Stéphane Belmont - Indubitablement, il existe aujourd’hui encore des pionniers qui font honneur à la Vallée de Joux, connue depuis des générations pour le génie de ses habitants en matière horlogère alliant tradition et innovation. Le tourbillon sphérique Gyrotourbillon I de Jaeger-LeCoultre s’inscrit parfaitement dans cet esprit.
Indubitablement, il existe aujourd’hui encore des pionniers qui font honneur à la Vallée de Joux, connue depuis des générations pour le génie de ses habitants en matière horlogère alliant tradition et innovation. Le tourbillon sphérique Gyrotourbillon I de Jaeger-LeCoultre s’inscrit parfaitement dans cet esprit.
Stéphane Belmont*
Le Gyrotourbillon I est susceptible de chasser de nos pensées toutes les insuffisances ayant accompagné les mécanismes de cage tournante comme celles résultant de la situation du tourbillon par rapport à la position du mouvement. Dans le Calibre 177 de Jaeger-LeCoultre, les rotations tridimensionnelles du balancier figurent au centre d’une invention horlogère. La cage extérieure, ultralégère, accomplit un tour complet autour de son axe en soixante secondes. La cage intérieure, qui supporte le balancier, le spiral et l’échappement, tourne nettement plus rapidement. Lorsqu’elle a effectué une rotation complète sur elle-même 24 secondes exactement se sont écoulées, soit 2,5 tours par minute.
A l’évidence, les horlogers n’ont pas adopté par hasard cette vitesse de rotation. C’est elle qui permet au balancier en or d’apparaître chaque minute sous les yeux de l’observateur. Puis, il continue d’avancer en titubant, apparemment dans un état d’apesanteur, mais sur une course précisément calculée à travers le microcosme du tourbillon sphérique, d’une infinie légèreté.
Une cage en aluminium
En effet, les 90 pièces de ce corps pivotant ne pèsent qu’un tiers de gramme. Il n’aurait pas été possible d’atteindre ce poids sans recourir à l’aluminium pour la cage extérieure en forme de sphère et au titane et aluminium pour les éléments de la cage intérieure. Grâce à la faible densité de l’aluminium, le corps extérieur fabriqué sur des machines à commande numérique à cinq axes ne pèse que 0,035 gramme. La même pièce confectionnée en acier aurait représenté un poids de 0,11 gramme.
Un matériau tel l’aluminium, utilisé en aéronautique ou dans des moteurs à hautes performances en raison du rapport optimal entre sa densité et sa résistance, en raison également de sa stabilité et de sa résistance à la corrosion, était donc parfaitement adapté à un tourbillon. Il n’y a que pour le balancier que les techniciens n’ont pas lésiné sur le poids. Avec ses masselottes de réglage, il est confectionné en or 14 carats, pour donner un moment d’inertie particulièrement élevé, utile pour des schémas d’oscillation peu communs.
Une cage inclinée à 37°
A propos du fonctionnement global de la montre, il est à relever que le Calibre 177 dispose de deux barillets montés en série. Afin de réduire les pertes dues au frottement, leur couvercle et fond, confectionnés pour la première fois en verre saphir, permettent de contempler les ressorts qui assurent une réserve de marche de 8 jours. Un pignon en acier fixé sur le corps extérieur du tourbillon engrène avec la roue de moyenne, aux dents façonnées obliquement. Il transpose l’ensemble composé de plusieurs niveaux dans un mouvement circulaire dextrorsum. Afin de réduire la hauteur du mouvement, les horlogers de Jaeger-LeCoultre ont résolu d’incliner la cage d’environ 37° vers le bas. Cet artifice permet en outre d’améliorer considérablement la vision du mouvement. Une roue dentée, disposée dans le même angle et aux dents également obliques, tourne sur la première roue pour faire pivoter la cage intérieure de 360 degrés. Quant au lien indispensable avec le système d’oscillation et d’échappement, il est établi par une deuxième roue située à l’intérieur de la cage sphérique d’aluminium et le pignon de la roue d’ancre.
Le mouvement circulaire de la cage intérieure imprime automatiquement une rotation à la roue d’ancre. L’ancre transmet l’énergie au balancier et à son spiral avec courbe Breguet afin de maintenir le nombre de ses alternances à 21’600 par heure. En sens inverse, l’échappement veille à ce que le rouage n’avance que par petites étapes pour être représentées par les aiguilles des secondes et des minutes. La fonction de l’aiguille des secondes est assumée par un petit index conçu à cet effet et usiné sur la cage extérieure en aluminium. Le réglage du système d’oscillation peut être effectué une fois le montage effectué. Pour ce faire, les horlogers modifient le moment d’inertie du balancier à l’aide des masselottes excentriques fixées sous la serge.
Vingt exemplaires par an
Comme il convient toujours de penser au pire des cas, la montre est dotée de six antichocs. Deux dans les paliers de la cage en aluminium, deux pour la cage pivotante intérieure en titane et en aluminium ainsi que deux pour les pivots délicats de l’arbre de balancier. Comme la grande autonomie de marche pourrait faire oublier de remonter le mouvement, le Calibre 177 possède sur la droite du cadran, à côté du tourbillon sphérique, une indication de réserve de marche qu’il est impossible de ne pas prendre en compte. Cependant, les horlogers n’avaient pas encore dit leur dernier mot en matière d’indications. Outre les heures et les minutes, le mouvement indique la date et le mois perpétuels, les années bissextiles, le tout grâce à quatre aiguilles rétrogrades, ainsi que l’équation du temps marchante.
Comme les pièces d’exception ont toujours été une denrée rare, il n’existera que 75 Gyrotourbillon I. Et comme il convient de donner du temps au temps pour que certains objets précieux puissent voir le jour, la production annuelle du tourbillon sphérique sera limitée et ne se fera qu’à un rythme annuel maximum de vingt exemplaires par année dont chacun sera vendu au prix de CHF 390’000.-. ■
*Directeur marketing, Jaeger-LeCoultre