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L’horloge atomique, une invention vieille de 25 siècles ?

L’horloge atomique est une invention relativement récente pour avoir été mise au point en 1955. Et pourtant, il y a vingt-cinq siècles, les philosophes grecs avaient déjà pressenti l’existence de l’atome dans la structure de la matière. Revisitons ici quelques chemins de la connaissance.

Gian Pozzy

La mesure du temps évoque la haute précision et renvoie à une invention plutôt récente, l’horloge atomique, dont le premier prototype à jet de césium fut mis au point en 1955, après une première tentative en 1948. La définition du temps atomique international date de quelques années plus tard. Elle professe qu’une seconde équivaut à 9’192’631’770 périodes de la radiation correspondant à la transition entre les deux niveaux de l’état fondamental de l’atome de césium. Pour plus de sûreté, la seconde atomique calculée par le Bureau international des poids et mesures de Sèvres (France, près de Paris) résulte de la moyenne de 250 horloges atomiques réparties de par le monde. Compliqué, mais l’homme a tellement pris l’habitude de vivre dans un environnement de haute technologie qu’il considère comme banales les avancées scientifiques les plus ébouriffantes.

On était beaucoup moins blasé il y a vingt-cinq siècles quand, par la seule force de leur intuition, des philosophes conjecturaient l’existence de l’atome dans la structure de la matière.

Démocrite et son compère Leucippe

Prenez Démocrite et son compère Leucippe. Pour ces deux philosophes grecs, la nature, et par conséquent la matière, est composée d’atomes et de vide ; les atomes (du grec atomos = insécable, qu’on ne peut pas couper) sont des corpuscules solides et indivisibles séparés par des espaces vides ; ils se maintiennent ensemble aussi longtemps qu’une force extérieure plus forte ne vient pas les séparer. A défaut d’instruments de mesure adéquats pour vérifier leurs hypothèses, les deux philosophes présocratiques n’ont pas su imaginer la structure de l’atome mais ils avaient compris et théorisé, plus de deux millénaires avant Lavoisier, que « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». Et leur disciple Epicure allait plus loin, donnant même à l’atome une forme, un poids et une vitesse. Chapeau !

Il a fallu attendre vingt-cinq siècles, plus précisément l’an 1897 et Joseph John Thomson, pour que l’atome se complexifie. L’Anglais le voit toujours comme une sphère, mais il l’imagine rempli d’une substance électriquement positive et entrelardée d’électrons négatifs. Et c’est encore un Anglais, Ernest Rutherford, qui constate en 1911 que l’atome n’est pas si insécable que ça : en réalité il est formé d’un noyau qui en concentre presque toute la masse et d’une galaxie d’électrons qui lui donne un volume global cent mille fois plus grand. Depuis lors, on a bien avancé dans l’analyse de l’infiniment petit puisqu’on sait maintenant que chaque nucléon du noyau de l’atome est à son tour formé de trois quarks. Et on se demande évidemment si d’autres sous-structures composent les quarks. Il faut des machines de plus en plus gigantesques pour dénicher des corpuscules de plus en plus infimes, ce qui constitue un insondable paradoxe.

Le mentor Héraclite

Et à quoi riment ces balivernes historico-philosophiques, demanderez-vous non sans raison. A nous amener à lever de temps à autre le nez du guidon pour revisiter les chemins de la connaissance. Il y a vingt-cinq siècles, la planète Terre comptait un certain nombre de sages qui, par la seule force de leur pensée, imaginaient ce que leurs sens ne pouvaient établir. Parmi eux, Héraclite d’Ephèse, un des pères de la pensée créatrice, contemporain de Confucius et de Lao-Tseu, de Bouddha, de Zoroastre. On doit à Héraclite des aphorismes tellement vrais qu’ils en semblent banals. Pour exemples :

« Dans les mêmes fleuves nous entrons et nous n’entrons pas.
Nous sommes et nous ne sommes pas. »
Devenu : « On ne se baigne jamais deux fois dans la même eau ».

« Ce monde-ci, le même pour tous,
Nul des dieux ni des hommes ne l’a fait
Mais il était toujours, est et sera, un feu toujours vivant
Feu éternel s’allumant en mesure et s’éteignant en mesure. »

« L’opposé est utile, et des choses différentes naît la plus belle harmonie. »

Roger von Oech*, fondateur et président de Creative Think, une société californienne qui organise des séminaires de créativité et d’innovation, a fait d’Héraclite son mentor. Le plus provocant et le plus énigmatique des philosophes grecs, selon certains, dont les idées se sont propagée dans tout le monde antique, a gardé deux mille cinq cents ans plus tard toute sa fraîcheur, sa pertinence et son pouvoir de stimuler nos esprits. De la même manière que les présocratiques ont su jeter les bases de la physique moderne. ■

*Roger von Oech, « Espérer l’inespérable - Vivre selon Héraclite », La Table Ronde, 2003.

Lire également :
HH Culture > Encyclopédie > Lexique > Atomique (horloge)

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