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Jaipur : le plus grand cadran solaire du monde

Astronomique et astrologique, l’observatoire du maharadjah Jai Singh II reste aux yeux des savants une merveille de précision scientifique. A 220 km au sud-ouest de Delhi, il est devenu une attraction touristique.

Gian Pozzy

Les hommes d’Etat ont toujours été préoccupés de laisser une trace durable de leur supposée grandeur dans l’environnement construit. Pour le meilleur et pour le pire. Des jardins suspendus de Babylone à la pyramide du Louvre, en passant par l’Arc de triomphe de l’Etoile voulu par Napoléon et la basilique de Félix Houphouët-Boigny à Yamoussoukro, la planète recense des milliers d’édifices soigneusement entretenus, gravant dans le marbre des gloires plus ou moins éphémères.

L’astronomie pour perfectionner l’astrologie

Jai Singh II, maharadjah de Jaipur (Radjasthan) de 1699 à 1743, a développé jusqu’au paroxysme ce souci de laisser une trace dans l’histoire puisqu’il édifia en quatre ans, ex nihilo, sa capitale - Jaipur, justement - au coeur de sa principauté. Des avenues de 34 mètres de large, aucune venelle de moins de 4 mètres, on était plus près du Paris du baron Haussmann que des chaotiques entrelacs de Calcutta ! Et comme Jai Singh II n’était pas un autocrate ordinaire mais aussi un scientifique éclairé, il fit construire tout près de son palais un site astronomique qui reste le plus vaste et le plus impressionnant que le monde ait connu : le Yantra Mandir, ou Jantar Mantar selon les transcriptions.

Le ciel a toujours passionné l’humanité. On comprenait bien que la course du soleil de l’aube au crépuscule, les phases de la lune et « cette obscure clarté qui tombe des étoiles » (Corneille) avaient quelque chose à voir avec le temps qui va et qui revient. Quelque chose de grand, de puissant, de mystérieux et de surhumain où l’on pouvait lire non seulement l’heure et la saison mais aussi la manifestation d’une volonté supérieure. Raison pour laquelle, de Nabuchodonosor jusqu’à Jai Singh II, on pratiquait l’astronomie pour perfectionner l’astrologie : établir des thèmes astraux, prévoir les moments propices aux grandes décisions, rester sous la couette les jours néfastes…

Jantar Mantar riche de dix-sept instruments

Jai Singh II a ainsi voulu faire les choses en grand. Entre 1724 et 1727, il a fait construire cinq observatoires astronomiques, à Delhi, Jaipur, Ujjain, Varanasi et Mathura. A part ce dernier, ils existent encore tous, mais Jantar Mantar est le plus spectaculaire. Il comprend en particulier le Brihat Samrat Yantra, le plus grand cadran solaire du monde, dont le gnomon s’élève à 24 mètres et qui mesure l’heure solaire apparente. Il mesure l’heure la nuit aussi, mais au prix d’un certain nombre de connaissances du mouvement des étoiles, sachant que celles-ci accomplissent en apparence une révolution complète autour de la Terre en un jour sidéral, soit en 23 h 56 min et 4,09 s, ce qui permet de déterminer l’angle d’une étoile par rapport au méridien. Aux équinoxes, le Samrat Yantra indique l’heure avec une précision d’une demi-seconde. Sinon, les subdivisions du cadran assurent une lecture précise à deux secondes près ! De nos jours, on n’a que difficilement égalé un tel instrument de mesure céleste.

Au total, le Jantar Mantar de Jaipur comprend dix-sept instruments. Parmi ceux-ci, on relève encore :
• le Jay Prakash, un instrument élaboré qui se fonde sur un concept remontant à l’an 300 av. J.-C., quand l’astronome gréco-babylonien Berossos inventa le cadran solaire hémisphérique (on retrouve ce type d’instruments dans l’architecture sacrée du Moyen Age européen et en Chine, à Nankin, à la fin du XIIIe siècle) ; là, on a deux hémisphères de 5 mètres de diamètre, graduées avec précision, qui indiquent la position de tout objet céleste ;
• le Ram Yantra, une double structure cylindrique, permet de déterminer la hauteur et l’azimut des planètes par la lecture des graduations gravées sur les murs et le sol ;
• le Rashivilaya Yantra composé, lui, de douze cadrans, orientés chacun vers un signe zodiacal, qui permettent la mesure des coordonnées elliptiques ;
• le Chakra Yantra qui permet de mesurer les coordonnées équatoriales, l’angle horaire et la distance d’un astre ;
• quant au Shasthansa Yantra, il est formé d’un arc gradué en degrés et minutes disposé dans une chambre noire, avec une seule ouverture minuscule dans le mur : quand le soleil passe au-dessus de l’ouverture, le rai de lumière permet de mesurer, entre autres, la distance au zénith et le diamètre du soleil.

Le Vatican, un précurseur

Ce dernier appareil ne devait pas être complètement inconnu de Jai Singh II. En tout cas, on en trouve un précurseur notamment au Vatican, dans la Tour des Vents construite entre 1578 et 1580 par l’architecte Ottaviano Mascherino à la demande du pape Grégoire XIII. Ignazio Danti, astronome pontifical et membre de la Commission de réforme du calendrier, y réalisa - outre un anémomètre qui donna son nom à la tour - une méridienne, soit une bande de marbre courant sur le sol dans la direction nord-sud, servant à mesurer la hauteur du soleil à midi en fonction des saisons : le rayon solaire entrant par un oculus réalisé dans la paroi sud trace un disque lumineux sur la méridienne graduée.

C’est en observant ce rai de lumière que l’on comprit que le bon vieux calendrier julien, du nom de Jules César, avait vraiment fait son temps et devait laisser sa place au calendrier grégorien qui est encore le nôtre quatre cents après. ■

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Voir également :
Visite virtuelle du Jantar Mantar
Tour des Vents au Vatican

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