Disparue au cours des années 1930 avant de ressusciter en 1986 entre les mains expertes de deux horlogers idéalistes, la complication répétition à minutes a aujourd’hui sa place dans le catalogue des plus grandes manufactures. Giulio Papi, redécouvreur avec Dominique Renaud de cette spécialité horlogère, en explique la mécanique.
Louis Nardin
La répétition a été inventée pour connaître l’heure en tout temps, surtout de nuit, alors que les aiguilles phosphorescentes et l’électricité n’existaient pas. Basées sur le principe des clochers d’église, les premières montres à répétitions sonnaient les heures et les quarts. Depuis le XVIIIe siècle, les minutes tintent aussi. « Absolument inutile », déclare Giulio Papi qui, avec Dominique Renaud, a fondé la société Renaud & Papi spécialisée dans la production de montres compliquées, intégrée depuis quelques années dans Audemars Piguet. Et d’ajouter « le luxe aime ce qui n’est pas indispensable ». Lorsque l’on sait que la répétition à minutes agrémente des pièces parmi les plus chères des collections, elle donne sans aucun doute un sens à ce perfectionnisme.
Avant les tintements, les rouages
Le système de la répétition à minutes se déclenche lorsqu’on appuie sur un poussoir greffé sur le côté de la carrure. Une fois le bouton enfoncé, une pièce appelée le sautoir de surprise relaie l’information et arrête le mécanisme sur l’heure qu’affiche la montre. Comme un arrêt sur image, l’heure reste bloquée dans les rouages de la complication répétition à minutes, tandis que le mouvement continue de travailler. Par cette opération, on évite que la montre ne sonne des coups supplémentaires par rapport à l’instant où l’opération a été déclenchée.
Comment le système connaît-il le nombre d’heures, de quarts et de minutes à sonner ? Grâce à des pièces nommées cames. Sortes de mémoires mécaniques, elles sont synchronisées avec les aiguilles de la montre et tournent avec elles. En forme d’hélices, leur côté est crénelé. Le nombre de dents correspond au nombre maximum de coups appelés à être frappés : douze pour les heures, quatre pour les quarts d’heures, et quatorze pour les minutes- la quinzième étant marquée par le quart suivant.
Râteaux-transmetteurs et marteaux-frappeurs
Quand on interroge la montre, les cames s’arrêtent et commandent à des pièces nommées râteaux de lecture. Ces derniers font le lien entre l’information brute : l’heure qu’il est, et l’opération de sonnerie proprement dite. On en trouve trois : un pour les heures, un autre pour les quarts et un dernier pour les minutes. Comme pour les cames, leurs tranches sont crénelées. Une fois mis en place, ils vont coulisser à tour de rôle le long de levées, sorte de petites butées. Leur ordre de passage est dicté par des leviers à la fonction identique mais aux noms différents. Le doigt des quarts fait le lien entre le premier râteau, celui des heures, et le second, celui des quarts. La bascule des minutes déclenche quant à elle la sonnerie des minutes après que les quarts aient retenti.
Les levées activées par les râteaux servent de relais entre le mécanisme de lecture de l’heure et la mécanique de frappe. En d’autres termes, elles traduisent l’heure, transformant un nombre en pulsations. Leur tâche consiste à relever une butée reliée à un marteau. Grâce à un ressort, la butée exerce une résistance contre la levée. Mais cette dernière, plus puissante, va finir par dépasser la butée, la relâchant d’un seul coup, elle et le marteau qui lui est joint. Soudainement libéré, ce dernier va venir frapper le timbre, la pièce qui va vibrer et faire sonner la montre, avant de repartir en arrière, repoussé par le ressort. Pour des raisons de place, le timbre est une tige de 0,6 mm de diamètre et qui peut être enroulée sur elle-même à la périphérie du mouvement. Comme pour un violon, le son se diffuse alentour grâce à la boîte de la montre qui joue alors le rôle de caisse de résonance.
Les tintements, un chant à plusieurs voix
La répétition à minutes contient deux timbres : un grave pour les heures, un aigu pour les minutes, l’addition des deux marquant les quarts d’heure. Elle sonne ainsi deux coups (un son grave, un autre aigu) par quart écoulé, puis un coup (son aigu) pour chaque minute passée le quart.
Cette complication connaît plusieurs sophistications majeures.
• La Petite sonnerie sonne au passage les heures et les quarts sans répéter les heures à chaque quart et à la demande répète heures, quarts et minutes.
• La Grande sonnerie sonne au passage les heures et les quarts en répétant les heures à chaque quart et, à la demande, répète heures, quarts et minutes. Petite et Grande sonneries affinent le système de déclenchement en offrant le loisir de rendre la montre totalement silencieuse grâce à un verrou nommé « Fonction Silence ».
• Ultime complexité, la répétition à sonnerie carillon également appelée sonnerie cathédrale du fait de sa splendide résonance. Elle concerne les répétitions à minutes possédant plus de deux timbres. Les plus développées, en montre poche uniquement, en contiennent jusqu’à sept. Les quarts sont sonnés sur trois ou quatre timbres ou plus, de tonalités différentes, permettant ainsi des mélodies, celle de Big Ben, carillon du Parlement de Londres, étant dans toutes les mémoires. ■
Ecouter également les heures suivantes :
- 11h59 : Carillons trois timbres, montre bracelet
- 11h58 : Carillon quatre timbres, montre de poche
- 2h43 : Répétition heures et quarts
- 11h55 : Westminster, quatre timbre et mécanisme identification des quarts
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