Actualités vendredi, 20 juillet 2012

L’abaissement des livraisons de Swatch se dessine

Swatch Group et la Commission fédérale de la concurrence sont parvenus à un préaccord quant à la réduction progressive des livraisons de mouvements et composants de la part de la multinationale aux horlogers tiers. Mis en consultation, le document suscite déjà la controverse.

Entre 2014 et 2015, le groupe Swatch ne devrait plus fournir que 70 % de la quantité de mouvements livrés en 2010 (illustration : calibre ETA 2896) © ETA

L’affaire était dans l’air depuis un certain temps déjà. En fait, depuis que le groupe Swatch a mis au courant la Commission fédérale de la concurrence (Comco) de ses projets d’abaisser progressivement ses livraisons de mouvements et composants à des tiers. Suite logique, il y a un an, la Comco avait alors ouvert une enquête pour abus de position dominante, mesures provisionnelles à l’appui. Il semble qu’entretemps le dossier ait avancé à grands pas, comme on pouvait l’apprendre dernièrement sur la toile, puisque Swatch Group et la Comco sont parvenus à un préaccord sur la question, actuellement en consultation auprès des clients concernés par les mesures à venir. Il s’agit certes de premières propositions, sujettes à amendements, mais les grandes lignes sont désormais posées sur le papier.

Comme le détaille le document en partie reproduit sur le site Business Montres, entre 2014 et 2015, le groupe Swatch ne devrait plus fournir que 70 % de la quantité de mouvements livrés en 2010, 50 % les deux années suivantes, puis 30 %. Réduction plus drastique encore en ce qui concerne les calibres achetés et modifiés par les Maisons clientes du Groupe, soit une diminution de 50 % en 2014 et 75 % l’année suivante. Les assortiments, essentiellement les organes réglants des montres mécaniques, devraient quant à eux diminuer de 10 à 20 % tous les deux ans pour une réduction globale de 70 % en 2022. Les tarifs fixés par le Groupe sur ces composants seraient également susceptibles de croître de 5 % entre 2014 et 2018. Au-delà de cette date, la hausse devrait être fixée à 10 %. Il est également précisé que les tarifs appliqués sur les mouvements pourraient être augmentés, sans néanmoins que l’ampleur soit fixée.

La colère gronde

Tous les clients du Groupe ne sont toutefois pas logés à la même enseigne. Swatch a en effet déjà fait savoir qu’il continuerait à servir les marques avec lesquelles il entretient des relations loyales et de longue date. Des marques qui, par ailleurs, ont déjà entrepris d’investir dans leur outil industriel, comme le demande le groupe Swatch depuis des années, estimant qu’il n’est pas le seul à devoir assumer de tels investissements de production pour l’ensemble de la profession. Il n’en reste pas moins que ce préaccord est tombé comme une bombe dans la mesure où très rares sont les Maisons horlogères à pouvoir se passer des livraisons du groupe Swatch pour tout ou partie de leurs mouvements mécaniques. Comme l’explique la Comco, l’objectif global de cette procédure est de voir l’émergence d’alternatives au groupe biennois.

Il n’en reste pas moins que la colère gronde au sein de la profession, dont certains représentants se sont déjà déclarés prêts à faire recours, jusqu’au Tribunal fédéral s’il le faut. « Ces délais ne sont pas suffisants aux marques de milieu de gamme pour leur permettre de trouver de nouvelles sources d’approvisionnement. La croissance de ces sociétés sera pénalisée, s’indignait Alain Spinedi, directeur de la Maison Louis Erard, sur les ondes de la Radio Télévision Suisse. Le business model adéquat pour le milieu de gamme est d’acheter les mouvements, sinon on ne trouverait plus de montres entre CHF 750 et 2'500 sur le marché vu les coûts de production. À l’heure actuelle, nous sommes 8 à 9 entreprises horlogères à être clairement contre ce projet d’accord. » Les parties intéressées ont jusqu’à fin août pour se prononcer. ■

Christophe Roulet

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