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« Big Brother » contre les contrefacteurs

Dans quelques mois, les contrefacteurs devront composer avec un nouvel ennemi : le tag RFID. Micropuce électronique encastrée dans le boîtier, elle servira de passeport à la montre. Elle pourra stocker des informations comme le numéro de série, le nom du vendeur ou celui du propriétaire. Dès l’annonce de la mise au point de ce nouveau système, plusieurs marques s’y sont intéressées de près.

Michel Jeannot et Louis Nardin / BIPH

L’industrie horlogère s’intéresse de près à une nouvelle arme high-tech destinées à lutter contre les réseaux de la contrefaçon et le marché gris : le tag RFID. Abréviation de « marqueur Radio Frequency Identification », le minuscule appareil permet de suivre infailliblement le parcours d’une montre sans limites de temps.

Première mondiale, le système comprend une puce à basse fréquence hermétiquement encapsulée dans un boîtier. Elle peut contenir jusqu’à deux kb d’informations que seul un lecteur adapté permet d’obtenir. Relié à un ordinateur, il permet à un software spécialement développé pour ou par la marque cliente d’accéder aux données et de les décoder. Le protocole d’échange des données a été crypté et sécurisé pour renforcer la sécurité.

Minuscule place forte

Totalement infaillible et théoriquement éternel, le système dispose au total de 11 niveaux de sécurité, soit autant que celui des cartes à puce utilisées dans la banque. Il a été développé conjointement par le constructeur de boîtes de montres Bouille SA (Neuchâtel/Suisse) et par MBBS SA, une société basée à Cortaillod (NE/Suisse) et leader du tag basse fréquence encapsulé. Les deux entreprises ont signé un partenariat qui désigne Bouille SA comme distributeur exclusif des tags RFID pour l’horlogerie. Pour assurer un contrôle total de la production, les puces sont fabriquées sur mesure et en quantité limitée.

La marque cliente décidant elle-même des informations que va contenir le tag RFID, elle peut aussi segmenter l’accès à ces données ou en autoriser uniquement la lecture, l’écriture ou les deux. « Le tag RFID fonctionne comme une carte d’identité, explique Grégoire Bouille, directeur de l’entreprise éponyme. Il peut contenir une foule d’informations telles que le nom de l’horloger qui a assemblé la montre, celui de l’acheteur ou encore les coordonnées du détaillant. Les opérations techniques tel un service après vente ou le changement d’un bracelet peuvent également y figurer. Depuis que nous avons annoncé la mise au point de ce nouveau système, trois grandes sociétés connaissant de graves problèmes de contrefaçon se sont approchées de nous et plusieurs autres marques sont venues s’informer ». On sait par ailleurs qu’une grande marque de luxe a déjà effectué un test grandeur nature et va prochainement décider si elle adopte le système.

Excès de zèle

Le tag RFID pourrait à terme s’avérer un outil précieux pour certifier l’origine et l’authentification des montres. La Fédération de l’industrie horlogère suisse (FH) suit le dossier avec intérêt. De son côté, l’Administration fédérale des douanes estime que ce système « peut être une solution pour lutter contre les réseaux parallèles et les contrefaçons » et se dit favorable au projet. Si l’administration fédérale évoque le double fléau des faux et du recel, pour sa part, le secteur horloger voit dans cette innovation technologique la possibilité de réduire drastiquement les risques de contrefaçon et de donner un sérieux coup de frein au marché gris, réseau de ventes parallèle de montres véritables.

A être trop parfait, le tag RFID pourrait en faire hésiter certains. C’est paradoxalement peut-être là son point faible. De nombreuses marques, filiales ou détaillants apprécient en effet de pouvoir écouler leurs invendus via ce marché obscur. Un contrôle strict de ce dernier les priverait d’un moyen de se débarrasser discrètement de leurs surplus. Seule l’adoption du système par une majorité de marques pourrait les contraindre à en faire de même. On en n’est pas encore là. Reste que la généralisation ou non des procédés de contrôle de ce type permettra de percer plus avant la véritable éthique des marques. Et leur réelle volonté de lutter contre la contrefaçon. Au risque de devoir se couper de la filière du marché gris. ■

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