Les succès mondiaux de l’horlogerie, et notamment de la haute horlogerie, maintiennent dans les entreprises une pénurie de main d’œuvre qualifiée. La Convention patronale de l’industrie horlogère (CPIH) a décidé de réagir.
Françoise Lafuma
« Cette enquête, qui a chiffré à 2100 le besoin en nouveaux professionnels dans les différents métiers du secteur jusqu’en 2010, a été réalisée dans une période euphorique en 2005/2006, explique Ralph Zürcher, responsable de la formation à la Convention patronale de l’industrie horlogère (CPIH). Mais depuis, la situation s’est encore tendue. » Pour le seul métier d’horloger, ces attentes devraient se traduire par une progression de 30% de l’effectif dans les cinq prochaines années. La première mesure prise par la Convention patronale a été d’inciter les écoles et centres de formation internes aux entreprises à augmenter l’effectif des apprentis à intégrer dans la filière. Certaines professions, comme celles de dessinateur-constructeur en microtechnique ou de micromécanicien, souffrent du même déficit chronique de personnel avec, respectivement, un effectif qui devrait croître de 29% et 26% pour répondre à la croissance des industriels de la branche.
Apprentissage court
L’une des réponses apportées récemment par la Convention patronale a été de mettre sur pied une formation courte d’opérateur en horlogerie, sur deux ans. Ce nouvel apprentissage s’adresse en priorité à des jeunes « qui ont la main » mais pas d’assez bons résultats scolaires pour envisager le cursus classique d’horloger sur trois ou quatre ans. « Une expérience pilote est menée dans la Vallée de Joux » précise Ralph Zürcher. Cette filière devrait rapidement permettre une bonne intégration des jeunes dans le monde du travail. Quatre entreprises collaborent à ce projet avec l’Ecole technique de la Vallée de Joux, première étape pour l’élaboration de la future ordonnance de formation initiale sur deux ans. Celle-ci est en cours d’élaboration avec l’Office fédéral de la formation et de la technologie (OFFT).
« D’autres domaines comme le polissage, devront également faire des efforts pour mieux se faire connaître des jeunes. Des séances d’information sont organisées avec les entreprises et des actions de promotion prennent forme. L’écho enregistré dans le canton de Neuchâtel est très encourageant », se réjouit le responsable de la formation à la Convention patronale. Une plaquette sur le domaine du polissage, présentant le métier de polisseur et de termineur en habillage horloger, devrait prochainement être publiée. L’objectif est de décrire la profession dans ses grandes lignes et d’orienter les candidats vers les écoles ou centres de formation spécialisés.
Pour les professionnels aussi
En outre, une formation spécifique sera organisée en 2008 à la Chaux-de-Fonds. Ce cours de « Connaissances professionnelles pour polisseur » permettra à ceux qui exercent déjà ce métier d’acquérir les compétences théoriques nécessaires à l’acquisition du Certificat fédéral de capacités (CFC). « Nous devons aussi veiller à combler le manque en micromécaniciens spécialistes de l’horlogerie. L’image de ce métier doit être entretenue auprès des jeunes, d’autant qu’il est en concurrence avec d’autres métiers techniques », note Ralph Zürcher. A relever encore qu’un nouveau guide méthodique, support de cours pour les formateurs, a été réalisé afin de faciliter la formation d’apprentis micromécaniciens en entreprise.
Dans cette même logique, les savoir-faire dans la décoration, notamment dans les techniques d’anglage ou de guillochage, font l’objet d’une attention toute particulière de la Convention patronale. Des cours dans le domaine de l’anglage sont dispensés depuis 2007 dans les entreprises par un spécialiste indépendant. Un cours de guillochage a aussi été créé depuis 1994. Il se déroule en interne dans les entreprises sous l’égide de la Convention patronale, assuré par un guillocheur de la Chaux-de-Fonds, à raison d’une journée par semaine et sur une durée totale d’environ 18 mois.
Garder ses retraités
« La pyramide des âges est désormais plus équilibrée dans les entreprises mais une forte attente est toujours en train de se manifester », poursuit Ralph Zürcher. Depuis 1995, la Convention patronale a mis en place une formation modulaire, s’adressant en particulier à un public en cours d’emploi ou en reconversion. Ce personnel non qualifié ou semi-qualifié peut perfectionner et faire reconnaître ses compétences grâce à une formule fractionnée en six modules. Le cursus permet à terme d’obtenir un CFC d’horloger. Il est dispensé au Locle et à Tramelan (Berne) ainsi qu’à Morteau, en France. Quelque 80 personnes sont ainsi formées chaque année.
« Nous devons également convaincre les entreprises de développer encore la formation en interne et en externe de leur personnel, même si nous pensons que le besoin à long terme de l’horlogerie en personnel qualifié est désormais bien couvert », conclut Ralph Zürcher. Pour faire face à court terme à la demande de main d’œuvre, l’une des solutions sera, pour quelques années au moins, de maintenir encore en emploi un personnel pourtant en âge de prendre sa retraite. ■