La production horlogère suisse à un tournant vendredi, 4 juin 2010
Lorsque l’on chercher les alternatives au groupe Swatch pour ce qui est de la production de mouvements mécaniques, les noms existent bel et bien. Parmi eux, Sellita propose trois calibres, tous des clones de mouvements ETA dont les brevets sont tombés dans le public : la gamme SW200 (SW200/ETA 2824 ; SW 220/ETA 2836 ; SW 240/ETA 2834), le SW 300 (ETA 2892) et le SW 500 (ETA-Valjoux 7750), calibre chronographe automatique présenté au dernier Baselworld. Etant donné que Sellita a été pendant longtemps l’un des principaux clients des ébauches ETA, assemblant pas moins de 30% des sa production, nulle autre entreprise était mieux positionnée qu’elle pour franchir le pas et lancer en 2003 sa propre fabrication de calibres sur la base des « tracteurs » du Groupe Swatch. A l’heure actuelle, les estimations font état d’une production Sellita de l’ordre du million de pièces.
La Joux-Perret a fait de même dans une gamme un peu plus élevée, ajoutant des calibres maison à son offre comme un chronographe flyback ou un mouvement à remontage manuel à 7 jours de réserve de marche. Idem pour Soprod, racheté par le groupe Festina en 2008. Dans les mouvements compliqués, les Maisons peuvent également compter sur Audemars Piguet (Renaud et Papi), Christophe Claret, Concepto Watch Factory ou Dubois Dépraz. Mais dans ce registre où les volumes sont bien évidemment beaucoup plus confidentiels, les activités ont également subi le contrecoup de la crise, comme en atteste la récente faillite de BNB Concept (en partie repris par Hublot) ou les licenciements chez Vaucher Manufacture, dont Hermès détient 25%. Sans oublier la fermeture des activités françaises de Technotime dont les effectifs totaux ont fondu de 150 à 60 personne en 2009. Technotime qui maîtrise la technologie du spiral, n’en produit pas moins un « tracteur » fort prisé des marques, le TT 738, et dispose également d’un tourbillon maison, le TT 791.
Des investissements gigantesques
Comme on le voit, la liste n’a pas de rallonge. Ce qui n’est pas sans poser de réels problèmes en ce qui concerne le million et quelques de pièces que représente le manque potentiel de mouvement ETA sur le marché. Problèmes financiers d’abord. Comme l’expliquait Henri-John Belmont lors du récent Forum de la Haute Horlogerie, « ce ne sont certainement pas des marques isolées qui arriveront seules à faire face aux investissements nécessaires à la production de 1 voir 1,5 million de mouvements. La fabrication de 250'000 calibres de base de type ETA-Valjoux 7750 requiert en effet un financement de l’ordre de 100 millions de francs (€ 70 moi/$ 87 mio) et le recrutement de 200 à 250 personnes. Outre les montants dont on parle, le problème crucial qui va se poser est celui du manque de personnel s’il faut trouver 800 à 1000 personnes, voire 1500 selon les besoins que l’on énonce ».
En attendant et vu qu’une mobilisation générale semble totalement exclue, nombre de Maisons se sont lancées dans la production de leur propre calibre (lire La mécanique horlogère, cette quête incessante de légitimité – HH Magazine No 37), question d’asseoir leur légitimité et d’abaisser leur seuil de dépendance, notamment vis-à-vis du Groupe Swatch. Une réponse partielle en termes d’intégration verticale, certes, mais qui a le mérite d’anticiper des lendemains difficiles. « Nous avons encore beaucoup de travail devant nous dans la mesure où notre outil industriel n’est pas suffisant, explique Antonio Calce, patron de Corum. Il nous faut donc investir et aller vite dans un horizon de trois à quatre ans. Ce qui n’est en aucun cas une réponse au Groupe Swatch avec lequel nous entretenons d’excellentes relations. Un seul exemple, pour la T-Bridge, nous avons travaillé avec Nivarox-FAR. Or le projet l’a suffisamment enthousiasmé pour que nous obtenions des délais de huit mois inférieurs aux 24 initialement prévus. Cela dit, une marque de niche comme Corum se doit de personnaliser bien davantage sa production. Et ce n’est pas une critique des mouvements ETA-Valjoux qui sont magnifiques en tous points. Mais pour une marque dont les montres sont proposées à un prix moyen supérieur à CHF 6000-7'000 (€ 4’200-4’900/$ 5’200-6'100), cette personnalisation est indispensable pour assurer sa pérennité. » Toute la question est là. (CR)
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