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Caran d’Ache marie écriture et haute horlogerie

Une récente création de la maison suisse, qui rend hommage à l’art horloger, séduit les Américains.

Katja Schaer

Dans une Amérique entichée de Swiss Made, les amoureux de belles plumes ont annoncé leur coup de cœur. Dans la dernière édition de juillet, les lecteurs de Pen World, un magazine spécialisé publié aux Etats-Unis et distribué dans quelque 70 pays, ont décerné le prix de « Pen of the Year » au plus bel instrument d’écriture. Et leur préférence est allée à un modèle créé par une maison genevoise : Caran d’Ache 1010, édition limitée. Distinguée dans cette publication qui compte quelque 30’000 lecteurs, l’édition 1010 de Caran d’Ache est elle-même un hommage. Un hommage au génie horloger.

En effet, chaque élément qui compose la Caran d’Ache 1010 est ciselé de manière à rappeler un garde-temps, à évoquer une couronne ou à raconter une complication. Le corps de la plume, par exemple, qui ressemble au cadran d’une montre squelette, est enfermé dans deux cages, l’une évoquant les rouages horlogers, l’autre les ponts qui les rattachent. Les stries du capuchon, comme le contour argenté qui encercle le sigle de Caran d’Ache, ou encore la pompe à piston sertie d’un rubis, rappellent un remontoir. Le clip, lui, prend la forme d’une aiguille. Et, tout au bout du corps de la plume, un demi-globe de glace saphir contient un balancier, en équilibre entre deux rubis.

Une série limitée à 510 pièces

Même le nom de l’instrument a été choisi de manière à honorer les créateurs de garde-temps : 1010 ou 10h10 renvoie à l’instant de symétrie, d’équilibre des aiguilles ou, comme Caran d’Ache se plaît à le formuler, à l’instant de la rencontre entre haute écriture et haute horlogerie. D’ailleurs, le fabricant s’associe volontiers aux professionnels de l’art horloger avec lesquels il estime partager des valeurs comme la perfection, l’élégance et la fiabilité. Même la conjugaison des savoir-faire de différents artisans (designers, sertisseurs, graveurs), nécessitée par la réalisation de cet objet si particulier, rappelle la gamme de talents réunie par la haute horlogerie.

Chaque pièce de l’édition limitée 1010 est numéroté individuellement : de 1 à 500 pour les modèles argentées revêtues de rhodium et de 1 à 10 pour ceux en or, dont le clip est rehaussé par un diamant à 57 facettes. Ces dernières se vendent pour 120’000 dollars pièce (20’000 dollars pour la version argent). Lancée en octobre dernier, l’édition 1010, avant de séduire l’Amérique, a déjà fait ses preuves en Europe où elle a décroché, en fin de l’année dernière, le Grand Trophée du Stylographe, magazine français dédié aux passionnés d’écriture.

Des crayons de bois aux objets de luxe

Forte de ces distinctions, Caran d’Ache, une entreprise crée il y a près d’un siècle, s’aligne aujourd’hui résolument parmi les spécialistes de la haute écriture. Au-delà de son raffinement et de ses similitudes avec les créations horlogères, l’édition 1010 de Caran d’Ache raconte en effet une histoire. Celle d’une société suisse qui, partie de crayons multicolores échangés dans les cours d’école, a su se faire une place dans le monde du luxe. Fondée en 1924 après le rachat de la Fabrique Ecridor, la société est rebaptisée Caran d’Ache, d’après le pseudonyme du dessinateur Emmanuel Poiré, Karandash (crayon en russe). Longtemps concentrée sur le marché national uniquement, l’entreprise genevoise, reconnue pour ses crayons de couleur vendus en bouquets arc-en-ciel, ne se risque à une ouverture internationale que dans les années 1990. Avec succès. Elargissant sa gamme de produits aux instruments d’écriture de luxe, Caran d’Ache se fait connaître pour ses créations dans le monde entier. En 1999, la société décroche même une inscription dans le livre Guinness des records pour son édition limitée Modernista Diamonds, sertie de 5’072 brillants et de 96 rubis qui, avec une valeur estimée à plus de 300’000 dollars, est alors l’outil d’écriture le plus cher du monde.

Aussi, l’édition 1010 est-elle la dernière étape d’une évolution qui vise les marchés mondiaux. Avec son hommage rendu à la haute horlogerie, le modèle 1010 – qui connaît une renommée croissante aux Etats-Unis, quatrième marché d’exportation de la société riche en amateurs et collectionneurs d’objets de luxe — confirme le succès de cette nouvelle stratégie. ■

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