros. A New-York, un mois plus tard, Antiquorum transformait l’essai avec un résultat de 6,6 millions d’euros. « Le meilleur résultat depuis la fondation de la filiale américaine » précisent les organisateurs. Patek Philippe, Gérald Genta et Bréguet s’installent à la tribune d’honneur. N’omettons point de saluer le résultat fort honorable réalisé par une création de FP Journe : pour son « Tourbillon Souverain à Remontoir d’Egalité avec Seconde Morte », le marteau s’est abattu à 56’000 euros.
Joaillerie en fête
Chez Sotheby’s aussi, on s’accorde pour affubler l’an 07 des qualificatifs les plus élogieux. Notamment dans le domaine de la joaillerie. En novembre, en tout cas, les regards demeuraient braqués sur ce mastodonte de carbone pur qui, du haut de ses 84,37 carats, tançait les visiteurs de la prestigieuse vente d’automne organisée à Genève. Eh bien, le « monstre » a trouvé preneur et pour la somme de 18 millions de francs suisses. L’éclat de la pierre ne doit cependant pas ternir les feux de la vente, qui n’avait rien d’un artifice : une session automnale, dont les joyaux ont couronné le succès, avec un chiffre d’affaires de 64 millions de francs suisses. Et si l’on considère l’année dans son ensemble, la manne se double aisément.
Du côté de chez Christie’s, « le plus gros auctionner du monde, à l’exception de son concurrent direct », notons sobrement que près de 48 millions de dollars ont été « levés » à New York, au cours de la vente automnale de joaillerie. Le pendant genevois de ces vacations automnales s’achevait sur une note aux arômes de chasse. Les pièces rares d’horlogerie mises à l’encan rapportaient 31 millions de francs suisses. On se souviendra de cette montre Bréguet d’auguste provenance, puisqu’elle eut jadis les faveurs de l’Impératrice Joséphine. L’acheteur s’est vu adjuger l’impérial garde-temps pour quelques souverains 1,5 million de francs suisses. Quant à la haute joaillerie, elle s’illustrait sous les auspices de ce record mondial établi par un exceptionnel diamant rouge de 2,26 carats, martelé à 2,96 millions de francs. En rivière aussi, les diamants s’égrainaient pour atteindre le montant adjugé de 2,3 millions de francs. Cerises rutilantes sur le gâteau d’une année d’exception.
Genève, capitale incontournable
« Exceptions » également pour certains objets qui ont dépassé les attentes les plus osées, les estimations les moins frileuses… Regagnons la fraîcheur d’une vente printanière chez Christie’s. C’est toujours à Genève, en mai, qu’une montre signée Patek Philippe a été adjugée à hauteur de 2,73 millions de francs. La verte saison profitait également aux commissaires-priseurs d’Antiquorum, puisque ces derniers frappaient les trois coups avant la sortie de scène d’une montre de gousset éponyme. Datant de 1931, la diva n’avait rien perdu de sa superbe puisqu’elle enlevait à son ravisseur un cachet de plus de 920’000 francs.
Le crû 07 demeure une année de records pulvérisés, d’objets qui défraient encore la chronique. Mais aussi l’an béni qui assoit Genève dans le confortable fauteuil de lieu d’enchères incontournables, dans le domaine de la haute joaillerie comme de l’horlogerie. ■
(1) Montre-bracelet Patek Philippe “Third Series”, en or jaune, avec chronographe à poussoir rond, compteur 30 minutes, calendrier perpétuel et phases de lune (lot 199), réalisé dans les années 1960. Vendue par Antiquorum 794,500 CHF ($ 674’000) © Antiquorum
(2) Montre-bracelet Audemars Piguet , triple date, chronographe et phase de lune en or rose (lot 511), datant de 1940. Vendue par Antiquorum 447’300 CHF (380’000 US$) © Antiquorum
(3) Paire de pistolets lanceur de parfum, en or, émail et perles, attribuée à Moulinié Bautte Cie. Fabriqués vers 1806 à Genève pour le marché chinois. Vendue par Sotheby’s 855’400 CHF (761,066 USD) © Sotheby’s
(4) Montre-bracelet Patek Philippe automatique en platine, avec calendrier perpétuel et répétition minute (lot 128), de 1994. Vendue par Sotheby’s 721’000 CHF (641’488 USD) © Sotheby’s
(5) Montre-bracelet Patek Philippe, en acier avec calendrier perpétuel et phases de lune (lot 223), de 1944. Vendue par Christie’s 2’513’000 CHF (2’263’964 USD) © Christie’s
(6) Montre à tact* Breguet, en or, émail et diamants, réalisée en 1800 pour l’impératrice Joséphine Bonaparte et offerte à Hortense de Beauharnais. Vendue par Christie’s 2’513’000 CHF (2’263’964 USD) © Christie’s
*Montre à tact : type de montre fabriquée par Abraham Louis Breguet à partir de 1795 permettant de connaître l’heure au toucher. Appelée « montre à tact » d’où l’expression « avoir du tact », elle répondait aux règles de bienséance à une époque (fin du 18e siècle) où il était tenu pour inconvenant de regarder l’heure en société. Aujourd’hui, les montres à tact sont essentiellement destinées aux aveugles.