L’émail confirme son retour de grand habilleur

Depuis qu’une poignée de marques ont recommencé à décorer des modèles avec de l’émail, son usage s’est fortement répandu. Des manufactures y dédient même des collections particulières. Un art délicat qui fait toujours plus d’adeptes.

Louis Nardin - BIPH

Vulcain a fait de l’émail cloisonné l’un des piliers de son identité. Et cette année, les trois nouveaux modèles présentés par la manufacture du Locle certifient que la marque veut faire de cette technique l’une de ses marques de fabrique. Sa collection Aviator GMT met la planète en évidence avec un cadran reproduisant la carte du monde pour la série limitée « The World ». Si les continents présentent des surfaces unies de différentes couleurs, les océans, d’un bleu profond, rendent le mouvement des vagues par un décor guilloché flammé.

Vulcain présente une deuxième série limitée originale avec « At The Races », une série en l’honneur des courses hippiques. Sur le cadran, un jockey chevauche son destrier. Le dessin est prédéfini mais l’acheteur a la possibilité de personnaliser sa montre et de porter un garde-temps aux couleurs de son écurie.

Fleurs et océans

Au SIHH, Piaget a levé le voile sur ses « Miss Protocole Email Océans ». Après le monde des fleurs et des végétaux de la collection 2006, cette année, les modèles sont allés explorer le fond des océans. Ils en ont rapporté coquillages, coraux et étoiles de mers qui décorent désormais leurs surfaces. Les dessins des « Miss Protocole Email Océans » couvrent la montre, son boîtier et une boucle supplémentaire qui lie ce dernier au bracelet.

Souffler sur les cendres

En pleine crise horlogère, les techniques raffinées de décoration des montres et plus spécialement des cadrans et des boîtiers avaient failli disparaître, emportées par la page d’histoire qui se tournait. Parmi elles, l’art de l’émail, un art que plusieurs marques remettent au goût du jour.

Ce savoir-faire, seule une poignée d’artisans le maîtrise actuellement. Ce qui explique la rareté et le prix des pièces émaillées. N’étant plus enseignée dans les écoles d’art, la technique se transmet de maître à élève et les places sont rares. Autre zone d’ombre : l’approvisionnement en matière. Quelle que soit la technique employée, la recette de l’émail ne change pas. Il s’agit d’un mélange de silice et d’oxydes métalliques que l’on réduit en poudre. Seules quelques fabriques continuent de produire des émaux et elles ont fortement réduit leurs palettes de couleurs mettant en péril le jeu de nuances. Mais si cet art des reflets a failli disparaître, il n’est pas encore hors de danger.

L’épreuve du feu

Mélange composite, l’émail est fixé sur son support par un passage dans un four particulier. A l’intérieur, la température atteint plus 800 C° et la durée d’une cuisson peut varier de quelques secondes à une minute environ. Cette technique, qui produit des émaux de première qualité, se résume par l’expression « grand feu » et exige de l’artisan une patience sacerdotale. Car à chaque passage, ou « feu », dont le nombre est fonction de celui des teintes à obtenir, le risque court de voir apparaître des bulles ou des fissures, signes que l’opération s’est mal déroulée et que la pièce a été définitivement endommagée. L’artisan peut ainsi perdre plusieurs semaines de travail en l’espace de quelques instants seulement.

Raison pour laquelle, la température de cuisson à toute son importance, comme le précise Miklos Merczel, émailleur chez Jaerger-LeCoultre : « contrairement aux boîtiers où l’on descend progressivement la température de chauffe et où le nombre de passages au four peut être plus important, pour obtenir une transparence de l’émail par exemple, pour ce qui est des cadrans, il s’agit de démarrer avec précaution afin d’éviter que l’émail bouille et crée des bulles irrécupérables. On peut donc très bien commencer aux alentours des 700 C° pour ensuite augmenter la température et terminer à 800 C°. On compte une moyenne de quatre passages au four pour un cadran mais selon les motifs désirés, ils peuvent supporter jusqu’à sept ou huit passages. » ■

Voir également :
Revue des différentes techniques d’émaillage
Métiers d’art, Merveilles de l’émaillage

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