Collection vendredi, 3 février 2012

De Bethune et ses rêves horlogers

En marge du SIHH 2012, De Bethune présentait sa « Dream Work 4 » terminée, de nouvelles interprétations de sa DB 28 et une pièce exceptionnelle dans le registre des métiers d'art. Non sans revenir sur cette percée majeure qu'est la résonique mécanique.

En termes de nouveautés, Denis Flageollet, cofondateur avec David Zanetta de De Bethune, avait réservé le meilleur pour la fin. « Depuis 10 ans, avec De Bethune, nous avons toujours recherché à infléchir la conscience de l'horlogerie, notamment avec un département de recherche à la pointe du secteur mais toujours dans le respect de la science héritée de nos ancêtres, explique Denis Flageollet. La nouvelle DB 25 Maya en est une parfaite illustration, non seulement dans le domaine mécanique mais également dans celui des métiers d'art. » En l'occurrence, pour imaginer cette pièce, Denis Flageollet est remonté au savoir des Mayas, qui ont été parmi les premières civilisations à se projeter aussi loin dans le temps avec un calendrier qui défraie la chronique aujourd'hui, soit une division du temps en inframondes de 400 ans chacun dont le dernier se termine précisément en 2012. Le cadran en or de cette pièce s'inspire directement de cette arithmétique du temps, cadran gravé à la main par Michèle Rothen, dont l’époustouflante maîtrise de son art a bien évidemment laissé l'observateur pantois. Douze exemplaires uniques, tous différents mais relevant d'un même esprit, sont prévus.

Un ovni nommé Dream Work 4

Ces quelque quatre millénaires « finis » du calendrier maya n'ont pas empêché De Bethune de se projeter dans l'avenir avec la présentation de sa Dream Work 4, déjà partiellement dévoilée l'an dernier. Cette fois, l'ovin terminé est prêt à être mis sur orbite, d'autant que les 12 pièces de cette édition limitée ont tous déjà trouvé preneur. Pari réussi donc pour cette coque en titane pour iPhone conçue comme un vaisseau spatial à même d'enfermer un garde-temps qui, lorsqu’il est déclipé, se transforme en montre de poche ou en montre-bracelet, selon les envies.

« Ici, le “jeu” consistait à réinterpréter les montres à gousset de nos grand-pères, commente Denis Flageollet. Pour cette pièce, nous avons particulièrement travaillé sur trois aspects. Le polissage, d'abord, qui, sur une telle surface en titane, est un véritable casse-tête. Le boîtier du téléphone, ensuite, qui représente une mécanique à part entière. Sur l'étanchéité, enfin, dans la mesure où nous pouvions nous servir de la carrure pour isoler la montre. C'est exactement le rôle que doivent jouer nos Dream Work : faire évoluer nos recherches dans le moindre détail pour mieux servir la réalisation de nos garde-temps en production. En un mot, il s'agit de pérenniser le travail accompli depuis nos débuts. »

La résonique de De Bethune

Dans ce registre, De Bethune présentait il y a quelques semaines l'avancée de ses recherches entreprises voilà deux ans dans le but de dépasser les contraintes bien connues du traditionnel échappement à ancre. « Nous voulions essayer de supprimer ses défauts que sont les chocs, frottements et autres prises de force, commente Denis Flageollet. Pour faire une comparaison, certes un peu simpliste, c'est comme si un coureur de 400 mètres, au lieu d'effectuer sa course dans un sans cesse va-et-vient entre deux murs rapprochés, pouvait enfin lâcher toute son énergie sur une piste normale d'athlétisme. Mais les choix étaient finalement assez restreints dans le but de faire fonctionner une oscillation sans contrainte. » De Bethune a donc opté pour la solution a priori la plus simple : mettre en résonance un petit rotor d'échappement magnétique et un oscillateur à fréquence acoustique.

Contrairement à la Pendulum de Tag Heuer, qui a travaillé sur la régulation magnétique de l'énergie, De Bethune s'est attaqué à la distribution avec la perspective de pousser les fréquences bien au-delà des standards actuels, théoriquement jusqu'à 1'000 Hz, de manière actuellement maîtrisée dans une fourchette comprise entre 100 et 200 Hz pour une réserve de marche de 24 à 36 heures. « Nous avons commencé à parler de ce projet parce que nous savons aujourd'hui que cette technologie est parfaitement applicable et que nous sommes capables de réaliser une montre à résonique, conclut Denis Flageollet. C'est pourquoi ce projet de recherche nous tient particulièrement à cœur. C'est pourquoi, également, nous n'avons pas déposé de brevet. Nous travaillons ici en “open source” avec le ferme espoir de pouvoir échanger les connaissances les plus pointues qu'exige la résonique au niveau tant de la physique que des mathématiques. » Des Mayas à la résonique, De Bethune a fait son chemin. ■

Christophe Roulet

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