TellWatch, une référence dans la CAO horlogère

La société genevoise Polysoft Tell est l’unique développeur informatique à avoir développé un programme de conception assistée par ordinateur (CAO) spécifiquement dédié à l’horlogerie. Les Maisons mordent à l’hameçon.

Christophe Roulet

Si l’on se plait à dire que tout a déjà été inventé dans l’horlogerie par les illustres maîtres que sont les Abraham-Louis Breguet et autre Christian Huygens, tous ne sont peut-être pas de cet avis et particulièrement ceux qui tentent aujourd’hui de renouveler le genre avec des complications horlogères ébouriffantes. Ces tentatives ne resteraient toutefois qu’un vœu pieux sans les récentes percées informatiques, du dessin et conception assistés par ordinateur aux machines CNC (computer numerical control) dernier cri qui peuplent désormais tous les ateliers de production. C’est simple, plus aucune réalisation horlogère n’est conçue sans ces outils, des mouvements les plus simples aux calibres les plus compliqués, des boîtiers aux cadrans, des lunettes aux couronnes.

Des débuts difficiles

Pour Polysoft Tell, entreprise fondée à Genève il y a une vingtaine d’années, ces besoins spécifiques d’une industrie cruciale pour l’économie suisse ont été perçus comme une véritable aubaine. Mais de l’idée à la concrétisation, le chemin s’est avéré plus tortueux que les dirigeants de la société l’imaginaient. « Au début, lorsque nous avons commencé à développer un logiciel pour l’horlogerie, nous avons cherché à conclure une alliance avec un grand du secteur en Europe, expose Patrick Mégard, cofondateur de Polysoft Tell, pour lutter à armes égales avec les géants américains. »

La société se tourne alors vers Matra Datavision et son système Euclide. Las, lorsque Matra est repris par Dassault, la collaboration prend fin, sans espoir de retour. « Trop petit, trop risqué, telle est la réponse que nous avons reçu des nouveaux propriétaire de Matra », poursuit Patrick Mégard. Il en faudra toutefois plus pour décourager Polysoft Tell qui continue à voir dans son logiciel TellWatch, le sésame qui lui ouvrira les portes des grands horlogers.

Les grandes Maisons adhèrent

Cette obstination a fini par payer. Avec l’aide financière d’un investisseur privé qui reprend l’entier du capital de la compagnie, Polysoft Tell poursuit le développement de son logiciel et commence à intéresser les professionnels de la branche. Des premiers tests aux premières commandes, TellWatch commence à être clairement perçue comme une solution des plus adaptées aux exigences du secteur, avec un effet boule de neige à la clé. D’autant que le logiciel est parfaitement compatible avec les systèmes de la concurrence adaptés au monde de l’horlogerie comme ProEngineer (PTC), Inventor (Autodesk), Catia (Dassault Systèmes) ou SolidWorks.

Aujourd’hui, moins de deux ans après son lancement, le logiciel est déjà référencé auprès d’entreprises horlogères de renom. Chez Bulgari (Daniel Roth, Gérald Genta), ETA (Swatch Group), Richemont (Jaeger-LeCoultre, Valfleurier, Stern, Vacheron Constantin) et Sowind (Girard Perregaux, JeanRichard), TellWatch est désormais intégré dans le processus de production, tout comme chez des indépendants comme Breitling, Chopard, Christophe Claret, Dubois Dépraz, Patek Philippe ou Ulysse Nardin, sans que la liste soit exhaustive.

Une chaîne cinématique unique

Les raisons du succès de TellWatch ? « Il s’agit de l’unique logiciel véritablement orienté métier, poursuit Patrick Mégard, qui intègre toutes les particularités mécaniques du mouvement. De plus, nous sommes les seuls à offrir une chaîne cinématique pour l’ensemble des composants mus par la mise en action virtuelle du moteur. Nous pouvons par exemple simuler l’action des pièces molles comme les ressorts. L’équilibre des forces et les coefficients de frottement sont ainsi pris en compte dans ce type de simulation qui permet ainsi de voir dynamiquement et à tout instant les valeurs des forces, des mouvements, des pressions de Hertz et des contraintes, grâce aux graphiques et tableaux attachés à chacun des composants. »

La décision du Swatch Group de cesser toutes livraisons d’ébauches à une date que la Comco a repoussé à 2010 n’est pas davantage étrangère à ces premiers succès. Pour les horlogers, les alternatives aux livraisons d’ETA n’étant de loin pas pléthoriques, bien au contraire, certains se voient dans la quasi obligation de tenter l’aventure de l’intégration industrielle. Et qui dit production de mouvements, dit immanquablement logiciels de conception assistée par ordinateurs, donc TellWatch. « Tout le monde vient chez nous », rapporte Patrick Mégard. Hublot et DeWitt en font notamment partie pour avoir entamé le processus devant doter l’entreprise d’un outil industriel adéquat. Sans parler des écoles d’ingénieurs et d’horlogerie du Locle et de Genève également équipées de produits Polysoft. Le meilleur moyen de rendre cet outil indispensable aux générations futures. ■

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