Pour Jean-Daniel Pasche, président de la Fédération de l’industrie horlogère suisse, la lutte anti contrefaçon reste une priorité. D’autant que le phénomène reste en augmentation. Tour d’horizon sur les différentes actions entreprises récemment par la Fédération.
Jacques Lemarque
La contrefaçon est un fléau qui touche désormais des secteurs aussi variés que l’automobile, l’alimentation, les produits pharmaceutiques ou l’horlogerie. Pour lutter contre ces réseaux parallèles, la Fédération de l’industrie horlogère suisse s’est mobilisée depuis des années déjà. Entretien avec son président Jean-Daniel Pasche.
Quels sont les aspects de la contrefaçon sur lesquels vous travaillez actuellement ?
Jean-Daniel Pasche, président de la Fédération de l’industrie horlogère suisse : Nous nous intéressons constamment aux différents aspects du problème et notamment aux sites Internet de ventes aux enchères de montres dans la mesure où nous constatons actuellement l’émergence de nouvelles plateformes qui écoulent des contrefaçons. Nous nous efforçons donc d’intervenir auprès des sociétés qui hébergent ces sites et obtenons souvent leur fermeture. Mais c’est malheureusement pour les voir réapparaître ailleurs. En remontant les filières, nous arrivons quelques fois à dénicher les instigateurs de ces ventes aux enchères mais s’ils se trouvent en Chine par exemple, nos moyens d’actions sont très limités car le gouvernement ne fait rien, sauf si les personnes en question ont déjà été repérées pour des activités illégales. En Chine, il est très difficile de faire passer la vente de contrefaçons sous le droit pénal. Sur 350 cas répertoriés récemment, seuls une quinzaine a été jugée, sans parler des peines encourues qui ne sont pas suffisamment dissuasives. De plus, nous n’avons pas les moyens d’attaquer tout le monde et le travail d’identification est une tâche gigantesque. Cela dit, nous arrivons à faire des saisies de produits contrefaits qui sont évidemment détruits.
Quelles sont les principales difficultés lorsque l’on tente de juguler la contrefaçon sur Internet ?
Le problème vient du fait que la vente de contrefaçons sur Internet peut se faire en total anonymat. Les particuliers passent commande depuis leur salon et les contrefacteurs divisent le risque en procédant à des envois au compte goutte via la poste. Dans ces cas là, nous ne pouvons saisir qu’une ou deux pièces. On ne parle plus de conteneurs remplis de montres fausses. C’est pourquoi, un de nos premiers objectifs vise à sensibiliser le public aux produits originaux afin de diminuer la visibilité des contrefaçons et cela, avec l’aide des marques. Celles qui ne luttent pas contre ce fléau sont les plus touchées. Il est également de notre ressort d’aider les autorités, et notamment les services douaniers, à identifier les flux de produits contrefaits.
Est-ce que vous obtenez des résultats ?
Il faut malheureusement reconnaître que le problème ne diminue pas. Internet représente un formidable catalyseur, sans parler de la qualité des copies qui s’améliore constamment. Ce qui est également le cas pour l’horlogerie suisse. En d’autres termes, tous secteurs confondus, la contrefaçon est en augmentation. Mais tant que l’on vendra des produits originaux, cette activité peut être considérée comme criminelle. Raison pour laquelle il ne faut pas baisser les bras et continuer à se battre. La Fédération de l’industrie horlogère suisse a donc mis sur pied un groupement anti contrefaçons auquel adhèrent les marques, même si elles mènent leurs propres actions sur les marchés. Le but est de sensibiliser et de former, notamment sous l’égide des douanes internationales, mais aussi de collaborer lorsque des opérations sont réalisées sur le terrain.
Quelles sont les forces dont dispose la Fédération pour mener à bien ces projets ?
Au total cela représente entre 5 et 6 postes répartis entre le service juridique, la cellule anti contrefaçons, qui procède à des analyses techniques, et celle dédiée à Internet. Ces effectifs pourraient paraître peu importants mais je tiens à relever que ces professionnels sont en mesure d’effectuer un millier d’analyses par année. Pour ce qui est des ventes aux enchères sur Internet, nous arrivons à faire retirer des milliers de pièces contrefaites par mois. ■