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Marie-Antoinette et Breguet, le plus grand mystère horloger de tous les temps

Volé à Jérusalem en 1983, la célèbre montre aurait été retrouvée en novembre 2007 par un horloger de Tel-Aviv. Une réapparition énigmatique, à l’image de l’histoire de ce garde-temps totalement hors du commun.

Florence Noël

La chose est si ahurissante, que même le patron de Swatch Group et président de la manufacture Breguet Nicolas Hayek préfère rester sceptique : « Marie-Antoinette », la célèbre montre créée par Breguet en 1827 et volée au musée d’Art islamique de Jérusalem en 1983, serait réapparue le 12 novembre dernier. Un peu par enchantement, dans les mains d’un horloger de Tel-Aviv qui, assure-t-il, aurait acheté l’ensemble des pièces volées il y a 24 ans à un collectionneur britannique dont le nom ne semble pas être connu des autorités… Une histoire somme toute incroyable, à l’image même du parcours si mystérieux de cette pièce prestigieuse, qualifiée par l’ensemble des experts du secteur de montre la plus chère du monde.

Rarement, en effet, une montre aura fait couler autant d’encre que la « Marie-Antoinette » de Breguet. Retour au 18e siècle, en plein cœur de Versailles, époque de Louis XVI et de la reine Marie-Antoinette, souveraine grande amatrice de joaillerie, souvent réfugiée dans son domaine réservé - le Petit Trianon - où elle aimait consoler sa solitude au bras de divers soupirants. Ce serait l’un deux - un comte suédois officier de sa garde nommé Axel de Fersen, selon les historiens -, qui aurait un jour commandé une montre à Breguet pour en faire cadeau à sa Reine.

Carte blanche

L’horloger venu de Neuchâtel n’est alors pas un inconnu de la Cour de Louis XVI. Passionnée par tout ce qui avait une valeur, Marie-Antoinette lui a déjà passé commande d’une montre appelée « perpétuelle », garnie d’un dispositif de remontage automatique par rotor inventé par le créateur. Visiblement très épris, le soupirant de la Reine contacte ainsi l’horloger en 1783 et lui fait une proposition des plus surprenantes : la conception de la montre la plus spectaculaire jamais vue.

Sans limite de temps ni de budget, Breguet a donc carte blanche pour créer un garde-temps qui devait laisser Marie-Antoinette pantoise d’admiration. La Reine n’est pas dans le secret de ce présent extraordinaire. Elle n’aura jamais l’occasion de l’admirer. Lors de son exécution sur l’échafaud en 1793, la montre est encore dans les ateliers parisiens de l’horloger. Elle ne sera achevée qu’en 1827.

Œuvre d’art

Au total, sa fabrication aura duré quarante-quatre ans. C’est dire si ce garde-temps a tout d’une œuvre d’art. Une pièce renversante, dotée des plus grandes complications techniques jamais inventées à l’époque : montre perpétuelle à répétition minutes, la « Marie-Antoinette » de Breguet possède un quantième perpétuel complet, une équation du temps (ndlr. la différence quotidienne entre le temps solaire et le temps moyen, celui des montres et des horloges), un indicateur de réserve de marche, un thermomètre bimétallique, une grande seconde indépendante et une petite seconde trotteuse, un échappement à ancre, un spiral en or ou encore un dispositif antichoc « pare-chute ». Autant de prouesses technologiques enfermées dans un boîtier en or et un cadran en cristal de roche, afin de pouvoir admirer le mouvement en transparence.

Léguée au musée de Jérusalem par la fille de son nouveau propriétaire, Sir David Salomons, un mécène passionné par Breguet, la montre a été dévalisée avec l’ensemble de la collection Salomons par une nuit de sabbat dans des circonstances jamais élucidées. Si mystérieuses qu’elles seront reprises début 2000 par le célèbre romancier Allen Kurzweil pour son best seller « The Grand Complication ».

A quand l’authentification ?

Pas étonnant dès lors que la perte de cette œuvre en 1983 soit inestimable, tant pour les historiens que pour le grand expert en haute horlogerie Nicolas Hayek. L’homme avoue parfois être prêt à tout pour retrouver ce trésor de famille. On raconte que pendant un certain temps, le patron de Breguet depuis 1999 aurait hésité à offrir une récompense internationale de 10 millions de francs à qui lui ramènerait ce bien prestigieux. Une pensée vite balayée par la mauvaise expérience vécue lors de la perte de l’Omega portée sur la lune par Buzz Aldrin, qui avait été égarée dans un envoi postal et dont la récompense avait engendré un certain nombre de difficultés. Infatigable, Nicolas Hayek s’est consolé en commandant à ses ateliers de la Vallée de Joux une réplique de la Marie-Antoinette réalisée à partir des rares photos et descriptions existantes (lire ci-dessous).

Et voici que la montre réapparaît aujourd’hui dans les mains de cet horloger de Tel-Aviv sans explications. Une énigme de plus, à laquelle s’ajoute un autre mystère, celui de l’authentification. Contactée, la manufacture Breguet a indiqué avoir envoyé des experts à Jérusalem afin de pouvoir procéder à la certification de la Marie-Antoinette, mais admet pour l’heure ne pas avoir établi de réel contact avec les autorités du musée. D’après les spécialistes, la montre posséderait une valeur dépassant allègrement les 11 millions de dollars, somme déboursée en 1999 pour la Patek Philippe de Henry Graves lors d’une vente de Stoheby’s. Marie-Antoinette et Breguet n’ont décidément pas fini de faire parler d’eux. ■

DU PARC DE VERSAILLES À LA VALLÉE DE JOUX

Désirant une réplique de la montre de Marie-Antoinette, Nicolas Hayek apprend en 2005 que l’arbre favori de Marie-Antoinette - celui même où la reine aimait prendre le frais - doit être abattu à Versailles. Germe alors l’idée d’utiliser ce chêne mourant pour la fabrication de l’écrin de la montre, qui devrait être exposée dans le musée Breguet de la place Vendôme à Paris.

Ni une ni deux, la manufacture envoie des émissaires à Versailles. L’initiative tombe à pic : dépérissant, le parc de Versailles a besoin d’un rafraîchissement et la restauration d’un tel patrimoine coûte cher. Alors que le jardinier du parc accepte de donner un dixième de l’arbre à Breguet, les responsables du parc contactent Nicolas Hayek et lui proposent d’investir 100’000 euros dans la réparation des statues du parc. Une demande vite expédiée par le patron de Swatch Group, qui fait une offre bien plus généreuse, celle de restaurer le Petit Trianon, le château personnel de Marie-Antoinette, dans un état de délabrement avancé.

Le mécénat de Breguet s’affiche à 5 millions de francs. Il comprend la réhabilitation du Petit Trianon, du Belvédère et du Pavillon Français. En échange, la manufacture jouira de la possibilité d’organiser des événements promotionnels sur ce territoire historique dès sa restauration d’ici 2009.

Actuellement conçue dans les ateliers de la marque à la Vallée de Joux, la réplique de la montre, elle, devrait trouver son écrin de bois royal et versaillais en 2008 déjà. « Nous avons quasiment terminé », souffle-t-on à la manufacture de L’Abbaye. F.N.

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