Vente aux enchères mercredi, 23 mai 2012
En trois jours, 940 garde-temps ont changé de mains pour CHF 45,8 millions. Avec CHF 30,3 millions, Christie’s réalise son second meilleur score et rafle les deux tiers des ventes genevoises de ce printemps. La marque Breguet en sort grand vainqueur. Explications.
Lundi 14 mai à 9 heures, Aurel Bacs lance son show – il durera 7 h 30 - dans le grand salon du Four Seasons Hôtel des Bergues face à un public impatient et attentif. Les « tifosi » sont tous là. On attend bien sûr les Patek Philippe et les Rolex mais, en priorité, les deux Breguet d’exception.
Ces montres de poche historiques et uniques, conçues par l’inventeur de génie Abraham-Louis Breguet, sont venues enrichir le catalogue Christie’s au tout dernier moment. Elles ont appartenu durant plus de 150 ans à une famille noble européenne et n’ont jamais été présentées aux enchères. Deux pièces rarissimes donc, acquises en quelques minutes par le musée Breguet à Paris pour un montant total de CHF 6,886 millions (EUR 5,715 millions / USD 7,431 millions) sous les applaudissements du public. La première, la réf. 2667 (lot 230), est une montre plate à deux mouvements, basée sur le principe des chronomètres à résonance. Datant de 1814, cette pièce extrêmement fine et élégante a été exécutée en or jaune et possède deux cadrans distincts. Elle a été adjugée pour CHF 4'339'000 (EUR 3'601'370 / USD 4'68'120) sur la base d’une estimation de CHF 800’000-1,4 million. Record mondial pour une montre Breguet.
La seconde merveille, la réf. 4111 (lot 232), est une montre plate à équation et à répétition de l’heure, la demie, les quarts et les demi-quarts. Cette grande complication en or et argent datant de 1827 a été acquise pour CHF 2'547'000 (EUR 2'114'010 / USD 2'750'760). « Ces deux chefs-d’œuvre qui ont marqué l’histoire de la Haute Horlogerie sont les plus chers jamais achetés dans l’histoire de Breguet », précise la direction du musée présidé par Marc Hayek, du groupe Swatch. Philippe Stern, président d’honneur de Patek Philippe, pourtant entré en lice, a sportivement renoncé à poursuivre ses enchères face à la détermination du musée parisien et Jean-Claude Biver, président du conseil d’administration de Hublot, n’a pas enchéri.
Dans la foulée, trois autres pièces Breguet de la même provenance ont été adjugées à des collectionneurs privés. Il s’agit du lot 231, une montre simple no 979 de 1803 en or jaune, partie pour CHF 68'750 (EUR 57'250 / USD 72'930, estimation CHF 40'000-60'000) ; du lot 233, une « montre simple à tact, savonnette à étui » en or jaune de 1818, vendue pour CHF 87'000 (EUR 72'200 / USD 93'900) ; et du lot 234, une « montre à répétition à minutes, mécanisme de secondes d’un coup » de 1817 également en or jaune, adjugée pour CHF 483'000 (EUR 402'208 / USD 512'410, estimation CHF 400'000-700'000).
Trois autres records mondiaux ont été battus durant ce lundi béni des dieux pour Christie’s, dont la très belle Patek Philippe réf. 864 (lot 186) « La Mosquée » d’Oman de 1974 en or jaune, calendrier perpétuel et phases de lune, signée par la célèbre émailleuse genevoise Suzanne Rohr. Après une belle bataille entre Italiens, cette montre de poche unique est partie pour CHF 723'000 (EUR 600'090 / USD 780'840). Le lot 87, une montre de poche Patek Philippe « World Time » de 1950, réf. 605, en or jaune avec cadran en émail cloisonné représentant une carte de l’Amérique du Nord, a été adjugée au téléphone en deux minutes pour CHF 687'000 (EUR 570'210 / USD 741'960) pour une estimation de CHF 200'000-400'000. À relever que ce même collectionneur international a également acquis le lot 88 suivant, une montre-bracelet Patek Philippe « World Time » en or jaune de 1955, réf. 2523, également avec un cloisonné représentant le continent américain, pour CHF 2'771'000 (EUR 2’307'495 / USD 2'939'770) pour une estimation de CHF 1,6-2,6 millions.
Rolex fait également partie des records mondiaux avec le lot 61, une très belle montre acier automatique triple calendrier avec phases de lune de 1955, réf. 8171, adjugée pour CHF 543'000 (EUR 450'690 / USD 586'440) à un collectionneur privé sur la base d’une estimation de CHF 200'000-300'000. À signaler encore, la belle performance d’une ravissante montre de poche sonnerie musicale signée François Nicole, environ 1800, en or jaune et émail polychrome (lot 123), adjugée CHF 591'000 (EUR 490'530 / USD 638'280) pour une estimation de CHF 200'000-400'000. On pourra l’admirer au musée Patek Philippe. Montant total de la vente : CHF 30,3 millions (EUR 25,1 millions / USD 32,7 millions) pour 405 lots offerts et 356 vendus. Il s’agit du second plus haut résultat de ventes horlogères chez Christie’s, après la vente de CHF 31 millions réalisée le 12 novembre 2007.
Fidèle au dimanche, Antiquorum proposait le 13 mai dernier 469 lots sous le marteau de Julien Schaerer, performant comme à son habitude face à un public nombreux réuni à l’Hôtel Kempinski. Deux surprises importantes durant cette journée dominicale. La première s’est fait attendre jusqu’à la fin de la session avec le dernier lot. Il s’agit d’une montre-bracelet Patek Philippe « World Time » en or jaune de 1953, réf. 2523, équipée d’un magnifique cadran guilloché au centre, deux couronnes. Elle a été adjugée pour CHF 1'190'500 (EUR 991'365 / USD 1'263'000), soit plus de deux fois son estimation la plus basse pour constituer le second record d’Antiquorum pour ce modèle. En 2003, la même référence, mais avec un bracelet or jaune, était partie pour CHF 1,3 million. Seconde surprise : la Rolex réf. 5512 Submariner en acier de 1959 (lot 296) avec, gravés au dos, l’emblème de l’État d’Israël et le nom en hébreux de l’ancien dirigeant du Mossad Isser Harel, à qui elle appartenait. Âprement disputée, elle a finalement été acquise par un collectionneur américain pour CHF 248'500 (EUR 206'930 / USD 263'635), soit près de neuf fois son estimation la plus haute ! Un record pour cette référence qui prouve combien l’importance historique d’une pièce peut faire monter les enchères.
D’autres modèles Rolex ont aussi eu le vent en poupe, adjugés pour des montants deux fois supérieurs à leur estimation la plus haute, à savoir la réf. 2508 (lot 287) de 1930 en acier, acquise pour CHF 62'500 (EUR 52'045 / USD 66'306), et la réf. 1587 « Jump-Hour, Prince Railway » (lot 459) en or blanc et jaune, adjugée pour CHF 60'000 (EUR 49'963 / USD 63'655). Quant au lot 100, la magnifique et unique Patek Philippe poche Tourbillon, l’une des montres les plus précises du XXe siècle qui a obtenu de nombreux prix, en particulier par l’Observatoire de Genève, elle a été adjugée pour CHF 362'500 (EUR 301’864 / USD 384'578) sur la base d’une estimation de CHF 300'000-500'000 (EUR 250'000-415'000 / USD 325'000-550'000).
Bon score pour les montres de poche émaillées, en particulier la Patek Philippe réf. 715 / 5, le seul modèle où figure le portrait du général Lafayette exécuté par J. Pellarin-Leroy (lot 463), vendue en Asie pour CHF 134'500 (EUR 112'000 / USD 142'690) et surtout la Vacheron Constantin « La Dentellière», une pièce unique de 1960 en or jaune signée par le maître émailleur genevois Charles Poluzzi (lot 97), adjugée pour CHF 206'500 (EUR 171'958 / USD 219'000) soit plus de dix fois son estimation la plus haute. La très belle « Montre Pivoine » Grande Sonnerie de marque Swiss, exécutée par un émailleur genevois en 1820 (lot 236), a été adjugée pour CHF 152'500 (EUR 126'990 / USD 161'780).
Enfin, pour fêter le 40e anniversaire de la « Royal Oak », Antiquorum avait programmé 55 modèles vintage et modernes de cette icône d’Audemars Piguet, dessinée en 1972 par Gérald Genta (lots 398 à 453) ; 47 modèles ont trouvé preneurs pour environ CHF 1 million (EUR 850'000 / USD 1,1 million). Un montant qui aurait dû être plus élevé étant donné que le lot 428, un modèle unique à grande complication de 1994 en or blanc avec calendrier perpétuel, phases de lune, cadran, lunette et bracelet sertis de diamants, n’a pas été adjugé. Il était estimé à CHF 600’000-1 million (EUR 500'000-850'000 / USD 650’000-1,1 million).
Montant total de la vente : CHF 7'466'737 (EUR 6’197’400 / USD 8'213'400) pour 341 lots vendus. À noter que, en mars, la vente d’Antiquorum à Genève avait atteint CHF 6,3 millions (EUR 5,2 millions / USD 6,9 millions). « L’intérêt pour les pièces rares et historiques est toujours très grand avec une nette croissance en Asie qui se confirme, explique Julien Schaerer. En revanche, la part des Italiens, grands amateurs de montres vintage et modernes, est en net recul après une belle présence de 30 ans sur le marché. »
Après quatre années de ventes du dimanche soir devenues une tradition chez Sotheby’s, la Maison a décidé de renouer avec les ventes de jour, soit le mardi 15 mai dernier, dans son fief de l’Hôtel Beau-Rivage à Genève. Dès 9 heures, puis à 14 heures, Geoffroy Ader, directeur du département de Haute Horlogerie pour l’Europe, a présenté 386 lots soigneusement mis en scène dans un catalogue très bien documenté. Au cœur de l’attraction : 54 lots Breguet, un record, parmi lesquels plusieurs pièces exceptionnelles créées par cet horloger de génie à qui l’on doit de très nombreuses inventions toujours utilisées aujourd’hui. En tout, 41 pièces ont été adjugées, dont sept au musée Breguet à Paris, pour un montant total de CHF 2 millions (EUR 1,6 million / USD 2,2 millions).
Après avoir acheté la veille deux montres de poche tout à fait exceptionnelles chez Christie’s pour presque CHF 7 millions (EUR 5,8 millions / USD 7,7 millions), le musée parisien a poursuivi ses emplettes horlogères chez Sotheby’s. Son achat le plus onéreux : une grande et belle montre de carrosse appelée « pendule à almanach » datant de 1825 (lot 365), en laiton doré avec grande et petite sonneries, répétition des quarts, adjugée en 20 secondes pour CHF 422'500 (EUR 351'730 / USD 452'202) sur la base d’une estimation de CHF 350'000-450'000. C’est donc cette pièce historique conçue par Abraham-Louis Breguet qui arrive en tête du « top ten » chez Sotheby’s. Le mini-modèle également en laiton doré datant de 1810 (lot 364), estimé à CHF 250'000-350'000, n’a pas trouvé preneur. Le musée s’est offert aussi quatre montres de poche, dont un ravissant et intéressant modèle en or jaune avec répétition du quart et cadran guilloché argent (lot 357), vendu en 1815 au prince de Liechtenstein pour CHF 2'168. Estimé à CHF 50'000-70'000, il a été adjugé pour CHF 62'500 (EUR 52'030 / USD 66’190). Quant aux deux autres lots (374 et 375), il s’agit de montres-bracelets de 1955 et 1960, vendues pour respectivement CHF 16'250 (EUR 13'550 / USD 17'875) et CHF 18'750 (EUR 15'550 / USD 20'625). Montant des pièces adjugées au musée Breguet mardi : CHF 628'750 (EUR 521'850 / USD 691'625).
Toujours dans la section Breguet, la montre-bracelet réf. 3857, or rose, répétition minutes, calendrier perpétuel, tourbillon (lot 388), jamais passée sous le marteau et dont il n’existe que trois exemplaires, lancés en 1997 pour le 250e anniversaire de la naissance de A.-L. Breguet, est très vite partie en Asie pour CHF 242'500 (EUR 201'880 / USD 259'548, estimation : CHF 200'000-300'000). Quant au lot 366, la « Louis Audemars Grande Complication » en or rose, répétition minutes, elle a été adjugée pour CHF 182'500 (EUR 151'930 / USD 193'330) sur la base d’une estimation de CHF 150'000 -250'000.
Plusieurs Patek Philippe ont changé de mains durant cette session matinale très calme, à savoir la réf. 5029 (lot 251), une montre-bracelet automatique en or jaune avec répétition minutes de 1998, adjugée à un collectionneur européen pour CHF 362'500 (EUR 301'780 / USD 387'984), ainsi que la réf. 5971 (lot 140), un chronographe platine et diamants de 2007 qui s’est envolé vers l’Asie pour CHF 236'500 (EUR 196'886 / USD 253'126) sur la base d’une estimation de CHF 180'000-220'000. Quant à la « Celestial » réf. 5102 de 2004, un superbe tourbillon astronomique automatique en or blanc (lot 240), elle a été adjugée pour CHF 182'500 (EUR 151'930 / USD 195'330, estimation : CHF 150'000-200'000). En revanche, le lot 141 figurant au dos de la couverture du catalogue, l’exceptionnelle et unique montre de poche grande complication réf. 959 de 1992 signée Patek Philippe, estimée à CHF 500'000-800'000, n’a pas trouvé preneur durant la session.
L’après-midi, nettement plus animé grâce notamment à la participation active du musée Breguet, est venu confirmer l’intérêt des collectionneurs pour la Rolex « Star Dial » de 1950 réf. 6062, en or rose, triple calendrier (lot 307), estimée à CHF 200'000-300'000 et adjugée en Asie pour CHF 314'500 (EUR 261'820 / USD 336'609).
Parmi les diverses montres de poche, à relever l’excellent score du lot 341, une montre extra-plate en or jaune de 1845 de Sylvain Mairet avec thermomètre – la seule vendue sur les quatre pièces présentées –, qui est parti pour CHF 182'500 (EUR 151'930 / USD 195'330), doublant largement son estimation basse. Le lot 257, une très belle montre Swiss en or jaune et émail, sertie de perles, fabriquée pour le marché chinois vers 1820 avec un mouvement en or, a été adjugée pour le même montant de CHF 182'500 (EUR 151'930 / USD 195'330) au musée Patek Philippe, soit plus de trois fois son estimation haute de CHF 60'000.
Sur les cinq pièces signées Frédéric Houriet, seul le lot 336, une montre de poche en or jaune, émail et perles fabriquée pour le marché chinois, a trouvé preneur, pour CHF 37'500 (EUR 31'220 / USD 39'715) sur la base d’une estimation de CHF 30'000-50'000. À noter que les cinq derniers lots du « top ten » (nos 257, 366, 186, 240 et 341) ont tous été adjugés pour le même montant de CHF 182'500 ! Au final, sur 386 lots offerts, 243 ont été vendus, pour un total de CHF 8'112'200 (6'733'125 / USD 8'923'420). ■
Danièle Chambas