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Le fabuleux disque de Nebra, sensation ou contrefaçon ?

Le disque de Nebra : formidable découverte archéologique d’un disque céleste vieux de 3600 ans ou fantastique canular de farceurs inspirés ? L’affaire Modigliani remontant à 1984 montre qu’il y a de célèbres précédents.

Gian Pozzy

Nul n’aurait entendu parler de Nebra, une bourgade de 3000 habitants perdue dans les vignobles du Land de Saxe-Anhalt, si des pilleurs de tombes n’y avaient réalisé la plus formidable découverte archéologique de ces dernières décennies : le disque céleste de Nebra, une pièce de bronze et d’or qui remonterait à 3600 ans au moins, est comparable, pour ce qui est du bouleversement des connaissances, au sarcophage de Tout Ankh Amon ou à la momie d’Oetzi. Cette pièce de 32 cm de diamètre et d’un poids de 2 kilos serait sans conteste la plus ancienne représentation de la voûte céleste qui soit parvenue jusqu’à nous. Pour les archéologues, c’est une révolution : cette représentation du firmament indiquerait que nos ancêtres européens avaient une connaissance du ciel beaucoup plus ancienne que ce que l’on a cru.

Mais c’est en Allemagne aussi, à l’Université de Ratisbonne, qu’un archéologue met en doute l’authenticité de la miraculeuse trouvaille : pour lui, la patine verte - le vert-de-gris - qui recouvre le bronze a été créée artificiellement (voir ci-dessous).

Calendrier lunaire ou canular

Un formidable canular ? Ce n’est pas l’avis du plus grand nombre, en tout cas pas celui des responsables du Musée historique de Bâle où le disque céleste était exposé, avec plus de mille objets de l’Âge du bronze, jusqu’au 29 janvier 2007 (église des Cordeliers, Barfüsserplatz). Le disque a été mis au jour en 1999 dans les parages de Nebra par deux pilleurs de tombe. D’intermédiaires en intermédiaires, la pièce passe d’un prix de DM 31’000 à DM 700’000. Et c’est à l’hôtel Hilton de Bâle, en février 2002, que les derniers détenteurs du trésor tombent dans la souricière tendue par la police suisse mandatée par les autorités allemandes. Les vendeurs attrapés étaient des initiés : une guide de musée et un enseignant !

Le disque de Nebra a le pouvoir de fasciner la communauté scientifique, ne serait-ce que parce qu’il est beau. Avec ses incrustations de feuilles d’or représentant une lune croissante, un soleil (ou une pleine lune ?) et trente-deux étoiles, parmi lesquelles la Pléiade, il serait, pense-t-on, une espèce de calendrier agricole indiquant avec une précision astronomique aux peuples qui habitaient cette région voilà trente-six siècles à quel moment du calendrier lunaire il convenait d’entamer les semailles, à quel moment il fallait laisser la terre reposer.

Si le disque devait se révéler un faux, c’est vraiment un faux magnifique. Mais l’histoire a déjà montré à de multiples reprises que les savants les plus affûtés pouvaient se laisser aveugler par le côté sensationnel, inespéré d’une découverte.

Des vessies pour des lanternes

Exemple à Livourne (Italie). On est en juillet 1984, tout juste cent ans après la naissance du peintre et sculpteur Amedeo Modigliani, natif de la ville. La conservatrice du Musée d’art moderne entend célébrer en grande pompe le centenaire de la naissance de l’artiste. La rumeur veut qu’en 1909, par dépit, il aurait jeté toutes ses sculptures dans le Fosso Mediceo, un canal qui traverse la ville. Elle le fait donc draguer minutieusement. Huit jours après, on retire du limon une tête sculptée et, quelques heures plus tard, une seconde. On ne se demande pas longtemps à qui attribuer ces bustes aux traits durs, presque frustes. Tout ce que l’Italie compte d’experts - ou à peu près - applaudit et les œuvres occupent le centre de l’exposition. Une troisième tête est encore retrouvée. La presse et les TV d’Amérique et du Japon se précipitent, les visiteurs affluent des cinq continents (50’000 en trois semaines). Un livre est publié, qui appuie savamment la miraculeuse découverte.

Jusqu’à ce que trois étudiants de Livourne affirment avoir monté, pour rire, un canular : ils avaient sculpté une des têtes à l’aide d’une « Black & Decker ». Accusés de mythomanie par le monde de l’art, ils font la démonstration en direct devant les caméras de la télévision nationale. On dit alors que leur tête est peut-être fausse, mais qu’il y en a encore deux autres. Las, il s’avère qu’elles sont l’œuvre, sans concertation, d’un docker du port de Livourne, militant d’extrême gauche avec une vocation d’artiste : « Je voulais montrer à quel point, dans le monde de l’art, l’effet médiatique et l’autorité des soi-disant experts peuvent aisément faire prendre des vessies pour des lanternes », explique-t-il. ■

Vrai ou faux ?

La question qui se pose avec la sensationnelle mise au jour du disque céleste de Nebra est illustrée par l’affaire des têtes de Modigliani : est-il possible que des scientifiques veuillent si passionnément croire à une découverte qu’ils ne retiennent que les éléments plaidant en sa faveur et refusent de voir ce qui s’y oppose ?

Faux ?
1. Pour Peter Schauer, archéologue à l’Université de Ratisbonne, la patine verte qui recouvre le disque a été créée artificiellement en atelier à l’aide d’acide, d’urine et d’une lampe à souder. Pour lui, toute l’affaire est irréaliste et invraisemblable.
2. Les pilleurs de tombe auraient retrouvé le disque sous quelques centimètres de terre seulement.
3. On n’a retrouvé que 0,1 g de terre sur le disque, ce qui est insuffisant pour la dater avec précision.
4. Le disque ne contenant pas de carbone, impossible de le dater au carbone 14.
5. La datation (1600 av. J.-C.) ne concerne donc pas le disque lui-même mais d’autres vestiges retrouvés, paraît-il, au même endroit.
6. Les scientifiques admettent que l’objet est ancien, qu’il date au plus tard du 18e siècle, mais ne s’aventurent pas à en dire davantage.

Authentique ?
1. Les pilleurs de tombe ont déclaré au tribunal qu’ils avaient pris le disque pour… un couvercle de poubelle. Mais ils ont immédiatement réussi à le vendre pour DM 31’000.
2. Les objets retrouvés au même endroit (épées, bijoux de l’âge du bronze) datent, eux, de 3600 ans.
3. Une étude isotopique du plomb radioactif contenu dans le disque confirme qu’il a été fabriqué dans la région.
4. La patine est très ancienne, ainsi que le prouve la taille des cristaux d’oxydation, proportionnelle à la lenteur de leur formation. ■

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Dupuis Pierre - 10 novembre 2007

Supposons que le disque date bien de 3600 ans. Son diamètre étant de 31,83 cm (très proche de 32), sa circonférence vaut un mètre… Donc le mètre était connu à cette époque…

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