Romain Gauthier, un autodidacte au pays des collectionneurs

Romain Gauthier aura mis six ans pour réaliser son rêve : commercialiser ses propres montres, dont le concept et la fabrication de la quasi-totalité des composants ont été réalisés à l’interne, sous l’œil bienveillant de Philippe Dufour. Les collectionneurs ont répondu présents.

Christophe Roulet

« J’ai commencé à imaginer de faire quelque chose en horlogerie il y a une dizaine d’années. Et c’est en 2000 que j’ai décidé de me jeter à l’eau. Mais pas n’importe comment. J’ai d’abord voulu assurer la démarche commerciale, raison pour laquelle j’ai commencé par faire un MBA dont la thèse portait sur la réalisation d’un business plan pour une entreprise horlogère. Ensuite, j’ai débuté la conception de mon propre mouvement pour arriver environ un an et demi plus tard avec des plans qui m’ont permis de me lancer dans la réalisation de mon premier calibre. Cela m’aura pris trois ans pour fabriquer tous les composants prévus pour 365 montres que j’ai commencé à commercialiser en 2006. Cette année, je fais ainsi mon premier Baselworld. »

Cap sur la qualité

Exposée ainsi, la démarche de Romain Gauthier pourrait paraître des plus simples, presque à la portée de tous. La réalité est bien évidemment toute autre tant cette volonté de pénétrer de plein pied dans l’univers des montres de prestige, que s’arrachent les aficionados du genre et autres collectionneurs, demande une dose de savoir-faire exceptionnelle, une persévérance peu commune et surtout une passion de tous les instants. Romain Gauthier semble avoir eu proche de son berceau les trois fées de la Belle au bois dormant pour faire preuve aujourd’hui de ces qualités premières. Qualité, un terme qu’il affectionne d’ailleurs particulièrement : « Il faut toujours être à la recherche de la qualité, explique-t-il. C’est ce que je m’efforce de faire et ce qui explique pourquoi j’en suis là aujourd’hui, même avec un mouvement simple heures et minutes tel que je l’ai conçu. »

Pour Romain Gauthier, il était en effet très important de comprendre les bases des calibres mécaniques avant de se lancer dans les complications. « Cela aurait également retardé tout le processus, précise-t-il, car à part les ressorts, les roues d’échappement et les ancres, tout a été réalisé à l’interne avec un souci extrême du détail et de la décoration. Cela représente pour moi la définition de la Haute Horlogerie. Les manufactures se doivent de faire leurs propres calibres, une verticalisation indispensable si l’horlogerie suisse veut encore occuper une place de choix dans 200 ans. A mon avis, il ne faut jamais externaliser ce qui représente les activités clés de notre métier. Beaucoup le font, ce qui représente une perte de capacités. C’est donc ces principes que j’ai appliqué en mettant en œuvre mon savoir-faire dans la fabrication des composants. » Test suprême pour Romain Gauthier : le microscope, sous lequel il n’hésite pas à placer ses garde-temps aux lignes originales où le défaut le plus infime n’a pas place.

La production 2007 est déjà vendue

Décolleteur de formation, Romain Gauthier a pu bénéficier du soutien de son ancien employeur pour mener à bien son projet. Libre d’utiliser le parc de machines de l’entreprise hors des heures usuelles de travail, il a ainsi pu peaufiner chacune des pièces de son futur calibre, avant de voler de ses propres ailes et de fonder sa société qui emploie aujourd’hui un deuxième horloger pour la décoration des composants et le montage de ses montres. Les premiers succès n’ont pas mis longtemps à se matérialiser.

Le directeur de production d’une grande marque horlogère est en effet venu le visiter pour repartir avec une montre Romain Gauthier en poche. Une proposition de rachat lui a également été soumise. Et si sa première incursion aux Etats-Unis n’a guère été satisfaisante, son passage à Singapour sous la houlette de Philippe Dufour, son coach comme Romain Gauthier aime à le décrire, a été nettement plus satisfaisante. Il en est revenu avec 15 montres en commandes, 5 pièces uniques et 10 de sa collection. Le marché suisse a suivi de sorte que la production 2007 de quelque 30 pièces était déjà vendue avant Baselworld. En d’autres termes, Romain Gauthier travaille actuellement pour 2008 et va se lancer dans une deuxième réalisation : une interprétation personnelle du tourbillon. Pour lui, l’aventure ne fait que commencer. Une aventure des plus prometteuses. ■

© 2007 Tous droits réservés

  • Imprimer
  • Ajouter un commentaire
  • Envoyer à un ami










* : Champs obligatoires
Le numero en cours
Dernières news