Au total, ce ne sont pas moins de 10’000 places de travail que l’horlogerie suisse devrait créer à moyen terme. En attendant, les marques font leur possible pour attirer et former les professionnels de demain. Tour d’horizon auprès des manufactures.
Quentin Simonet
Il y a urgence à agir. Les horlogers suisses l’ont bien compris. Ou du moins en partie. Pour faire face à la pénurie de personnel qualifié, un florilège de mesures liées à la formation se met en place. D’abord timides, ces initiatives se multiplient désormais. Mais sera-ce suffisant pour enrayer un phénomène critique eu égard à une demande dont la courbe ascendante ne semble pas vouloir fléchir, ou si peu ? Un constat s’impose d’emblée : il faut une action concertée pour parvenir à ces objectifs cruciaux. « Il n’est plus possible que chacun agisse de son côté , confiait récemment Karl-Friedrich Scheufele, co-président de Chopard. C’est une stratégie collective qui doit prévaloir, avec une interaction entre les marques, les autorités et les différentes écoles horlogères. » Si la formation duale n’est pas encore majoritaire, elle apparaît comme un des modèles à suivre. Il faudra du temps, même beaucoup de temps, pour cueillir les premiers fruits de ces efforts. Alors, précisément, comment s’impliquent les marques horlogères actives dans le haut de gamme ? Petit tour d’horizon.
L’accent sur la formation interne
Jaeger-LeCoultre supporte - financièrement s’entend - l’Ecole technique de la Vallée de Joux. « Nos liens sont très étroits. Nous offrons des montres en promotion aux apprentis sortants ; nous avons financé l’ouverture d’une classe supplémentaire en 2000 ; et nous avons le projet de participer, cette année, à l’ouverture de deux autres classes », témoigne Christine Giotto, responsable de la communication de la marque de la Vallée de Joux. Un des employés de la manufacture, d’ailleurs directeur des activités horlogères, est membre du conseil de l’école et plusieurs horlogers y sont experts lors des examens finaux. Et Jérôme Lambert, patron de la marque qui appartient au groupe Richemont, de poursuivre : « en 2007, nous avons doublé la capacité d’accueil des apprentis. Actuellement, nous formons 9 apprentis dans notre département prévu à cet effet. Nous formons également des apprentis à Porrentruy dans notre unité de production ». Jaeger-LeCoultre va également lancer une formation horlogère de 18 mois pour ses monteurs, régleurs ou emboîteurs qui souhaitent devenir horlogers. Le patron est d’avis que la formation de nouveaux maîtres d’apprentissage est une très bonne solution et une réelle nécessité. Selon lui, une autre idée serait de créer un CFC sur 2 ans au lieu de 3 et de donner une formation axée d’avantage sur la pratique.
Auprès du Sowind Group, qui regroupe les marques Girard-Perregaux et JeanRichard, on insiste également sur la prééminence de la formation. « Jusqu’à maintenant, nous nous sommes surtout appuyés sur un dispositif de formation centré sur la transmission opérationnelle des savoirs au quotidien, en faisant jouer à l’encadrement intermédiaire un rôle de tuteur et de formateur », explique Luigi Macaluso, patron du groupe. Aujourd’hui, le groupe structure son offre de formation et concentre ses investissements autour de deux objectifs. D’une part, en interne, Sowind organise la préparation, l’intégration et l’accompagnement des horlogers qui rejoignent le groupe, qu’ils soient débutants ou plus expérimentés. « D’autre part, vers l’externe, nous développons une politique de formation à destination de la force commerciale de nos points de vente, ayant pour mission de promouvoir et de vendre nos collections ». Les objectifs à trois ans du groupe sont ambitieux et pour les atteindre, « nous avons créé deux postes destinés à monter et à faire vivre ce dispositif ». En parallèle, un plan de formation est en cours d’élaboration pour l’aspect commercial. Démarche supplémentaire : Luigi Macaluso et son équipe étudient la mise au point d’un institut interne de formation horlogère, qui permettra aux collaborateurs de recevoir une formation de qualité, adaptée à la spécificité de ses produits horlogers.
ETA centralise la formation chez Swatch
Au niveau des apprentis, Sowind admet pour l’instant en accueillir un nombre limité mais ce, dans des domaines très précis. Un vivier qui pourrait cependant rapidement croître. En ce qui concerne les écoles, Sowind Group poursuit plusieurs partenariats, notamment avec le CIFOM, Centre Interprofessionnel de Formation des Montagnes Neuchâteloises. Dans le cadre de cette collaboration, « nous participons à des projets d’étude pour les étudiants. Nous apportons également un soutien au programme de la Haute Ecole Arc de la Chaux-de-Fonds, en suivant les travaux des élèves ».
La situation est légèrement différente chez Omega, structures du Swatch Group obligent. Jeanne Keller, porte-parole de la marque explique que c’est surtout la société ETA qui centralise la formation au sein du numéro un mondial de l’horlogerie. « Les apprentis vont dans toutes les sociétés du groupe pour être formés de manière polyvalente et donc intéressante pour eux ». Mais combien en forme au juste la société dirigée par Nick Hayek ? « Le nombre d’apprentis en 2006, dernier chiffre recensé, était de 270 au total, dont 70 apprentis horlogers », poursuit Jeanne Keller. Swatch Group dit collaborer de près avec les entités formatrices en Suisse, sans toutefois détailler ces partenariats. « Oui, ETA soutient de nombreuses écoles horlogères, notamment en leur mettant à disposition du matériel (mouvements, composants, etc.) », conclut la porte-parole d’Omega.
Recours aux aînés
Chez Hublot, une structure de formation sera mise en place ces prochaines années, notamment dans sa future manufacture. « Avec un chiffre d’affaires qui va être sextuplé à fin 2007 par rapport à 2004, nous vivons un état de start up. Et comme vous le savez, il est difficile pour ce genre de société de former des apprentis », s’excuse presque Jean-Claude Biver, patron de la marque nyonnaise. Du coup, Hublot mise sur l’expérience. « C’est une des raisons pour lesquelles nous avons recours à des retraités qui représentent maintenant 10% de notre personnel. Leur mission : transmettre et former. Mais nous n’en sommes pas encore au stade d’engager des apprentis », poursuit le patron. Avec son nouveau site, il est prévu d’en former ces prochaines années et de travailler en étroite collaboration avec l’Ecole d’horlogerie de la Vallée de Joux.
Du côté de Parmigiani Fleurier, les structures sont déjà en place et bien rodées. « Au travers de Vaucher Manufacture Fleurier, nous disposons depuis toujours d’un centre de formation intégré, formant des apprentis-rhabilleurs. Une formation complète sur quatre ans », témoigne Cristina D’Agostino, porte-parole. Ce département est totalement indépendant de la production de montres de la manufacture, puisque les apprentis suivent une formation délivrée par un maître d’apprentissage, uniquement sur d’anciens garde-temps, avec sa palette complète de mouvements. Originalité : une formation sur la pendulerie intervient en quatrième année.
La bombe à retardement du service après-vente
« C’est un investissement conséquent que Parmigiani Fleurier et Vaucher Manufacture Fleurier ont toujours souhaité poursuivre pour la sauvegarde du savoir-faire en Haute Horlogerie et l’esprit de bienfacture », renchérit la porte-parole. Actuellement, le département formation de Parmigiani compte cinq apprentis-rhabilleurs. D’ici à 2010, il est prévu d’en avoir dix. Les autres entreprises du pôle horloger ont débuté la formation d’apprentis-électroplastes (2 personnes actuellement) et cadranographe (1 personne). Pour ce qui touche aux écoles, Parmigiani Fleurier et Vaucher Manufacture soutiennent financièrement le WOSTEP (Centre suisse de formation et de perfectionnement horloger) de Neuchâtel.
Voilà de bien louables intentions. « Mais il faudrait en faire beaucoup plus », confesse un horloger du moyen de gamme, sous couvert d’anonymat. Si la Suisse a créé l’an passé 2’700 emplois dans l’horlogerie, au moins le double serait nécessaire, ne fût-ce que pour réduire les délais de livraison. Sans parler des besoins dans le service après-vente, que certains qualifient déjà comme la future bombe à retardement du secteur, et sans évoquer le nouveau Swiss made qui sera également gourmand en main d’œuvre. Au total, il faudrait donc créer environ 10’000 postes supplémentaires. Politiciens, gouvernements de tous horizons et horlogers, unissez-vous ! ■
Les commentaires de cet article
- Medkour Farid
Bonjour. Oui cet article m’interesse beaucoup, comme mon cas je suis horloger 15 ans d’experience chez un privé en Algerie je cherche un stage de perfectionnement ou une formation sur une marque suisse afin de m’integré dans ce domaine en suisse.
merçi.
26 août 2007
Bonjour. Oui cet article m’interesse beaucoup, comme mon cas je suis horloger 15 ans d’experience chez un privé en Algerie je cherche un stage de perfectionnement ou une formation sur une marque suisse afin de m’integré dans ce domaine en suisse.
merçi.
bonjour depuis de nombreuses années les entreprises horlogères suisses font appel à une main d’ouvre frontalière qui semble répondre aux attentes des employeurs . je suis quelque peu étonné que lorsque la réflexion s’engage au niveau des besoins en compétences pour demain , l’offre de formation française ne soit pas ou peu sollicité quant à la réflexion . Il me semble que l’arc jurassien , terre horlogère dans sa mutation et son développment peut envisager une ouverture au dela de la frontiere existante .je suis peresuadé que nos territoires sont liés et doivent construire ensemble pour réussir, relever les enjeux et préserver les grands équilibres de demain..La coopération transfrontalière me semble la voie tracée serge KALINA GRETA du haut doubs Morteau
L’horlogerie met la vitesse supérieure dans la formation - KALINA
bonjour depuis de nombreuses années les entreprises horlogères suisses font appel à une main d’ouvre frontalière qui semble répondre aux attentes des employeurs . je suis quelque peu étonné que lorsque la réflexion s’engage au niveau des besoins en compétences pour demain , l’offre de formation française ne soit pas ou peu sollicité quant à la réflexion . Il me semble que l’arc jurassien , terre horlogère dans sa mutation et son développment peut envisager une ouverture au dela de la frontiere existante .je suis peresuadé que nos territoires sont liés et doivent construire ensemble pour réussir, relever les enjeux et préserver les grands équilibres de demain..La coopération transfrontalière me semble la voie tracée serge KALINA GRETA du haut doubs Morteau
20 mars 2008