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La contrefaçon est devenue un véritable cauchemar

Le monde de la contrefaçon a longtemps été le carrefour de la distribution de produits de mauvais goût et de mauvaise qualité. Mais les temps changent comme le montre le domaine des montres sophistiquées. Il y a une dizaine d’années, on pouvait identifier une fausse Rolex ou Panerai par la piètre qualité du métal utilisé. Aujourd’hui, il en va tout autrement.

Fabrice Guéroux

Que diriez-vous si on vous présentait une contrefaçon de la toute nouvelle Rolex Milgauss avec son saphir à reflets de couleur verte et qu’après 10 minutes d’un examen minutieux, vous étiez encore totalement indécis et surtout incapable de vous prononcer sur son authenticité.

C’est malheureusement ce qui arrive aujourd’hui aux plus experts d’entre-nous. Même les professionnels vous le diront, la contrefaçon est devenue un véritable cauchemar. Cauchemar pour les fabricants mais aussi cauchemar pour bon nombre de personnes exploitées par les protagonistes de ce que l’on peut aujourd’hui qualifier de véritable réseau criminel. Là où les produits contrefaits ne concernaient que quelques marques il y a moins de dix ans, les plus grands sont aujourd’hui touchés : Audemars Piguet, Patek Philippe, Vacheron Constantin, Omega, Rolex, Panerai, Bell & Ross, Breguet, Breitling, pour n’en citer que quelques-uns. Et ceci concerne tout autant l’aspect extérieur de la montre que l’intérieur du boîtier, les contrefacteurs poussant le vice jusqu’à fabriquer des mouvements à tourbillon fiables et de parfaite manufacture.

Comment en est-on arrivé à de tels extrêmes ?

Pour les meilleures réalisations, il faudra plus qu’un amateur averti pour identifier la montre. Un horloger expert pourra toujours ouvrir la montre et, évidemment, à l’aide de quelques outils réservés aux professionnels, observer que le mécanisme n’est pas celui de la montre originale. Mais cela laisse bien peu de chances à ceux qui, désireux de faire quelques économies, ont décidé de passer par un autre circuit que celui des revendeurs professionnels, à savoir eBay ou tout autre service de vente de produits d’occasions.

Comment en sommes-nous arrivés à de tels extrêmes ? Comment un criminel peut-il gérer une « société » capable de fabriquer plus de 100’000 pièces quasi parfaites en une seule année et passer les maillons d’une administration chinoise de plus en plus sévère et désireuse d’intensifier son commerce avec l’Europe et les Etats-Unis ? La formule est simple : des bénéfices suffisants pour acheter le silence de ceux qui pourraient leur mettre des bâtons dans les roues, ajoutés à des « employés » à moins de 80 euros par mois (tout ouvriers qualifiés qu’ils sont, des esclaves ne coûtent jamais plus que ce qui est nécessaire pour nourrir une famille). Rajoutez enfin un système de blanchiment d’argent digne d’un bon polar et vous avez une machine bien huilée avec deux ou trois millionnaires à la tête de l’entreprise… triade serait le mot juste, drogue et prostitution faisant bien évidemment partie du lot. Autant de facteurs à méditer lorsque vous achetez une fausse Breguet en vacances pour la modique somme de 100 euros (pour les meilleures d’entre-elles). Lorsque l’on sait qu’acheter un jouet contrefait en Afrique finance au minimum la fabrication d’une grenade, on peut alors voir que les contrefacteurs ne sont pas de simples « businessmen » mais de véritables criminels qui ne reculent devant rien pour arriver à leurs fins.

Un impact dévastateur

La contrefaçon aujourd’hui peut se targuer d’avoir un impact plutôt dévastateur dans de nombreux domaines, autant économiques qu’humains. Non seulement les grandes marques sont obligées de dépenser des sommes dépassant l’entendement pour combattre ce fléau, mais qu’en est-il de la notoriété d’une image de marque durement acquise au fil du temps ? Lorsque la première question que l’on vous pose, lorsque vous exhibez votre nouvelle montre, consiste à savoir si c’est une vraie, vous savez alors que son image de marque a déjà subi les conséquences inévitables de ce marché. Après tout, les contrefacteurs ne prennent en considération ni le travail de recherche des marques, ni les investissements marketing de ces dernières. Ils se contentent simplement d’en copier les produits, bénéficiant ainsi de nombreuses années de développement et de relations publiques touchant une clientèle sans cesse en évolution.

Il y a encore 10 ans, les marques pouvaient toujours se consoler en se disant que leurs clients se composaient principalement de personnes fidélisées et que les acheteurs de contrefaçons ne constituaient en aucun cas des clients potentiels. Mais ceci n’est plus d’actualité. L’engouement d’aujourd’hui pour les produits de luxe a fait naître un tout nouveau type d’acheteurs. A l’aube du 21ème siècle, les règles ont changé. Un salarié moyen désirant acquérir la dernière Rolex dispose de bien plus de ressources que jamais auparavant. La clientèle s’est donc élargie et le potentiel de pertes inhérent à la distribution de produits contrefaits devient une véritable menace non seulement pour les marques mais pour l’économie en général.

Des produits bientôt réservés à une élite ?

La contrefaçon peut aujourd’hui se classer en deux catégories. En haut, ce que nous pourrions qualifier de « produits de faussaires », les « vraies-fausses », et, en-dessous, les contrefaçons sous toutes leurs formes, de la plus mauvaise qualité à la meilleure, cette dernière attirant principalement des personnes achetant le produit en toute connaissance de cause. Les contrefaçons, présentées comme telles, sont principalement écoulées sur le web. Plus besoin aujourd’hui de cacher ces montres sous le manteau ou de les mélanger à d’autres produits pour touristes sur un marché à l’étranger. Une vague de quelques millions d’emails proposant ces produits engendre souvent des commandes dépassant ce qu’il est possible de délivrer, dommage pour ceux ou celles qui ne recevront jamais le produit commandé. Les « vraies-fausses » elles, sont simplement proposées sur des sites d’enchères de produits d’occasions et présentées comme « vraies » à un prix défiant toute concurrence, jusqu’à 50% de leur valeur ou de leur cote sur le marché de la collection.

Il existe donc deux possibilités aujourd’hui de participer à l’expansion de ce marché : donner son aval à une activité frauduleuse en achetant du faux ou se faire gruger en croyant faire l’affaire du siècle sur eBay.

Et le futur dans tout cela ? Nous pourrons en reparler lorsque les produits de qualité, bardés de puces microscopiques, ne seront plus disponibles qu’à une élite dont les moyens financiers lui permettront de s’offrir une montre dont la simple fabrication dépassera les 20.000 euros. Nous pourrons alors regretter le temps où le luxe était encore abordable, tout en contemplant nos produits discounts aseptisées et fabriqués dans des matières sans âme. Cela donne à réfléchir… ■

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