La passion du Portugal pour les montres est aussi profonde qu’ancienne. Nous les achetons, nous en faisons collection et nous formons même les horlogers qui prendront ensuite soin d’elles. Cette passion remonte à 1894, lorsque la première école d’horlogerie du pays fut créée à la Casa Pia de Lisbonne. Depuis plus d’un siècle maintenant, cette institution forme des jeunes à un tel niveau de compétence qu’ils vont même enseigner ensuite…en Suisse !
Jorge Dinis*
Alors que personne ne parvient à expliquer la raison pour laquelle les Portugais semblent si attachés à leurs « machines du temps », l’histoire de l’horlogerie suisse offre quelques exemples des liens qui unissent ces deux pays. Qui n’a jamais entendu parler de la Portugaise d’IWC, un modèle créé à la demande d’armateurs portugais, ou de la Leroy 01, la montre la plus compliquée du monde, fabriquée sur commande d’un collectionneur portugais ?
La complexité de cette montre, comptant 25 complications et 975 pièces, lui valut le grand prix de l’Exposition universelle de 1900 à Paris. Preuve de sa qualité exceptionnelle, la Leroy 01 fut l’une des montres achetées par le roi D. Manuel en personne, monarque portugais de l’époque et fidèle client de Leroy. La Leroy 01, appartenant à Carvalho Monteiro, est alors entrée dans l’histoire de l’horlogerie. Seul le Calibre 89 Patek Philippe est à ce jour parvenu à la détrôner, mais elle demeure la star du musée du Temps de Besançon (France).
En 1894, la Casa Pia ouvrit l’une des rares écoles d’horlogerie en Europe
Les montres suisses et portugaises partagent à l’évidence une longue histoire, et leurs relations ne s’arrêtent pas là. Sous le règne du roi D. Carlos, une école d’horlogerie ouvrit ses portes à la Casa Pia. Cette institution vieille de 100 ans fut fondée le 3 juin 1780 à l’initiative de Diogo Inácio Pina Manique, suite au bouleversement social provoqué par le tremblement de terre qui détruisit Lisbonne en 1755. A l’origine, la Casa Pia s’établit au château de São Jorge afin d’offrir un foyer aux pauvres, aux orphelins ainsi qu’aux enfants abandonnés. Elle avait également pour rôle de leur donner une instruction et de leur enseigner un métier qui leur permettrait de gagner leur vie. La Casa Pia devint l’institution scolaire la plus prisée de l’époque, ainsi que le plus important organisme d’assistance aux enfants dans le besoin.
En 1894, la Casa Pia ouvrit l’une des rares écoles d’horlogerie en Europe, formant et « exportant » de nombreux professionnels parmi les plus talentueux. Depuis ses débuts, l’école d’horlogerie de la Casa Pia forme des professionnels du secteur portugais… et suisse. Ainsi, il est courant de rencontrer des horlogers portugais dans des fabriques d’horlogerie suisses, voire même des maîtres-horlogers enseignant dans des écoles prestigieuses telles que le WOSTEP à Neuchâtel.
La formation se divise en deux niveaux
Le coordinateur de la section montres et instruments de précision à la Casa Pia est Américo Henriques, un homme dont les connaissances sur les montres sont inégalées au Portugal. C’est grâce à lui que plus de 600 horlogers ont été initiés aux métiers de la réparation, de la restauration et de l’entretien de nos chères « machines du temps ».
La formation se divise en deux niveaux. Les étudiants de niveau deux sont capables d’effectuer un entretien de base sur les montres à quartz et mécaniques les plus courantes, d’assurer des fonctions techniques au sein de fabriques d’horlogerie et sur des chaînes de montage, et d’assumer des rôles commerciaux spécialisés.
Les étudiants de niveau trois sont capables d’analyser, d’identifier, de démonter, de nettoyer, de réparer, de monter et de régler divers types de montres à quartz et mécaniques, d’analyser un fonctionnement, de détecter des défaillances, de remplacer des pièces, d’organiser et de gérer un service d’assistance technique, et de monter leur propre affaire.
Les diplômés de l’école peuvent travailler dans la fabrication, le montage, l’assistance technique, la vente au détail ou tout autre service lié à l’horlogerie.
Quatre maîtres-horlogers transmettent les compétences
Mais ces domaines ne sont pas les seuls dans lesquels ces jeunes gens peuvent exercer leur métier. À l’issue de stages au sein de fabriques suisses, il n’est pas rare de trouver des diplômés de la Casa Pia travailler aux côtés des plus grands professionnels et maîtres-horlogers. C’est grâce à eux, ainsi qu’à leur amour pour cette forme d’art si particulière, que des garde-temps, victimes de leur âge ou d’un mauvais entretien, reviennent à la vie.
En dépit de certaines difficultés (l’école manque de mécanismes permettant d’apprendre aux étudiants à monter et démonter des chronographes à roue à colonnes), quatre maîtres-horlogers transmettent désormais aux professionnels de demain les compétences dont ils auront besoin pour ressusciter une montre qui avait cessé de fonctionner.
C’est ainsi que la passion portugaise pour les montres est perpétuée, dans une école qui enseigne les vertus de la réparation ou simplement de l’amour de ces instruments du temps. ■
Adresse :
Escola de Relojoaria da Casa Pia
Rua dos Jerónimos 5
1400-210 Lisboa
Portugal
*Editeur de Chronos do Tempo